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L'ONU dénonce des crimes de guerre au Yémen, Riyad critique un "parti pris"

Des tombes creusées pour des enfants tués dans un bus lors d'une frappe aérienne sur le marché de Dahyan, dans la province yéménite de Saada, le 10 août 2018.
Des tombes creusées pour des enfants tués dans un bus lors d'une frappe aérienne sur le marché de Dahyan, dans la province yéménite de Saada, le 10 août 2018. AFP

Un rapport de l'ONU détaille comment des civils ont été ciblés par les frappes aériennes menées par la coalition arabe dans sa guerre contre les rebelles houthis au Yémen, et parle de crimes de guerre. Riyad proteste, Washington "prend au sérieux".

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L’ONU dénonce des "crimes de guerre" commis par les parties prenantes au conflit au Yémen entre septembre 2014, date du début des hostilités, et juin 2018. Une mission d’experts mandatée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a recensé le nombre de "victimes civiles directes", dans des zones résidentielles, des marchés, et même des installations médicales, lors des frappes menée par la coalition arabe contre les rebelles houthis. Ces attaques ont été menées "en violation des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution pouvant constituer des crimes de guerre", souligne le président du groupe d’experts, le Tunisien Kamel Jendoubi, dans un communiqué publié le 28 août.

Encore jeudi dernier, quelque 26 enfants ont été tués dans des frappes de cette coalition dirigée par l’Arabie saoudite, annoncent des responsables de l'ONU. Et le 9 août, un raid aérien, attribué lui aussi à cette coalition militaire, dans la province de Saada, fief des rebelles, avait frappé un bus qui transportait des enfants, tuant 40 d'entre eux.

Kamel Jendoubi a indiqué que les enquêteurs avaient identifié un certain nombre de responsables présumés. "Une liste confidentielle de ces individus va être présentée aujourd'hui [mardi] au Haut Commissaire" aux droits de l'Homme de l'ONU, a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse donnée à Genève le 28 août.

Ce rapport accablant l’Arabie saoudite est publié à quelques jours des pourparlers sur le Yémen, organisés le 6 septembre à Genève sous l’égide de l’ONU, alors que, jusque-là, toutes les tentatives de règlement politique ont échoué.

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Mark Lowcock : "La crise humanitaire au Yémen est la pire au monde"

Enfants-soldats

Depuis mars 2015, ce "conflit oublié", comme le désigne Kamel Jendoubi, a fait plus de 10 000 morts et provoqué la pire crise humanitaire du monde. Les enfants paient un lourd tribut car ils sont également enrôlés par les différentes parties en présence.

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Les experts disposent en effet d'"informations substantielles" leur permettant d'affirmer que "le gouvernement du Yémen, les forces soutenues par la coalition, ainsi que les forces houthies" utilisent des enfants "pour participer activement aux hostilités".

"Dans la plupart des cas, ces enfants étaient âgés de 11 à 17 ans, mais il y a eu des indications régulières sur le recrutement et l'utilisation d'enfants âgés de huit ans", relèvent les experts.

"Les enfants sont les plus vulnérables. La pauvreté, associée à la violence et à l'insécurité, les rend sans défense et les expose à l'exploitation et aux abus par les parties au conflit", a souligné Charles Garraway, membre du groupe d'experts, devant les journalistes.

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Autres agissements qui s’apparentent à des crimes au regard du droit international : les blocus imposés par la coalition dans les ports yéménites ainsi qu'à l'aéroport de Sanaa. "J'exhorte toutes les parties à prendre les mesures nécessaires pour supprimer les restrictions disproportionnées à l'entrée sécurisée et rapide au Yémen de fournitures humanitaires et d'autres biens indispensables à la population civile, et à la circulation des personnes, notamment via l'aéroport international de Sanaa", a déclaré Kamel Jendoubi.

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Riyad rejette une "mauvaise interprétation"

L’Arabie saoudite a réagi le 29 août, rejetant les conclusions du rapport, et soulignant son "parti pris", ses "erreurs méthodologiques" et ses "mauvaises interprétation du conflit". Surtout, affirme le communiqué émis par la coalition arabe, qui intervient au Yémen sous commandement saoudien, "le rapport ignore le motif réel de conflit, à savoir le coup d’État des milices houthies soutenues par l’Iran contre le gouvernement légitime yéménite" et "ne mentionne pas le rôle de l'Iran dans la poursuite de la guerre (...) et son soutien continu aux Houthis", poursuit le communiqué. La coalition précise qu’elle allait fournir plus tard "une réponse juridique complète et détaillée".

De leur côté, les États-Unis ont assuré prendre "au sérieux" ce rapport d'enquête de l'ONU. "Nous avons vu ce rapport du Conseil des droits de l'Homme, les possibles violations du droit international mises en avant dans ce rapport inquiètent profondément le gouvernement américain", a déclaré la porte-parole du département d'État, Heather Nauert, devant la presse, mercredi 29 août.

"Nous pensons que rien ne peut justifier de tels crimes, s'ils ont effectivement eu lieu", a-t-elle ajouté, appelant les parties au conflit à "prendre les mesures nécessaires pour prévenir de telles violations".

Pour autant, elle n'a pas voulu tirer de conclusions quant au soutien américain à la coalition sous commandement. L'Arabie saoudite est "un partenaire stratégique" des États-Unis, s'est bornée à dire Heather Nauert.

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Le soutien de Washington n'est "pas inconditionnel"

La veille, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, avait lui aussi fermement défendu la coalition, tout en reconnaissant que "chaque erreur" était "absolument tragique". Il avait toutefois ajouté lors de cette conférence de presse que le soutien américain n'était "pas inconditionnel": "Ils doivent faire tout ce qui est humainement possible pour éviter toute perte de vie innocente et soutenir le processus de paix sous l'égide de l'ONU".

"Depuis plusieurs années, nous coopérons avec les Saoudiens et les Émiratis, en faisant tout notre possible pour réduire les risques que des innocents soient blessés ou tués", a déclaré le ministre américain. "Nous avons vu des pilotes reconnaître en plein vol les dangers d'une mission et refuser de larguer (des bombes) alors qu'ils y avaient été autorisés", a-t-il ajouté. "Nous avons vu des procédures mises en place pour délimiter des zones" d'exclusion autour des écoles ou des hôpitaux.

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"Nous remettons constamment en question le soutien que nous apportons, oui", a admis Jim Mattis, questionné sur les accusations de l'ONU. "Mais la meilleure chose à faire, c'est de parvenir à une négociation sous l'égide de l'ONU".

Amnesty International souligne que le rapport de l'ONU corrobore leurs "nombreuses recherches", et pose la question : "Quand la communauté internationale réagira-t-elle enfin ?"

Avec AFP et Reuters

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