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Comme dans d'autres pays africains, au Bénin, il faudra payer cher pour se connecter à Facebook

© Alain Jocard, AFP | Mylène Flicka, cyber-activiste béninoise, et Cheikh Fall, cyber-activiste sénégalais, lors d'un forum à Paris sur les médias sociaux en Afrique, en novembre 2016.

Texte par Hermann BOKO

Dernière modification : 09/09/2018

Le Bénin, comme plusieurs autres pays africains avant lui, vient d’introduire une taxe sur l’utilisation des réseaux sociaux comme Facebook ou Whatsapp. Désormais l’accès des internautes à ces services coûtera beaucoup plus cher.

L’accès à Facebook ou à Whatsapp devrait coûter de plus en plus cher au Bénin. Selon un décrét daté du 25 juillet mais rendu public fin août, le gouvernement a décidé de l’imposition d’une taxe de 5 francs CFA [soit 0,007 centimes d'euros] par mégaoctet pour l’accès aux services over-the-top (OTT).

Les services OTT ou services de contournement en français, sont l’ensemble des services qui permettent de transporter des flux audio, vidéo ou des données Internet sans l’intervention d’un opérateur de téléphonie traditionnel. Il s’agit de sites d’échanges utlisant la technologie VoIP (Voix sur IP) comme Whatsapp, Facebook, Skype, Viber, mais aussi de Youtube.

Cette nouvelle taxe sur les offres Internet des deux opérateurs de téléphonie mobile du pays (le sud-africain MTN et Moov, filiale du groupe émirati Etisalat) sera reccueillie par ces derniers et reversé à l’État. Selon le gouvernement béninois, la mesure vise à compenser les pertes financières des entreprises de télécommunication face à l’essor en Afrique des plateformes d’échanges qui concurrencent désormais les services traditionnels voix et SMS des opérateurs. "Nous sommes dans un modèle où la valeur du secteur chute. Les entreprises du Télécom perdent de l’argent, l’État perd de l’argent", a justifié le ministre béninois de l'Économie et des Finances, Romual Wadagni.

Internet à deux vitesses

Mais cette nouvelle disposition a provoqué une levée de boucliers dans le rang des associations de la société civile et suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux. Surtout à l’annonce des nouveaux tarifs de l’opérateur de téléphonie Moov validés par l’Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep). À titre d’exemple l’offre Internet avec réseaux sociaux de 2 gigaoctet coûterait 15 000 francs CFA [environ 23 euros] contre 4 000 francs CFA [environ 6 euros] pour l’offre Internet sans réseaux sociaux. En clair, un Internet à deux vitesses.

>> À lire aussi sur France 24 : "Avis de tempête sur la neutralité du Net en Europe"

"Nous sommes contre cette mesure du gouvernement qui va exclure du marché de l’accès à Internet et aux réseaux sociaux des personnes qui n’ont pas les moyens de payer des tarifs aussi chers", a affirmé Franck Kouyami président du Forum sur la gouvernance de l'Internet (FGI) au Bénin et porte-parole d'un regroupement d’associations de la société civile, contacté par France 24. Il ajoute : "cette mesure va à l’encontre du sacro-saint principe de la neutralité du Net [qui oblige les opérateurs à proposer des formules tarifaires indifférenciées pour l’accès à l’ensemble des flux de données Internet]".

Une campagne de boycott des pages institutionnelles du gouvernement béninois sur Facebook et Twitter avec le hashtag #TaxePasMesMo a été lancée pour dénoncer la mesure jugée liberticide par Amnesty International : "Amnesty International s’inquiète de la restriction de la liberté d’expression qui est orchestrée par le biais de ce décret", a déclaré Amnesty Bénin sur son compte twitter.

Au Bénin, Amnesty International dénonce une entrave à la liberté d'expression

Le Bénin, après l’Ouganda et la Zambie

Ce n’est pas la première fois qu’un pays africain décide de taxer l’accès aux réseaux sociaux. En avril, l’Ouganda a instauré une taxe sur les applications Over-the-top pour lutter contre les comérages. Entrée en vigueur en juillet, elle oblige le consommateur à s’acquitter d’une somme de 0,05 dollars [soit 0,043 eurocents] par jour ou 1,56 dollars [soit 1,35 eurocents] par mois pour accéder aux réseaux sociaux. Mais le mouvement de protestation des organisations de défense des consommateurs n’a pu faire fléchir le gouvernement.

Pareil aussi en Zambie où le gouvernement a décidé d’introduire une taxe quotidienne d’un peu moins de 3 centimes d’euros sur les appels téléphoniques via Internet. Avec pour argumentaire la protection des entreprises de télécommunications classiques.

Au Sénégal, l’article 27 du nouveau projet de code de télécommunications validé en juin 2018 par le conseil des ministres cristalise aussi l’attention. Il stipule entre autres que "l’Autorité de régulation peut autoriser ou imposer toute mesure de gestion du trafic qu’elle juge utile pour, notamment préserver la concurrence dans le secteur des communications électroniques et veiller au traitement équitable de services similaires".

"Des images qui critiquent le gouvernement"

Voulant taire la polémique au Bénin, le ministre de l’Économie et des Finances, a affirmé lors d’un forum sur l’investissement, un peu maladroitement "[qu']il n’a[vait] pas été question d’augmenter le coût de la connectivité. Si vous êtes ingénieur et avez besoin de faire tourner des modèles, de faire de la recherche, le coût n’a pas changé. Le coût change pour les réseaux sociaux et [les] usages ludiques. Vous téléchargez de la musique, un film, vous faites des transferts d’images Whatsapp qui critiquent le gouvernement et qui critiquent vos amis, libre à vous de le faire, mais vous payez le prix qui est légèrement plus fort".

Mais pour Franck Kouyami du Forum sur la gouvernance d'Internet, la solution n’est pas d’imposer des taxes sur les usages des réseaux sociaux. "C'est aux opérateurs de téléphonie mobile de s’adapter aux révolutions technologiques. Les grands pays ont laissé les entreprises s’adapter et innover. On a vu apparaître les forfaits de communication qui permettent de téléphoner de façon illlimitée", ajoutant "il y a beaucoup de communautés qui sont arrivées par les réseaux sociaux. Il y a de jeunes entreprises numériques qui se servent des réseaux sociaux, de la communication digitale pour toucher un large public. Il y a des blogueurs, des innovateurs qui sans les réseaux sociaux ne seraient jamais sortis de l’ombre pour se faire connaître. C’est tuer tout cela que d’imposer une taxe sur les services OTT".

Sur France 24, jeudi 6 septembre, Marie-Cécile Zinsou, présidente de la fondation d’art contemporain Zinsou, a aussi dénoncé la mesure gouvernementale. "On se retrouve dans une situation absurde, taxer Internet c'est une façon de dire à la jeunesse africaine qu'elle n'a aucune chance."

Au Bénin aussi, il faudra payer cher pour se connecter à Facebook

Pourtant arrivé au pouvoir en avril 2016, Patrice Talon s’est engagé à assainir le secteur des télécoms, à développer l’économie numérique en réduisant les coûts d’accès à Internet à travers son Programme d’action gouvernemental évalué à 9 000 milliards de Francs CFA [soit 13,7 milliards d'euros]. Avec l’instauration de ces nouvelles dispositions, il s’éloigne bien de cette promesse.

Première publication : 09/09/2018

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