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Au Brésil, comme un air de nostalgie de la dictature militaire

© Mauro Pimentel, AFP | Des membres de l'armée brésilienne patrouillent lors d'une opération à l'intérieur des favelas à Rio de Janeiro, au Brésil, le 21 juin 2018.

Texte par Thomas WHEELDON

Dernière modification : 10/09/2018

Plus de trente ans après le départ de la junte, le consensus sur le fait que l’armée devrait rester en dehors de la politique a été rompu au Brésil. En cause : un mécontentement généralisé à l’encontre d’une classe politique jugée corrompue.

Les Brésiliens seraient-ils devenus nostalgiques de la dictature militaire ayant gouverné le pays de 1964 à 1985 ? Ancien officier militaire, n'ayant jamais caché son admiration pour l’ancienne junte militaire, Jair Bolsonaro est en tête des sondages (22 %) des élections générales d’octobre.

En 2015, lors de son vote en faveur de la destitution de la présidente Dilma Rousseff, il avait même rendu hommage au colonel Brilhante Ustra, ancien chef du service de renseignement de la dictature militaire qui était responsable de la torture de l’ancienne présidente, emprisonnée dans les années 1970 pour rebellion.

Jair Bolsonaro, membre du parti social-libéral, connu pour ses prises de positon controversées, a toujours été élogieux à l’endroit de la ditacture militaire. Et ce, depuis sa première élection en 1991. Celui que l'on surnomme "le Trump tropical" a notamment déclaré en 1999 que s'il devenait président, il se servirait de cette opportunité pour fermer le parlement et lancer un régime militaire : "Je ne doute pas, je commencerais le coup dès le premier jour. […] Faisons cette dictature".

Renverser le gouvernement

Fidèle à son discours, "le Trump tropical" a justement choisi comme colistier un ancien général, qui vient de prendre sa retraite de l'armée cette année, Antonio Hamilton Mourão. Ce dernier avait déclaré en 2017, que les hauts responsables militaires n’écartaient pas l’idée de renverser le gouvernement par un coup d'État, si les tribunaux ne punissaient pas les politiciens corrompus.

"Soit les institutions résolvent le problème politique par le biais des tribunaux en écartant les éléments impliqués dans des actes illégaux de la vie publique, soit nous devrons imposer la solution", avait-t-il déclaré. "Nous avons des plans très bien préparés", avait-il poursuivi. "Cette solution ne sera pas facile. Cela causera des problèmes, vous pouvez en être sûr".

La loi brésilienne interdit aux militaires en service de faire des commentaires politiques. Interrogé par un journaliste sur le discours d'Antonio Mourão, le chef de l'armée, Eduardo Villas Bôas, l'a qualifié de "grand soldat". Selon lui, le droit constitutionnel permettrait à l’armée d'intervenir si le Brésil se trouvait au bord du chaos. Une méconnaissance de la loi constitutionnelle brésilienne qui n'autorise en aucun cas l'armée à intervenir dans de telles situations.

Cependant au sein de l’électorat largement désillusionné, le souhait d'un coup d’État gagne de plus en plus de terrain. Un sondage réalisé en 2017, qui montrait les perceptions politiques en Amérique latine, a révélé que seulement 13 % des Brésiliens soutiennent la démocratie – la plus faible proportion parmi les 18 pays étudiés. "Les gens souhaitent un coup d'État. Ils pensent que cela pourrait résoudre les problèmes du pays", soutient à France 24 Paula Armendariz Miranda, chercheuse à l'université du Minnesota, spécialisée dans la politique latino-américaine.

"Il y a ce sentiment que les Brésiliens sont très mécontents de la classe politique du pays, à cause d'une combinaison de facteurs, notamment une crise économique et une crise de corruption", estime Fernando Bizzarro, chercheur en politique brésilienne à l'université de Harvard contacté par France 24. "Les Brésiliens ont toujours été sceptiques vis-à-vis de leurs politiciens, mais jamais autant qu'ils ne le sont maintenant", ajoute le chercheur.

En 2015, des manifestants appelant à une "intervention militaire maintenant" en 2015 pour protester contre la présidente de l'époque, Dilma Rousseff.
Des manifestants protestent contre le gouvernement de la présidente Dilma Rousseff sur l'avenue Paulista à São Paulo, au Brésil, le 15 mars 2015. © Nelson Almeida, AFP

"Nostalgie"

En 2014, alors que le pays est entré dans sa plus grave récession, les autorités judiciaires ont lancé des opérations de lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent dont celle hypermédiatisé : Lava jato (Lavage express). Il a touché les grandes structures politiques et commerciales du pays, à commencer par Petrobras, la société pétrolière publique.

Cette enquête a déclenché une série d’événements qui ont abouti à la destitution de Dilma Rousseff. Son prédécesseur social-démocrate, Lula, très populaire a été emprisonné dans un verdict très controversé. Et l’actuel président de droite, Michel Temer, est confronté à de nombreuses allégations de corruption et de blanchiment d’argent.

Sans compter une recrudescence de la violence qui a exacerbé les sentiments de désenchantement à l'égard de la classe politique. Le taux de meurtres au Brésil a atteint un record en 2017, avec plus de 63 000 homicides soit un taux de 175 par jour. Lors du Carnaval de Rio en février, l’État a dû déployer des troupes militaires pour renforcer la sécurité. Jair Bolsonaro propose une police militarisée, avec le pouvoir de tirer et de tuer en toute impunité.

Avec cette montée de la violence associée aux crises politiques et économiques, "le sentiment de crise a conduit à une forme de nostalgie, renforçant l'idée qu’un gouvernement militaire pourrait être propre et efficace", explique à France 24 Juan Albaraccin, spécialiste de politique latino-américaine à l'université Icesi de Cali (Colombie).

"Il y a quelques années, une partie de la population n'aurait pas adhéré à ce récit", poursuit-il. "Ça fait peur. Bon nombre de ces personnes ne savent pas, ou ne se souviennent pas de la gravité du régime militaire".

Des lois d’amnistie aux conséquences néfastes

Les Brésiliens seraient-ils amnésique ? Avant que la junte ne quitte le pouvoir, une loi, protégeant les responsables du gouvernement militaire de leurs crimes commis au nom du régime, a été adoptée. Mais, en Argentine voisine, les officiers de la junte qui ont dirigé le pays de 1976 à 1983 ont été jugés et poursuivis en 1985, et une décision de la Cour suprême en 2005 a annulé leur pardon datant de 1989.

"Il existe de nombreuses preuves que les lois d’amnistie sont associées à de nombreuses conséquences néfastes à long terme", affirme Fernando Bizzarro, le chercheur d'Harvard. "Lorsque ceux qui ont commis des actes répréhensibles et odieux, ne sont pas punis et sont encore présents dans les cercles du pouvoir, cela donne l'impression dans la population que la démocratie n'est pas très différente de l'autoritarisme." Ainsi, les lois d’amnistie "sapent la consolidation de l’État de droit, celle des droits de l’homme, finissent par saper la démocratie", conclut-il.

Une image anti-establishment

Néanmoins, les experts estiment qu'un coup d'État au Brésil est improbable. "Que ce soit une option ou non, la question est de savoir si les élites politiques le soutiendraient. Et cela ne paraît pas possible", explique Paula Armendariz Miranda, la spécialiste de l'université du Minnesota.

"[Les élites politiques et économiques du Brésil] ont un engagement fort en faveur de la démocratie", note Juan Albaraccin, l'expert colombien. "Ils reconnaissent que c'est la seule option politique possible pour l'instant."

Et pourtant, en dépit de ses propos dithyrambiques à l’égard de la dictature militaire, Jair Bolsonaro montent dans les sondages. Fernando Bizzaro tente une explication : le fait que des personnalités impopulaires de l’establishment brésilien, comme Dilma Rousseff, soit opposée à la junte militaire "favorise l’image anti-establishment de Jair Bolsonaro’".

En plus de la course à la présidence de Bolsonaro, environ 90 vétérans de l’armée se présentent au niveau régional. Un facteur que beaucoup considèrent comme une évolution du paysage politique vers la droite.

"L' humeur anti-institutionnelle associée à une forte violence signifie que les électeurs favorisent les candidats ayant des politiques radicales", analyse le chercheur d'Harvard. S'il est élu, non seulement ces anciens combattants réclameront probablement des politiques sévères en matière de maintien de l'ordre, mais "la plupart sont susceptibles de privilégier des politiques conservatrices sur des questions telles que l'avortement", analyse Bizzaro. Des privatisations à grande échelle et des coupes drastiques dans les programmes d'aide sociale sont également à prévoir.

Cet article a été adapté de l'anglais par Hermann Boko. Pour lire l'original, cliquez ici.

Première publication : 10/09/2018

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