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L'invité du jour

Jean-Yves Camus : "Orban n’est pas un homme d’extrême droite"

Le chercheur Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, a collaboré à l’ouvrage collectif qui vient d’être publié "Le retour des populismes" (Ed. La Découverte). Sur le plateau de Paris Direct, il revient sur la définition du populisme et sur la montée des partis populistes en Europe. Selon lui, le Premier ministre hongrois Victor Orban "n’est pas un homme d’extrême droite", ce qu’il rejette avant tout, c’est l’idée d’une "Europe multiculturelle".

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Le populisme est un terme difficile à définir. Comment le décririez- vous ?

C’est un style de gouvernement, une philosophie politique - certains diront un peu simpliste - qui oppose le peuple dans sa globalité et qui n’est pas traversée par des clivages socio-économiques. Il est assez évident que le système d’élection au suffrage universel oblige pratiquement chaque candidat à un moment donné à écouter les remontées du terrain. Chaque politicien en campagne essaie de flatter ses électeurs et va dans ce populisme. Mais pour autant, les choses reviennent à la normale une fois que l’élection est finie.

En démocratie représentative, cet excès est contrebalancé par des contre-pouvoirs mais les populistes veulent aller au-delà de la démocratie représentative. Ils veulent aller vers la démocratie directe, ce qui implique que le peuple soit consulté sur les grands sujets nationaux ou sur des initiatives locales. Cela existe dans certains pays, comme en Suisse par exemple et cela fonctionne très bien. Dans d’autres, où les traditions ne sont pas les mêmes, cela peut aboutir à une dictature des sentiments, une dictature des passions qui n’est pas, à mon avis, souhaitable.

Pourtant, dans certains pays, comme la Hongrie, les populistes ont plutôt envie de se passer de l’avis du peuple ?

Il y a des populistes qui, une fois dans le fauteuil, se disent que finalement, la meilleure façon d’être d’accord avec le peuple, c’est d’attendre l’élection suivante. Mais Monsieur Orban est d’un populisme d’une espèce particulière. D’abord, il y a plusieurs époques dans sa vie, depuis le dissident libéral qu’il a été jusqu’à aujourd’hui. Ensuite, il s’inscrit dans des traditions politiques d’Europe centrale qui ne sont pas totalement les nôtres parce que ces pays sont passés d’une époque de dictature à l’occupation nazie puis à l’occupation soviétique. Leur expérience de la démocratie libérale est infiniment courte si on regarde sur la durée. Et puis, Monsieur Orban n’est pas un homme d’extrême-droite, et cela il faut le marteler. C’est un populiste de droite, les positions qu’il défend sur les questions d’immigration et d’accueil des réfugiés le rapproche beaucoup d’un certain nombre de mouvement d’extrême-droite européenne, mais son parti le Fidesz est membre du parti populaire européen (PPE).

La question de son exclusion du PPE se pose aujourd’hui ?

Enfin ! C’est-à-dire qu’après vingt ans passés à l’intérieur du PPE, et après dix années d’ambiguité à gouverner, et où le PPE le trouvait tout à fait à son goût, on se pose enfin la question. La procédure déclenchée va permettre de savoir s’il fait encore véritablement partie de la famille.

Victor Orban mène-t-il une politique d’extrême droite ?

Malheureusement, c’est une politique qui est complètement compatible avec un engagement à droite, en tous cas dans cette partie de l’Europe.

Est-ce que Victor Orban en Hongrie, Matteo Salvini en Italie et, Sebastien Kuntz en Autriche sont tous des populistes ?

Tous sont, d’une manière ou d’une autre, des populistes. C’est un aspect de la question. Derrière le thème du populisme, il y a des choses très profondes qui traversent les sociétés européennes aujourd’hui. Le réel enjeu pour Monsieur Orban, c'est le multiculturalisme, cela va au-delà de l'immigration.

Il n’y a pas un fond de xenophobie qui les réunit ?

Le chancelier Kuntz qui est chrétien conservateur essaie de maintenir sa coalition avec le parti d’extrême droite (FPE) dans les limites de ce qui est acceptable démocratiquement. Victor Orban, qui est beaucoup plus dur que Sebastian Kuntz, gouverne dans un pays de frontière. À chaque fois que la confrontation s’est faite en Europe entre l’islam et l’Europe chrétienne par le passé, cela s’est terminé devant les portes de Vienne et/ou de Budapest. Dans la psyché collective hongroise, c'est ici que l’avancée vers l’Europe des non-Européens doit se terminer. C’est très prégnant dans cette partie de l’Europe. C’est au-delà de l’immigration, c’est le multiculturel.

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