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Afrique

Maurice Audin : "Un geste historique qui met fin à un mensonge officiel"

© France 24 | L'historien Gilles Manceron sur le plateau de France , le 13 septembre 2018.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 13/09/2018

En demandant pardon à la veuve de Maurice Audin, 61 ans après la disparition de ce militant communiste en Algérie, Emmanuel Macron est l'auteur d'un geste historique, estime l'historien de la colonisation Gilles Manceron.

Soixante et un ans après la guerre d’Algérie, la France a fait un grand pas dans l’établissement de la vérité. Emmanuel Macron a demandé "pardon" à la veuve de Maurice Audin en venant lui remettre, jeudi 13 septembre, une déclaration reconnaissant que le militant communiste, disparu en 1957, était mort sous la torture du fait d'un "système légalement institué" alors en Algérie par la France.

Pour l’historien Gilles Manceron, interrogé sur l'antenne de France 24, il s’agit "d’un geste historique important car il met fin à un mensonge officiel qui a duré quasiment 61 ans". Pour ce spécialiste du colonialisme, ce geste d’Emmanuel Mascron s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur François Hollande, qui avait mentionné à plusieurs reprise la torture dans un discours devant le Parlement algérien en 2012, mais "qui n’avait pas été jusqu’au bout". "Cette fois-ci, Emmanuel Macron pointe les responsabilités de l’armée française, et donc de la France, dans ce qu’il s’est passé lors de cet épisode de la bataille d’Alger en 1957", précise-t-il. "Ces trois pages rendues publiques sont une rupture avec l’attitude de déni, de silence et de mensonge qu’on a longtemps connu de la part de l'État."

>> À voir : L'affaire Maurice Audin, soixante ans de combat pour la vérité

"D'avantage médiatisé que d'autres"

Le 11 juin 1957, en pleine bataille d'Alger, Maurice Audin, un assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du Parti communiste algérien, suspecté d'aider le FLN, était arrêté, probablement par des parachutistes du général Jacques Massu. Sa trace se perd dix jours plus tard. L'explication officielle donnée à sa disparition, "évasion au cours d'un transfert", n'a jamais convaincu ses proches.

"Sa veuve a fait des démarches un peu partout pour réagir et essayer d’en savoir plus", décrit Gilles Manceron. "Ses professeurs ont aussi tenu à organiser une soutenance en son absence dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Cela a fait pas mal de bruit à l'université". Maurice Audin était pourtant un cas parmi d’autres. De très nombreuses personnes ont été enlevées par les parachutistes avant de disparaître. "La bataille d'Alger a été la période la plus répressive de la guerre d'Algérie. Les pleins pouvoirs avaient été donnés à l'armée en 1956. Il y a eu beaucoup d'exactions. C'est là qu'il y a eu le plus de cas de torture. On a parlé de plus de 3 000 disparus pendant cette période", souligne ainsi sur France 24, Nathalie Funes, auteur du "Camp de Lodi", qui a travaillé sur la disparition de Maurice Audin. Une affaire qui est devenue la plus emblématique. "Il avait cette position de jeune mathématicien et de père de trois jeunes enfants. […] Il était d’origine européenne, tout comme sa femme. Cela a fait qu’il a été d’avantage médiatisé que les autres enlèvements", estime l'historien Gilles Manceron.

Les historiens se réjouissent aujourd’hui du souhait émis par le président d'ouvrir les archives de l'État qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie. "Les archives avaient partiellement été remises à la famille en 2014 par François Hollande et rien n'y avait été trouvé. Beaucoup de choses passaient en dehors des circuits officiels. La vérité est surtout dans la mémoire des gens. Il y a encore des appelés qui sont encore vivants", note cependant Nathalie Funes. Un avis partagé par Gilles Manceron. Selon lui, il faut libérer la parole : "C’est extrêmement prometteur. […] Contrairement à l’époque, où les militaires ne devaient pas parler de ce qu’ils avaient vu ou fait, on les encourage à dire ce dont ils ont été témoins."

Dans "La vérité sur la mort de Maurice Audin", paru en janvier 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau concluait que Maurice Audin avait été tué par un sous-officier français sur ordre du général Jacques Massu, patron de la 10e division parachutiste (DP) pendant la bataille d'Alger. Un ordre répercuté par Paul Aussaresses, un autre général, qui avait revendiqué plus tard l'usage de la torture en Algérie.

Première publication : 13/09/2018

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