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Affaire Maurice Audin : une demande de pardon historique, une avancée pour l'Algérie

Le militant communiste, Maurice Audin, mort à 25 ans en 1957.
Le militant communiste, Maurice Audin, mort à 25 ans en 1957. France 24

En demandant pardon à la veuve de Maurice Audin, 61 ans après la disparition de ce militant communiste en Algérie, Emmanuel Macron accomplit un geste historique qui s'inscrit dans la continuité du travail de mémoire entamé entre Paris et Alger.

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Soixante et un ans après la fin de la guerre d’Algérie, la France fait un grand pas dans l’établissement de la vérité. Emmanuel Macron a demandé "pardon" à la veuve de Maurice Audin en venant lui remettre, jeudi 13 septembre, une déclaration reconnaissant que le militant communiste, disparu en 1957 à l'âge de 25 ans, était mort sous la torture du fait d'un "système légalement institué" alors en Algérie par la France.

"Enfin ! Après de si longues années, il y a un geste de l'État pour reconnaître ce qui s'est passé et la façon dont on a utilisé la torture", a commenté sur France 24 Pierre Audin, le fils de ce partisan de l'indépendance de l'Algérie. "Elle servait à intimider, terroriser les gens qui se battaient pour l'Indépendance de l'Algérie car tout le monde était suspect. On pouvait arrêter n'importe qui, le torturer, le faire disparaître. C'était un système parfaitement institué. Enfin, la République française reconnaît ces faits là. Mieux vaut tard que jamais", a-t-il ajouté alors que la veuve Josette Audin pensait qu'elle ne le verrait pas franchir le pas de son vivant.

Pour l’historien Gilles Manceron, interrogé sur l'antenne de France 24, il s’agit "d’un geste historique important car il met fin à un mensonge officiel qui a duré quasiment 61 ans". Pour ce spécialiste du colonialisme, ce geste d’Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur François Hollande, qui avait mentionné à plusieurs reprise la torture dans un discours devant le Parlement algérien en 2012, mais "qui n’avait pas été jusqu’au bout". "Cette fois-ci, Emmanuel Macron pointe les responsabilités de l’armée française, et donc de la France, dans ce qu’il s’est passé lors de cet épisode de la bataille d’Alger en 1957", précise-t-il. "Ces trois pages rendues publiques sont une rupture avec l’attitude de déni, de silence et de mensonge qu’on a longtemps connu de la part de l'État."

Au-delà du cas de Maurice Audin, Emmanuel Macron "souhaite que toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens".

Le geste d'Emmanuel Macron s'inscrit aussi dans la continuité d'un processus ouvert en 1998 avec la reconnaissance, par son prédécesseur Jacques Chirac, des massacres de Sétif en mai 1945. François Hollande avait, de son côté, reconnu la répression de la manifestation d'octobre 1961 à Paris, au cours de laquelle plus d'une centaine de manifestants algériens avaient été tués, et mentionné plusieurs fois la torture dans un discours devant le Parlement algérien en 2012.

De son côté, l'Algérie a salué cette décision comme une avancée. Le ministre des Moudjahidine (anciens combattants), Tayeb Zitouni,a déclaré que ces crimes "ne peuvent être niés que par un oublieux et un ignorant de l'Histoire", tout en assurant que "le dossier de la mémoire entre la France et l'Algérie" serait "traité avec sagesse par les deux pays".

>> À voir : L'affaire Maurice Audin, soixante ans de combat pour la vérité

"D'avantage médiatisé que d'autres"

Le 11 juin 1957, en pleine bataille d'Alger, Maurice Audin, un assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du Parti communiste algérien, suspecté d'aider le FLN, était arrêté, probablement par des parachutistes du général Jacques Massu. Sa trace se perd dix jours plus tard. L'explication officielle donnée à sa disparition, "évasion au cours d'un transfert", n'a jamais convaincu ses proches.

"Sa veuve a fait des démarches un peu partout pour réagir et essayer d’en savoir plus", décrit Gilles Manceron. "Ses professeurs ont aussi tenu à organiser une soutenance en son absence dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Cela a fait pas mal de bruit à l'université". Maurice Audin était pourtant un cas parmi d’autres. De très nombreuses personnes ont été enlevées par les parachutistes avant de disparaître. "La bataille d'Alger a été la période la plus répressive de la guerre d'Algérie. Les pleins pouvoirs avaient été donnés à l'armée en 1956. Il y a eu beaucoup d'exactions. C'est là qu'il y a eu le plus de cas de torture. On a parlé de plus de 3 000 disparus pendant cette période", souligne ainsi sur France 24, Nathalie Funes, auteur du "Camp de Lodi", qui a travaillé sur la disparition de Maurice Audin. Une affaire qui est devenue la plus emblématique. "Il avait cette position de jeune mathématicien et de père de trois jeunes enfants. […] Il était d’origine européenne, tout comme sa femme. Cela a fait qu’il a été d’avantage médiatisé que les autres enlèvements", estime l'historien Gilles Manceron.

Les historiens se réjouissent aujourd’hui du souhait émis par le président d'ouvrir les archives de l'État qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie. "Les archives avaient partiellement été remises à la famille en 2014 par François Hollande et rien n'y avait été trouvé. Beaucoup de choses passaient en dehors des circuits officiels. La vérité est surtout dans la mémoire des gens. Il y a des appelés qui sont encore vivants", note cependant Nathalie Funes. Un avis partagé par Gilles Manceron. Selon lui, il faut libérer la parole : "C’est extrêmement prometteur. […] Contrairement à l’époque, où les militaires ne devaient pas parler de ce qu’ils avaient vu ou fait, on les encourage à dire ce dont ils ont été témoins."

Dans "La vérité sur la mort de Maurice Audin", paru en janvier 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau concluait que Maurice Audin avait été tué par un sous-officier français sur ordre du général Jacques Massu, patron de la 10e division parachutiste (DP) pendant la bataille d'Alger. Un ordre répercuté par Paul Aussaresses, un autre général, qui avait revendiqué plus tard l'usage de la torture en Algérie.

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