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FRANCE

Afghanistan : le malheureux destin de deux ex-traducteurs de l’armée française

© Mohammad Basir Ibrahimi | Mohammad Basir Ibrahimi après 2016 à Paris et en 2012, lorsqu'il travaillait encore pour l'armée française en Afghanistan.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 14/09/2018

Elias et Mohammad ont travaillé comme interprètes pour l’armée française en Afghanistan jusqu'à 2012. Aujourd’hui l’un vit à Kaboul avec l’angoisse d’être dénoncé, l’autre se retrouve sans-papiers à Paris. Ils se sentent abandonnés par la France.

Il y a quatre mois qu’Elias* attend son visa pour la France. Après avoir essuyé un premier refus en 2015 et entamé une longue procédure en justice, l’ex-interprète afghan de l’armée française a appris fin mai qu’un tribunal administratif avait annulé son refus de visa. Depuis cette date : silence radio. La décision de justice française enjoignait pourtant le ministère de l'Intérieur de réexaminer sous un mois la situation d’Elias. En attendant, le père de famille vit à Kaboul dans l'angoisse.

La semaine dernière, un double attentat à la bombe a visé une salle de sport très fréquentée de son quartier. Au moins 20 personnes ont été tuées, dont deux de ses voisins proches. "Après cette attaque, mes enfants ont eu très peur" raconte Elias, père d’un fils de cinq ans et d’une fillette de deux ans. "Depuis six mois, les attaques se multiplient à Kaboul, c’est le signe qu’il y a de plus en plus d’insurgés dans la capitale", explique-t-il. Les Taliban, les partisans de l'organisation État islamique et d'autres groupes extrêmistes considèrent Elias et ses ex-collègues comme des "traitres", des "espions" ou des "infidèles" pour leur collaboration avec des armées étrangères et les menacent de mort. "À cause des civils morts ou blessés lors de bombardements de l'armée française, parfois même certains civils nous détestent", explique l'ex-auxiliaire de l'armée.

Elias et sa famille doivent déménager tous les trois mois pour ne pas se faire repérer. "La dernière fois qu’ils m’ont retrouvé, ils ont inscrit 'Mort au traître' sur ma porte", raconte Elias. Pensant trouver un refuge, il s’est installé cette fois à proximité d’une gendarmerie, bien que celle-ci soit une cible de choix pour les Taliban et autres groupes armés.

"Toi ! Tu as travaillé avec les Français !"

"Ma famille et moi, on ne peut plus participer aux cérémonies, ni aux fêtes. Mes enfants ne peuvent pas aller à l’école. Ma femme a dû laisser tomber l’université. J’ai peur pour leur sécurité et on se sent de plus en plus isolés, mis au ban de la société", raconte l’ex-interprète dans un bon français. "J’aime mon pays, mais dans ces conditions on ne peut plus rester ici."

Face à l’urgence de la situation, il ne comprend pas le silence des autorités françaises. "Mon avocat à Paris m’a dit que le ministère des Armées ne répondait pas à ses coups de fils. Je ne sais pas pourquoi ils tardent à délivrer ce visa. J’ai travaillé honnêtement, j’ai aidé et guidé les soldats français comme un des leurs. Je ne comprends pas cette indifférence."

Mohammad Basir Ibrahimi, lui, n’a pas attendu la réponse de la France pour s’enfuir. En novembre 2015, il tombe nez à nez avec un villageois qui le reconnait devant une échoppe de Kaboul : "Toi ! Tu as travaillé avec les Français !", lui lance l’inconnu. Le choc est immédiat. Mohammad se met à courir dans les rues de la capitale. Il retrouve sa femme, fait sa valise, et quitte Kaboul le lendemain pour rejoindre la frontière pakistanaise. Durant près de deux ans, il va traverser deux continents et 12 pays avant de rejoindre la France. Il fait partie de ceux qui embarquent dans des canots pneumatiques depuis la Turquie pour espérer arriver sur les côtes grecques et mettre un pied sur le sol européen.

Sans domicile à Paris

Aujourd’hui, il vit en région parisienne où il est hébergé par des familles françaises. "Cette fois-ci je dors chez des gens pour neuf jours. Je ne sais pas de quoi demain sera fait", se demande le jeune homme de 31 ans.  Il porte toujours sur lui la lettre du tribunal administratif qui stipule que son refus de visa a été récemment annulé, au cas où la police française le contrôlerait. En effet, Mohammad Basir risque désormais l’expulsion vers les Pays-Bas, l’un des nombreux pays qu’il a traversés et surtout le premier pays européen où ses empreintes ont été prises par des autorités européennes. Il tombe donc sous le coup du règlement de Dublin en vertu duquel les dossiers de demandes d’asile doivent être déposés dans le premier pays d’accueil.

La situation de Mohammad Basir s'est agravée le 25 juin. Ce jour-là, il ne s’est pas présenté à une convocation de police à la suite de laquelle il était censé prendre son avion pour les Pays-Bas deux jours avant de recevoir sa lettre du tribunal annulant son refus de visa. Depuis le mois de juin, Mohammad Basir est pourtant considéré comme "en fuite".

Le silence du ministère des Armées

Tout comme Elias, son ex-collègue resté à Kaboul, Mohammad attend depuis des mois que le ministère de l’Intérieur réexamine sa situation administrative, ce qu’elle est forcée de faire à la suite de l’annulation de son refus de visa. "Le cas de ce monsieur est emblématique du traitement indigne de la situation des auxiliaires de l’armée française" estime Caroline Decroix, vice-présidente de l’association des interprètes afghans de l’armée française. "Étant donné que Mohammad Basir Ibrahimi est en France, ce que nous demandons en priorité désormais c’est un titre de séjour pour lui, pas un visa" explique-t-elle.

Parce qu’il a travaillé avec l’armée française, Mohammad Basir devrait surtout bénéficier de la protection fonctionnelle du ministère des Armées. Une demande a d’ailleurs été faite auprès du ministère qui s’est abstenu de répondre, indique l’association. "L’administration n’a jamais souhaité dénouer à titre gracieux la situation de M. Ibrahim et elle a donné l’impression de pas prendre en considération son cas", regrette Caroline Decroix. D’autant plus qu’il n’est pas le seul à se retrouver en grande difficulté après avoir travaillé avec les Français. Sur 252 demandes de visa déposées par des auxiliaires afghans de l’armée française en 2015, 152 ont essuyé des refus, dont une trentaine se trouvent en France ou sur la route de l’exil, quelque part entre Kaboul et Paris.

* Le prénom a été changé

Première publication : 14/09/2018

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