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La pluie mène le trader star norvégien Einar Aas à la ruine

Einar Aas a été incapable de couvrir ses pertes boursières qui ont dépassé les 100 millions d'euros.
Einar Aas a été incapable de couvrir ses pertes boursières qui ont dépassé les 100 millions d'euros. Studio graphique France Médias Monde

Une mauvaise prévision météo et la flambée du prix du charbon ont coûté une partie de sa fortune au Norvégien Einar Aas, trader star et l’un des hommes les plus riches de son pays.

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Sale temps pour Einar Aas. Ce trader norvégien a misé sur un ciel ensoleillé, mais la pluie l’a mis sur la paille. Ce spécialiste des marchés de l’énergie a révélé, vendredi 14 septembre, qu’il allait "probablement faire faillite" après avoir perdu plus de 100 millions de dollars en bourse sur le marché de l’électricité norvégien.

Einar Aas a misé, à plusieurs reprises, sur un rapprochement entre les prix des marchés de l’énergie norvégien et allemand. Le premier est traditionnellement plus bas que le second. Son raisonnement : le temps sec allait rendre l’électricité hydraulique – principale source d’énergie en Europe du Nord – plus rare donc plus chère, tandis qu’il s’attendait à une baisse du prix de l’électricité en Allemagne à cause du boom des énergies renouvelables.

"Baleine fantôme du Nord"

Mais c’est l’inverse qui s’est produit. De fortes pluies, tombées tout au long de la semaine dernière, ont rempli les barrages hydrauliques du nord de l’Europe, tandis qu’une importante hausse des prix du charbon a fait grimper le coût de l’électricité en Allemagne, encore largement dépendante de l’énergie fossile. La différence entre les deux marchés a ainsi atteint la semaine dernière son plus haut niveau en 17 ans. Les pertes du trader se sont accumulées au fil des jours jusqu’à ce qu’il ne puisse plus les couvrir, poussant même le Nasdaq, propriétaire de la place financière norvégienne de l’énergie, à l’exclure.

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Une fin de parcours abrupte pour Einar Aas, qui était, à 47 ans, le plus important trader du pays. Cette star de la Bourse avait même gagné le surnom de "baleine fantôme du Nord" pour sa propension à faire des paris financiers d’ampleur et sa manie de fuir toute médiatisation. Le trader était devenu l’un des hommes les plus riches de Norvège, accumulant une fortune estimée à plus de 226 millions d’euros. Il figurait régulièrement en tête de la liste des plus importants contribuables, dans ce pays où les données fiscales sont publiques.

Son parcours constituait surtout une "success story" à la norvégienne. Einar Aas est parti de peu pour se hisser au firmament du monde de la finance. Troisième d’une famille de quatre enfants, il a été élevé dans une ferme de la région de Grimstad, une petite commune d’un peu plus de 18 000 habitants au sud de la Norvège. Élève brillant, il parvient à intégrer la prestigieuse Norwegian School of Economics, qui forme l’élite du monde des affaires. Parallèlement à sa formation en finance, il développe un penchant pour les paris sportifs et le poker, d’après une enquête de la chaîne économique Bloomberg, qui a pu parler à d’anciens collègues et connaissances de cette star déchue de la Bourse.

"Forte propension à la spéculation"

Ce goût du risque deviendra l’une de ses principales qualités professionnelles. "Il avait une forte propension à la spéculation", a déclaré Lars Eckhard, son patron à Interkraft Trading, un courtier norvégien en Bourse, dans le quotidien économique Dagens Naeringsliv. Après plusieurs succès boursiers, Einar Aas a accumulé l’expérience et le capital pour se mettre à son compte en 2005. Pendant plus d’une décennie, il sera considéré comme la référence sur les marchés de l’énergie. Il réussit même à passer au travers de la crise financière de 2008 sans anicroche. "Il vient peut-être de perdre beaucoup, mais cela n’enlève rien au fait que pendant quinze ans, il a parié plus et mieux que n’importe qui dans le secteur de l’énergie", assure à Bloomberg un autre trader norvégien qui a voulu garder l’anonymat.

Einar Aas n’est pas le seul à avoir pâti de ses paris risqués. Cet épisode représente aussi un revers pour le groupe Nasdaq. En termes d’image, les mises folles d’un trader sont du plus mauvais effet pour l’opérateur boursier, alors que le monde économique s’interroge sur les leçons tirées de la crise financière de 2008, dix ans après la chute de la banque Lehman Brothers. Le propriétaire de la place financière norvégienne va devoir "expliquer, notamment à la Banque centrale européenne, comment un seul trader a pu accumuler tant de pertes" sans déclencher plus tôt les mécanismes d’alerte, résume le quotidien financier britannique Financial Times.

À Grimstad, la ville de naissance d’Einar Aas, on risque aussi de ressentir les pertes du trader. La commune a "probablement perdu un important contribuable", a reconnu Tone Marie Nybo Solheim, la maire de la ville. C’est un euphémisme : entre 2014 et 2016, le trader, toujours résident fiscal de Grimstad, avait versé pas moins de 19,5 millions d’euros d’impôts locaux à la municipalité.

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