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Jean Piat, monstre sacré du théâtre français, est décédé

Jean Piat photographié le 22 janvier 2016 à Paris.
Jean Piat photographié le 22 janvier 2016 à Paris. Martin Bureau, AFP

Jean Piat, comédien français qui a marqué les mémoires tant au théâtre, en incarnant Cyrano de Bergerac qu'à la télévision avec "Les Rois Maudits", est décédé mardi soir à l'âge de 93 ans. Il était la voix de Gandalf dans "Le Seigneur des anneaux".

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Il avait prêté ses yeux bleus et sa voix chaude à Cyrano sur les planches et à Robert d'Artois à la télévision : monstre sacré du théâtre qui a marqué les mémoires dans le feuilleton "Les Rois maudits". Jean Piat est mort mardi 18 septembre à l'âge de 93 ans.

Il s'est éteint huit mois après sa compagne, la romancière et comédienne Françoise Dorin, décédée en janvier et dont il partageait la vie depuis 1975. Ce sportif accompli, qui a toujours paru plus jeune que son âge et a consacré sa vie au théâtre, aurait eu 94 ans dimanche 23 septembre.

"Dominique et Martine, ses filles, ont la douleur de vous annoncer le décès de leur père, monsieur Jean Piat, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, à 21h dans sa 94e année en son domicile parisien", ont écrit ses filles dans un communiqué à l'AFP.

Théâtre et petit écran

"Adieu, hommage, respect pour le talent, l'élégance, l'humour de Jean Piat", a réagi sur Twitter le président du Festival de Cannes, Pierre Lescure.

Tour à tour pendant plus de soixante-dix ans, Jean Piat, qui n'hésita pas à jouer dans le théâtre de boulevard, aura été Don César (dans "Ruy Blas"), Alceste (dans "Le Misanthrope") ou Don Quichotte, chantant après Jacques Brel, dans "L'Homme de la Mancha". "Je joue, parce que quand je ne joue pas, j'ai l'impression d'être privé de dessert !", déclarait-il à 90 ans passés, l'œil toujours pétillant.

Né le 23 septembre 1924 à Lannoy (Nord) dans une famille modeste et catholique, il fréquente le lycée Janson-de-Sailly à Paris et l'Institution de Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) avant d'être admis au Conservatoire national d'art dramatique. En 1946, il fugue pour tenir sans autorisation un rôle au cinéma dans "Rouletabille" et se fait expulser.

Cela ne l'empêche pas d'entrer un an plus tard à la Comédie-Française. Entre 1947 à 1972, il joue dans plus de 60 pièces. Surtout, il tient le rôle, près de 400 fois, de "Cyrano de Bergerac". La première fut saluée, une fois le rideau tombé, par plus de cinquante rappels ! "Personne n'aura su comme lui, malgré une beauté inouïe, jouer la laideur la plus célèbre de l'histoire de la littérature", a réagi la Comédie-Française.

Mais c'est le petit écran qui l'a largement fait connaître du grand public. En 1972, il frappe les esprits dans la série en six épisodes "Les Rois Maudits", réalisée par Claude Barma et adaptée de l'œuvre de Maurice Druon. Il y incarne le cruel Robert d'Artois [l'un des éléments déclencheur de la Guerre de Cent Ans], tout de rouge vêtu.

Boudé par le cinéma

Il enchaîne ensuite les succès sur les planches : "Même heure l'année prochaine", "Le Préféré", "L'Étiquette", "Le Dindon", "De Sacha à Guitry", "Le Retour en Touraine", "L'Affrontement" – qui lui vaut le Molière 1997 du meilleur adaptateur d'une pièce étrangère –, "Les Dernières lunes" et "Prof".

Le cinéma l'a toujours un peu boudé. Et la chance lui manqua. Il doit jouer dans "Casque d'or", de Jacques Becker, mais la Comédie-Française ne lui accorde pas son congé. Jean-Pierre Melville veut l'engager dans son projet de film "Arsène Lupin", mais le réalisateur meurt prématurément. Il travaillera toutefois avec Luis Buñuel dans "La Voie lactée", René Clément dans "Le Passager de la pluie" ou Sergio Gobbi dans "La Rivale".

Fait notable pour les plus jeunes générations : il a prêté sa voix aux personnages de Scar dans "Le Roi Lion", ou de Gandalf dans "Le Seigneur des anneaux".

Jean Piat a aussi beaucoup écrit. Son dernier livre, un retour sur sa carrière, "Et… vous jouez encore !", est paru en 2015.

Françoise Dorin, son épouse, qui a écrit plusieurs pièces pour lui, avait joué un rôle décisif dans son départ de la Comédie-Française au début des années 1970 pour le théâtre de boulevard, dont elle était une grande plume. "L'un et l'autre font partie du patrimoine culturel des Français", écrivait Le Point en 2013, lors de la présentation de la pièce de Françoise Dorin, jouée par Jean Piat, "Ensemble et séparément".

Avec AFP

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