Accéder au contenu principal
ANALYSE

Benalla : le chat noir de l'Élysée

Alexandre Benalla avant son audition par la commission des sénateurs, le 19 septembre 2018.
Alexandre Benalla avant son audition par la commission des sénateurs, le 19 septembre 2018. Bertrand Guay, AFP

Alors qu'Alexandre Benalla a été entendu mercredi 19 septembre par la commission d'enquête du Sénat, Roselyne Febvre, chef du service politique de France 24, livre son analyse de l'affaire.

PUBLICITÉ

Si l’on devait dater le début des ennuis d'Emmanuel Macron, si l'on devait désigner le moment où les planètes se sont désalignées pour le président de la République, l’on prendrait le jour où éclatait l’affaire Alexandre Benalla. L’histoire d’un inconnu au bataillon, un mister Nobody, qui comme un mauvais génie surgit de la boîte, devient le grain de sable qui fait dérailler le système. Les ennuis commencent, accompagnés d'un parfum de scandale. Un chat noir est entré à l’Élysée !

L’affaire est très mal gérée depuis le début par "le château", qui se perd dans les incohérences et les inexactitudes, ce qui ne fait qu’alimenter un feuilleton devenu la série B de l’été. Mais l’opposition, qui a si peu d’os à ronger, s’en empare. La première commission d’enquête, à l’Assemblée nationale, fait pschitt. Entre temps, Benalla est mis en examen pour "violences en réunion", pour avoir violenté un manifestant à Paris le 1er mai.

"Pourquoi monsieur Benalla n''a pas été recadré ? "

L’affaire se tasse, les vacances arrivent... Mais une nouvelle commission d’enquête du Sénat est cette fois programmée pour le 19 septembre. On remet une pièce dans le juke-box et coucou, revoilà l’affaire Benalla. Lui-même nourrit son malheur et alimente la critique. Exaspéré, il annonce en effet par la voix de son avocat qu’il ne se rendra pas à la commission parlementaire car il estime ne devoir des comptes qu’à la justice, puisqu’il est maintenant mis en examen. Ce qui se discute, car dans le système de la Ve République, la justice est indépendante et elle s’impose constitutionnellement au nom de la séparation des pouvoirs. Ce refus jette en tout cas de l'huile sur le feu.

On se souvient que Jérôme Cahuzac, bien que mis en examen, s’était rendu à une commission d’enquête parlementaire. Benalla constate sa boulette et, sans doute poussé par l’Élysée, change d’avis le jour-même et annonce sa venue. Dans le même temps, il traite le président de la commission du Sénat, Philippe Bas, de "petit marquis". Et hop, l’affaire repart de plus belle… Et voilà maintenant qu’il insulte les sénateurs, qu’il accuse de vouloir instruire un procès politique à Emmanuel Macron.

Tout miel, tout sucre

Mais ce mercredi matin, devant le Sénat, ce n’est pas Alexandre Benalla que l’on voit apparaître, mais un bedeau de sacristie qui bat sa coulpe. Tiré à quatre épingles, le jeune homme est tout miel, tout sucre. Il s’exprime bien et se confond en excuses en préambule, notamment en direction du president de la commission traité de "petit marquis" : bien sûr ,il tient en très haute estime cette noble institution qu’est le Sénat. Philippe Bas boit du petit lait. L’onctueux président, qui a le don de poser des questions polies mais tout en vacheries souriantes, savoure ce moment.

Benalla file doux pendant plus de deux heures. Il s’exprime bien, même si parfois, il élude la question alors qu’il commence chaque phrase par un "je vais être précis". Les sénateurs le recadrent.

Qu’apprend-on ? Qu'Alexandre Benalla était une sorte de couteau suisse. Il s’occupait de l’organisation des déplacements nationaux, de l’organisation d’évènements à l’intérieur de l’Élysée, des déplacements privés du Président et aussi du renouvellement du parc automobile de l’Élysée. On en vient à se demander si, entre toutes ces tâches, il avait le temps d’aller retourner les steaks au restaurant de l’Élysée. En clair, Benalla était l’homme à tout faire. Un homme à tout faire qui, au passage, s’octroyait les privilèges du pouvoir, comme celui de disposer d’un badge H à l’Assemblée nationale pour avoir accès à la salle de gym… "Un caprice", a-t-il concédé. Autre absurdité : il affirme ne pas avoir été garde du corps du président, mais reconnaît avoir fait une demande de port d’arme pour sa "sécurité personnelle".

Finalement, Alexandre Benalla, malgré quelques imprécisions et autres absurdités, aura plutôt retourné les choses en sa faveur, bien que ce ne fut au départ pas gagné. À entendre certains éditorialistes qui en faisaient un "bad boy" hier encore, Alexandre Benalla est aujourd'hui quasiment devenu un modèle. Un jeune homme bien sous tous rapports, se défendant bien, s’exprimant bien.

Et si Benalla avait gagné cette première manche ? Partir de si bas et réussir à tirer son épingle du jeu en pleine disgrâce, voila qui n’est pas mal joué. Peut-être qu’en voulant l’affaiblir, les sénateurs de l’opposition l’ont réhabilité à leur corps défendant. Ironie de l’histoire !

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.