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Amazon prétend doter son assistant virtuel Alexa d'"intuitions"

Dave Limp, vice-président d'Amazon, démontre comment faire cuire une pomme de terre dans le micro-ondes "intelligent" d'Amazon.
Dave Limp, vice-président d'Amazon, démontre comment faire cuire une pomme de terre dans le micro-ondes "intelligent" d'Amazon. Stephen Brashear, AFP

Amazon a lancé, jeudi, une quinzaine de nouveaux produits tous dopés à l’intelligence artificielle. Une technique que le géant du e-commerce a présentée comme capable de "prévoir" les comportements des utilisateurs.

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La maison rêvée d’Amazon contiendrait un four à micro-ondes intelligent. Mais aussi une horloge murale ou une mini-caméra de sécurité connectées. Le géant américain du e-commerce a dévoilé, jeudi 20 septembre, une quinzaine de produits pour la maison, qui seraient tous moins chers et plus intelligents que ceux de la concurrence.

À en croire Amazon, ses ingénieurs ont doté Alexa, le célèbre assistant virtuel de la marque, d'une fonction "d’intuitions" permettant d'anticiper les désirs. Dans un futur plus ou moins proche, elle pourrait aussi avoir la capacité de percevoir "des émotions, comme la frustration" dans la voix de son interlocuteur, et adapter son comportement en suggérant par exemple à un individu triste d'acheter un pot de pâte à tartiner.

"Rien de révolutionnaire"

Le choix des mots d’Amazon n’est pas innocent. Il donne l’impression que ces assistants seront dotés d’une intelligence artificielle forte, "c’est-à-dire qui aurait développé une conscience propre", explique Nicolas Bredeche, professeur à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique, contacté par France 24.

Mais la science n’en est pas encore là. "C’est du domaine du fantasme, et le choix de termes comme 'intuitions' ou 'émotions' relève davantage d’un habillage marketing", résume le chercheur français.

Les exemples "d'intuitions" fournies par Amazon n’ont, en effet, “rien de révolutionnaire”, confirme Jean-Gabriel Ganascia, chercheur au Laboratoire d’informatique de l’université Paris 6. Alexa va analyser les interactions de l’utilisateur avec tous les objets connectés de la maison afin d’en déduire des modèles qui lui permettront de prévoir son comportement. Si une personne "a l’habitude d’éteindre sa télévision avant d’aller au lit à une certaine heure, l’assistant virtuel pourra rappeler à l’utilisateur de le faire et proposer de s’en occuper", résume le quotidien britannique The Guardian. "C’est de l’apprentissage de préférences, qui est déjà étudié et appliqué dans le domaine de l’intelligence artificielle", note Nicolas Bredeche.

Il en va de même pour les recherches qu’Amazon affirme mener pour doter Alexa d’une "conscience émotionnelle rudimentaire". "Là encore, ce n’est pas une rupture technologique. On sait déjà distinguer différents états d’une personne, en analysant notamment les changements d’octave dans la voix", souligne Nicolas Bredeche. Ainsi, une machine correctement programmée sait reconnaître lorsqu’un parent parle à son enfant, car sa voix monte alors généralement dans les aigus.

Même l’affirmation selon Amazon que ces avancées sont le résultat de "l’apprentissage profond" ("deep learning") – un terme à la mode désignant l’analyse de vastes bases de données par un algorithme pour en déduire des modèles – suscite des doutes chez les chercheurs interrogés. "Ce n’est pas le seul moyen dont dispose une intelligence artificielle pour analyser, par exemple, des habitudes de comportement", assure Jean-Gabriel Ganascia.

Problèmes éthiques

Il n’en reste pas moins que c’est la première fois qu’un géant de la tech propose d’aller aussi loin dans les systèmes connectés mis entre les mains des consommateurs. "Le problème des objets dits 'intelligents' proposés jusqu’à présent, c’est qu’ils étaient plutôt idiots", note le Guardian. Mais cette nouvelle étape qu’Amazon veut franchir pose une série d’épineuses questions éthiques.

"Pour qu’Alexa puisse repérer des schémas répétitifs, elle doit pouvoir écouter et enregistrer en permanence les bruits environnants, ce qui implique des problèmes pour le respect de la vie privée", remarque Jean-Gabriel Ganascia. Le traitement de toutes ces données personnelles nécessite leur envoi à des serveurs distants disposant d'une forte puissance de calcul.

Pour lui, il ne faut pas non plus perdre de vue qu’Amazon est, avant tout, un commerçant. Son ambition d’apprendre à Alexa à reconnaître les émotions serait "abominable d’un point de vue éthique", tranche le chercheur, par ailleurs président du comité d’éthique du CNRS. "La frustration, par exemple, est un état de faiblesse et de manque qui peut être exploité pour pousser à la consommation", assure-t-il.

Enfin, Alexa fonctionnera correctement seulement si l’assistant peut détecter des habitudes. "C’est une manière de pousser l’utilisateur à entrer dans une routine et à répéter les mêmes gestes tous les jours", note Jean-Gabriel Ganascia. Ironiquement, en essayant de rendre plus humain son assistant virtuel, Amazon risque de pousser les humains à se comporter davantage comme des robots.

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