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Médine ne fera pas le Bataclan, un renoncement "par respect" pour les familles de victimes

La salle de spectacle du Bataclan, à Paris, le 13 novembre 2017.
La salle de spectacle du Bataclan, à Paris, le 13 novembre 2017. Stéphane de Sakutin, AFP

Le rappeur Médine et le Bataclan ont annoncé, vendredi, que les deux concerts prévus en octobre seraient déplacés au Zénith de Paris à d'autres dates. Une décision qui clôt trois mois de polémiques initiées par l'extrême droite.

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"J'ai des flashs de quand j'n'étais qu'un enfant / Tout c’que j’voulais faire, c'était l'Bataclan", chantait Médine il y a encore quelques mois. Le rêve d’enfant a pris fin, vendredi 21 septembre, quand l’artiste et le Bataclan ont annoncé avoir "décidé dans une volonté d'apaisement, que les concerts initialement prévus, les 19 et 20 octobre 2018, (étaient) reportés dans une autre salle parisienne [le Zénith de Paris, NDLR]" début 2019.

Cette décision est "regrettable et due à des menaces de violence", estime Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), joint par France 24. Il poursuit : "Que l'extrême droite demande l’interdiction de ses concerts signifierait qu’il y a un lien quelconque entre Médine et ceux qui ont commis les attentats. C’est une technique éprouvée depuis longtemps par l’extrême droite, celle de l’amalgame entre les musulmans et les terroristes". Avant de finalement préciser : "La démarche de Médine est de dénoncer le terrorisme. Il est engagé pour la reconnaissance du droit des musulmans, dans un combat contre les inégalités et pour le vivre-ensemble".

Dans un communiqué, le rappeur justifie ces annulations "par respect" pour les familles de victimes et "pour garantir la sécurité de (s)on public". Il dénonce par ailleurs "certains groupes d’extrême droite (qui) ont prévu des manifestations dont le but est de diviser". Le 21 septembre, le président de la Ligue du Midi, Richard Roudier, affirmait en effet qu'"une dizaine de bus" étaient "réservés” pour venir manifester devant le Bataclan le jour des concerts de Médine si ces derniers n'étaient pas annulés.

Samedi 22 septembre, le rappeur a simplement posté sa photo sur la scène du Bataclan, accompagnée de cette phrase : "Tout c’que j’voulais faire, c'était l'Bataclan..." Cela fait suite à une polémique de plusieurs mois, lancée en juin dernier par l'extrême droite, et reprise par plusieurs responsables politiques, dont Marine Le Pen (Rassemblement national), Laurent Wauquiez (Les Républicains) ou encore le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb.

Une "fake news" de l'extrême droite

Au début du mois de juin, quelques messages sont postés sur Twitter, faisant référence à des paroles extraites de chansons de Médine. Dans le viseur notamment, une parole extraite de "Don’t laïk" ("Crucifions les laïcards comme à Golgotha") et une affiche d’album (nommé "Jihad") du rappeur. Ces tweets d’indignation visaient à obtenir sa déprogrammation du Bataclan. Des messages qui sont partis de l’extrême droite, utilisant le hashtag #PasDeMédineAuBataclan, ainsi qu’une pétition, initiée par un ancien cadre départemental du Rassemblement national, firent dire à Marine Le Pen : "Bravo la patriosphère, à nos militants très actifs".

La présidente du RN a ensuite fait l’amalgame entre Médine et les attentats terroristes de novembre 2015 – 90 personnes ont été tuées au Bataclan par un commando se réclamant du groupe État islamique (EI) –, et parle d’un "concert insultant à l’égard de nos morts". Même son de cloche chez Laurent Wauquiez, président du parti LR, qui a considéré que la venue du rappeur dans cette salle de spectacle était un "sacrilège pour les victimes, (un) déshonneur pour la France". Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a pour sa part estimé que "face à certains textes choquants (de Médine), on ne peut qu'en condamner la teneur".

Concernant sa chanson "Don’t laïk", le rappeur en avait fait une explication de texte, alors qu’il était invité au séminaire "La plume et le bitume" à l’École normale supérieure, à Paris. Médine y expliquait, en mars 2017 : "La provocation n’a d’utilité que quand elle suscite un débat, pas quand elle déclenche un rideau de fer. Avec 'Don’t laïk', c’était inaudible, et le clip a accentué la polémique. J’ai eu la sensation d’être allé trop loin".

Quant à la polémique sur l’album "Jihad", "c’est une déformation scandaleuse, une fake news", affirme Pascal Boniface à France 24. Proche pendant plusieurs années du rappeur (ils ont notamment publié un livre ensemble), il précise que "es gens ont ressorti un album très ancien en faisant un lien avec le terrorisme, alors que Médine envisageait le jihad comme un combat personnel". L’album solo du rappeur était d’ailleurs sous-titré avec la phrase : "Le plus grand combat est contre soi-même".

"Liberté d'expression"

Toujours est-il que Médine a dû réagir à ces attaques. Dans un communiqué publié au mois de juin, et "afin de lever toutes ambiguïtés", il avait "renouvelé (s)es condamnations passées à l’égard des abjects attentats du 13 novembre 2015 et de toutes les attaques terroristes", tout en assurant de "(s)on profond soutien" les familles des victimes. Le rappeur avait aussi profité de cette prise de parole pour interroger, déjà : "Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts, voire plus généralement limiter notre liberté d'expression ?"

Les familles des victimes d’attentats ont quant à elles réagi diversement à la programmation du rappeur au Bataclan. L’association Life for Paris a estimé que la salle de spectacle était "complètement libre de sa programmation", et a affirmé qu’elle "ne laissera(it) personne instrumentaliser la mémoire des victimes des attentats à des fins politiciennes, comme c'est le cas dans cette affaire".

Le président de l’association 13onze15 Fraternité et vérité, Philippe Duperron, a aussi "regretté la récupération politique" dans cette polémique, mais a fait part d'"une maladresse" quant à la programmation de Médine au Bataclan. Dans cette lignée, l'association s'est "félicitée", vendredi 21 septembre, du report et du déplacement des dates de concert de Médine, "une solution conforme au souhait (de 13onze15) exprimé en juin". "Mémoire des victimes et liberté d’expression sont ménagées", peut-on aussi lire dans ce message.

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