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Vente de Rafale à l'Inde : l'opposition appelle Modi à démissionner après des déclarations de Hollande

Des manifestants du Parti du Congrès protestent, le 30 août 2018 à New Delhi, contre le contrat passé par l'Inde pour l'achat de 36 Rafale.
Des manifestants du Parti du Congrès protestent, le 30 août 2018 à New Delhi, contre le contrat passé par l'Inde pour l'achat de 36 Rafale. Sajjad Hussain, AFP

L'opposition indienne réclame la démission du Premier ministre Narendra Modi après les déclarations de François Hollande au site Mediapart, au sujet du contrat de livraison d'avions de chasse Rafale conclu en 2016 entre la France et l'Inde.

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L'ex-président français François Hollande a ravivé, vendredi 21 septembre, la polémique en Inde autour de l'achat de 36 avions de chasse Rafale en 2016, en déclarant au site Mediapart que la France n'avait "pas eu le choix" du partenaire indien du constructeur Dassault.

Ces propos faisaient dans la soirée la une de la presse indienne, et viennent nourrir la controverse déclenchée l'année dernière par le Parti du Congrès, la principale formation d'opposition. Le sujet a gagné en ampleur ces dernières semaines dans le débat politique du géant de l'Asie du Sud.

L'opposition indienne accuse notamment le gouvernement de Narendra Modi d'avoir favorisé le conglomérat privé d'un industriel présumé proche du Premier ministre. Le but aurait été de bénéficier d'une partie des "compensations" (ou "offsets") contractuelles de Dassault, au détriment de l'entreprise publique Hindustan Aeronautics Limited (HAL).

"Le Premier ministre a personnellement négocié et modifié le contrat Rafale à huis clos. Grâce à François Hollande, nous savons maintenant qu'il a personnellement apporté à Anil Ambani un contrat portant sur plusieurs milliards de dollars", a dénoncé Rahul Gandhi, président du Parti du Congrès, qui réclame la démission de Narendra Modi. "Le Premier ministre, ajoute-t-il sur Twitter, a trahi l'Inde."

>> À lire : L'Inde signe un accord d'achat de 36 Rafale

Des responsables indiens et français assurent que l'avionneur français a librement choisi de s'associer à Reliance Group, dirigé par le magnat Anil Ambani. Cette société n'avait pourtant aucune expérience préalable dans l'aéronautique.

"Nous n'avions pas notre mot à dire à ce sujet", a déclaré l'ancien président de la République française (2012-2017) François Hollande à Mediapart, dans un article mis en ligne vendredi. "C'est le gouvernement indien qui a proposé ce groupe de services et Dassault qui a négocié avec Ambani (...) Nous n'avons pas eu le choix, nous avons pris l'interlocuteur qui nous a été donné", a affirmé l'ex-chef de l'État français.

François Hollande use notamment de cet argument pour se défendre de tout possible conflit d'intérêts avec Reliance Group, qui a partiellement financé en 2016 un film de sa compagne Julie Gayet. "C'est pourquoi, par ailleurs, ce groupe n'avait pas à me faire quelque grâce quoi que ce soit. Je ne pouvais même pas imaginer qu'il y avait un quelconque lien avec un film de Julie Gayet."

"Des partenaires qui se sont choisis eux-mêmes"

Interrogé par l'AFP en marge d'une conférence qu'il donnait vendredi à Montréal, François Hollande a souligné que le nom de Reliance Group était apparu dans le cadre de la "nouvelle formule" de négociations sur l'achat de Rafale, décidée par le gouvernement Modi après son arrivée au pouvoir.

"La France n'a en aucune manière choisi Reliance", a-t-il insisté. "Les autorités françaises n'avaient pas à choisir le partenaire, Dassault s'est retrouvé avec Reliance sans que le gouvernement français ait été consulté (...) Ce sont des partenaires qui se sont choisis eux-mêmes."

>> À lire : François Hollande ou l'éternelle tentation du retour

Interrogé pour savoir si l'Inde avait fait pression pour que Reliance Group soit partenaire de Dassault, François Hollande a répondu qu'il n'était "pas au courant". "Dassault est seul capable de le dire", a-t-il ajouté, soucieux de ne pas intervenir dans la polémique indienne.

Dans un communiqué diffusé vendredi soir, le ministère français des Affaires étrangères a rappelé que cet accord portait "sur les seules obligations du gouvernement français de s'assurer de la livraison et de la qualité de cet équipement". "Le gouvernement français n'est en aucune façon impliqué dans le choix des partenaires industriels indiens qui ont été, sont ou seront sélectionnés par les industriels français", a-t-il ajouté.

Sur Twitter, le ministère indien de la Défense a "répété que ni le gouvernement indien ni le gouvernement français n'avaient eu leur mot à dire dans cette décision commerciale".

"Le choix de Dassault Aviation"

Quant à Dassault Aviation, il a expliqué vendredi soir dans un communiqué que le contrat avait été "établi de gouvernement à gouvernement".

Peu après l'officialisation de l'achat des 36 Rafale en septembre 2016, Dassault et Reliance Group avaient annoncé la création d'une coentreprise, Dassault Reliance Aerospace. La société française y a investi plus de 100 millions d'euros.

Le partenariat avec le groupe indien Reliance est "le choix de Dassault Aviation", précise encore l'entreprise française. Les deux sociétés ont construit à "Nagpur une usine pour produire des pièces de Falcon et de Rafale", a-t-elle rappelé.

Les industriels étrangers obtenant des contrats d'armement en Inde doivent contractuellement réinvestir une partie des sommes perçues sur le territoire indien. Dans le cadre du contrat Rafale, ces "compensations" portent sur environ la moitié des quelque 8 milliards d'euros payés par le gouvernement indien.

Premier importateur mondial d'armements, l'Inde cherche via les "compensations" à faire naître une industrie de défense locale pour réduire à l'avenir sa dépendance vis-à-vis de l'étranger.

Avec AFP

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