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Danske Bank, le scandale à 200 milliards d'euros qui venait du froid

Les locaux de la branche estonienne de la Danske Bank se trouve en plein centre de Tallinn, la capitale de l'Estonie
Les locaux de la branche estonienne de la Danske Bank se trouve en plein centre de Tallinn, la capitale de l'Estonie Raigo Pajula, AFP

Démission de son patron, enquêtes ouvertes dans plusieurs pays et montant astronomique en jeu : la Danske Bank est au cœur d’un scandale gigantesque de blanchiment d’argent.

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"C’est le plus grand scandale actuellement en Europe". La Commission européenne n’a pas mâché ses mots pour réagir aux révélations, jeudi 20 septembre, sur les 200 milliards d’euros de transactions suspectes passées par des comptes de la Danske Bank. Cette institution, la plus importante banque du Danemark, a reconnu que la plupart de ces mouvements de fonds était destiné à blanchir de l’argent au profit de ressortissants russes et d’autres pays de l’ex-Union soviétique.

Cette gigantesque affaire a déjà coûté son poste à Thomas Borgen, PDG de la banque danoise. Elle a aussi entraîné une enquête des autorités américaines, de la National crime agency britannique (l’agence qui s’occupe des crimes les plus graves en Grande-Bretagne), et d’un appel de Bruxelles à ouvrir une investigation à l’échelle européenne. Chacun cherchant à établir si de l’argent sale était entré sur son territoire.

Russes, Azerbaïdjanais et Ukrainiens

Ce scandale, dont les ramifications s’étendent au monde entier, est né loin des carrefours de la finance mondiale, dans un immeuble de quatre étages, à Tallinn, capitale d’Estonie. C’est au sein de la branche estonienne de la Danske Bank que va se mettre en branle, à partir de 2007, la machine à blanchir de l’argent à grande échelle.

Des "clients suspects" ont commencé à ouvrir des comptes dès l’ouverture de cette filiale sur le sol estonien, a découvert le cabinet d’avocats Bruun & Hjejle, chargé par la Danske Bank d’auditer les comptes estoniens et auteur du rapport qui a révélé l’ampleur de l’opération de blanchiment. Au moins 15 000 titulaires de comptes ont effectué des virements douteux jusqu’en 2015, d’après ces experts.

>> À lire sur France 24 : "Blanchiment : comment des milliards d'euros sont passés de la Russie à des banques européennes"

Ils sont cités dans le rapport comme "des ressortissants non-estoniens". Mais leur origine ne fait guère de doute. Des experts en corruption internationale et l’OCCRP (Organised crime & corruption reporting project), un réseau de journalistes internationaux spécialisés dans le crime organisé et la corruption, suggèrent depuis des années que la branche estonienne de la Danske Bank est l’un des véhicules d'évasion fiscale favori des oligarques russes, ukrainiens ou azerbaïdjanais.

Des proches du président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, ont notamment été accusés d’avoir utilisé les services de cette banque pour arroser, à hauteur de 3 milliards d’euros, des politiciens et lobbyistes européens afin d’améliorer l’image du régime. Même des membres de la famille du président russe Vladimir Poutine auraient acheminé plusieurs millions d’euros de Russie par l’intermédiaire de la Danske Bank en Estonie. "C’est ainsi que le crime organisé russe et des sbires de Poutine font sortir des milliards de dollars du pays", affirmait déjà en février 2018 Marshall Billingslea, spécialiste du financement du terrorisme au Département du Trésor des États-Unis.

Perte du AAA pour le Danemark ?

Cet argent venu du froid a fini dans une dizaine de paradis fiscaux, dont les îles Vierges britanniques, Chypre ou encore Malte. Mais certaines transactions ont fini sur des comptes de pays à la fiscalité moins avantageuse, comme la France. Le tribunal de Paris a d’ailleurs ouvert une enquête en 2017 visant la Danske Bank pour soupçons de fraude concernant 15 millions d’euros.

Malgré des mises en garde adressées à la banque dès la fin des années 2000, l'institution a laissé faire jusqu’en 2015, date à laquelle la plupart des comptes ont été fermés. Une enquête interne, réalisée en 2010, avait même conclu qu’il n’y avait rien d’anormal sur le front estonien. Le patron de la filiale locale à l’époque n’était autre que Thomas Borgen, qui allait prendre la tête de l’ensemble du groupe bancaire en 2013.

"Il y a eu des carences majeures dans les procédures de contrôle, et un certain nombre d’employés, anciens et actuels, n’ont pas respecté leurs obligations légales aussi bien en Estonie qu’au niveau du groupe”, ont estimé les avocats du cabinet Bruun & Hjejle. Un doux euphémisme pour les journalistes d’investigation de l’OCCRP qui estiment qu’une fraude de cette ampleur a difficilement pu être réalisée sans la complicité, même passive, de certains employés en Estonie.

Suite au rapport du cabinet d’avocats, la Danske Bank a évoqué la possibilité d’ouvrir une nouvelle procédure interne pour évaluer les responsabilités. Mais pour le Danemark, le mal est fait. Le scandale qui frappe sa plus importante banque risque d’avoir des conséquences très concrètes pour le pays. Les turbulences de la Danske Bank pourraient coûter son triple AAA [la meilleure note financière] à Copenhague, a averti l’agence de notation Standard & Poor’s. L’institution est, en effet, le principal acteur du secteur financier qui pèse plus de 50 % dans le PIB danois.

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