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La France refuse l'accostage de l'Aquarius à Marseille et suggère plutôt Malte

L'Aquarius lors d'un sauvetage d'un canot de migrants, le 24 septembre 2018.
L'Aquarius lors d'un sauvetage d'un canot de migrants, le 24 septembre 2018. Aud Veith, Sos Méditerranée, AFP

Sans pavillon ni port pour accoster les 58 migrants à son bord, l'Aquarius, initialement en route vers Marseille, reste dans l'attente. De son côté, le gouvernement français a suggéré, mardi, que le navire débarque les occupants à Malte.

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L’Aquarius est dans la tourmente. Bientôt privé de pavillon, l’embarcation humanitaire n'a pas non plus de port pour débarquer les 58 migrants à son bord. D’abord "en route vers Marseille", lundi 25 septembre, après avoir demandé "à titre exceptionnel" à la France d’accoster, le navire n'a pas vu sa demande acceptée par les autorités françaises.

Le gouvernement français a suggéré, mardi dans la journée, que le navire les débarque à Malte plutôt qu'à Marseille, selon une source du palais de l'Élysée citée par l'AFP. "On est clair sur le fait qu'il ne faut pas faire quatre ou cinq jours de mer (...) Il faut le faire débarquer rapidement et il est aujourd'hui proche de Malte", a déclaré cette source, plaidant pour une solution européenne.

"On travaille à une solution européenne, comme on l'a fait precédemment" pour l'Aquarius, quand le navire avait été autorisé à débarquer à Valence, en Espagne, au mois de juin, et ses migrants répartis entre plusieurs pays.

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"Aujourd'hui [lundi, ndlr], nous faisons la demande solennelle et officielle aux autorités françaises" de donner, "de manière humanitaire, l'autorisation de débarquer" les rescapés, parmi lesquels 17 femmes et 18 mineurs, avait indiqué de son côté le directeur des opérations de SOS Méditerranée, Frédéric Penard. Il est pour l'instant impossible de prévoir "quand le navire arrivera" sur les côtes françaises, a souligné ce dernier lors d'une conférence de presse à Paris, l'Aquarius étant "toujours susceptible d'être mobilisé" pour une opération de sauvetage. Mais il faudrait "environ quatre jours" au navire, qui se trouve actuellement au large de la Libye, pour gagner Marseille, a précisé Francis Vallat, le président de l'ONG en France.

La ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a déclaré mardi espérer qu'une solution serait trouvée dans la journée.

Dissuasion française

Depuis le début de la crise provoquée cet été par la fermeture des ports italiens aux migrants, la France n'a jamais accepté de laisser débarquer les navires humanitaires, arguant qu'en vertu du droit maritime les naufragés doivent être débarqués dans le "port sûr" le plus proche.

"Nous avons alerté d'autres pays mais nous avons du mal à imaginer que la France puisse refuser, compte tenu de la situation humanitaire", a ajouté Francis Vallat. Sans préjuger de la réponse, il a assuré qu'à aucun moment les autorités, qui ont été prévenues en amont, "ne nous ont dissuadés de monter vers Marseille".

Mais Paris semblait, lundi soir, peu favorable à cette hypothèse. Contacté par l'AFP, Matignon a d'abord indiqué chercher "une solution européenne" selon le principe du "port sûr le plus proche". "Et en l'occurrence ce n'est pas Marseille", a ensuite précisé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sur Canal+.

Un "scandale"

Pour SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), qui ont affrété le navire, la situation est également "extrêmement critique" parce que le navire risque de perdre le pavillon du Panama au moment de toucher terre, a fait valoir Frédéric Penard. Regagner Marseille, port d'attache du navire et siège de SOS Méditerranée, est donc crucial pour "mener ce combat, qui va être difficile, pour repavilloner l'Aquarius".

Les autorités maritimes panaméennes ont annoncé, trois jours auparavant, qu'elles allaient retirer son pavillon à l'Aquarius, déjà privé en août de pavillon par Gibraltar, pour "non-respect" des "procédures juridiques internationales" concernant le sauvetage de migrants en mer Méditerranée.

"Du jamais vu et en soi un scandale", selon Vallat, qui a demandé au Panama "de revenir sur sa décision" et sinon aux États européens de fournir un pavillon à l'Aquarius. "Nous ne voulons pas nous arrêter, nous ne cèderons qu'à la force ou à la contrainte", a-t-il lancé.

Les deux ONG avaient précédemment dénoncé "la pression économique et politique flagrante exercée par le gouvernement italien" sur les autorités panaméennes - allégation contestée par le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini.

Aujourd'hui, "l'Aquarius est le seul navire civil en Méditerranée centrale, qui est la route maritime la plus mortelle du monde", a fait valoir SOS Méditerranée, avec "plus de 1 250 noyés" depuis le début de l'année.

Division autour de la question migratoire

Les autres navires humanitaires, qui étaient encore une dizaine il y a un peu plus d'un an au large de la Libye, ont quitté la zone pour des raisons diverses. Le Lifeline est bloqué à La Valette où les autorités maltaises ont ouvert une enquête administrative, tandis que le Luventa, soupçonné de collusion avec des passeurs, a été saisi par les autorités italiennes en août 2017.

"Non seulement les Européens ne mettent pas en place de mécanisme de sauvetage pérenne, mais ils essaient de détruire la capacité de la société civile à répondre à cette crise en Méditerranée", s'est indignée Assiba Hadj-Sahraoui, conseillère des affaires humanitaires pour MSF.

Même si le pic des arrivées de 2015 est loin d'être dépassé, la question migratoire divise encore profondément l'Europe, qui cherche à empêcher les départs clandestins.

En juin, l'Aquarius avait déjà été au cœur d'une crise diplomatique, après avoir récupéré 630 migrants au large de la Libye, débarqués en Espagne après le refus de l'Italie et de Malte de les accepter. Le scénario s'était répété en août pour 141 migrants débarqués à Malte.

Avec AFP et Reuters

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