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L'impitoyable destinée des adolescentes en zones de crise humanitaire

Deux adolescentes se rendent à des cours de rattrapage scolaire dans le camp onusien de Juba, au Soudan du Sud, le 15 janvier 2016.
Deux adolescentes se rendent à des cours de rattrapage scolaire dans le camp onusien de Juba, au Soudan du Sud, le 15 janvier 2016. Albert Gonzalez Farran, AFP

Vulnérables mais résilientes, les adolescentes méritent une attention particulière dans les zones de crise humanitaire car elles endurent des souffrances liées à leur condition de fille, selon l'enquête "Girls in Crisis", présentée, lundi, à l'ONU.

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"Aujourd'hui, 130 millions de filles ne sont pas allées à l'école dans le monde", a regretté la Première ministre britannique, Theresa May, aux côtés du président français, Emmanuel Macron, et du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, lors d'une conférence "Girls in Crisis", organisée en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, mardi 25 septembre.

Les trois dirigeants ont annoncé que le Partenariat mondial pour l'éducation allait bénéficier d'un fonds de 2,5 milliards de dollars sur trois ans, grâce au financement de leurs pays mais aussi des Émirats arabes unis, de la Norvège ou des Pays-Bas. Ce partenariat, lancé en 2002, intervient dans une soixantaine de pays en développement pour renforcer les structures éducatives.

>> À lire : Sénégal, Macron promet 200 millions au Partenariat mondial pour l'éducation

Parmi les mesures proposées pour remédier à cette situation, figurent la promotion de lois permettant d'assurer 12 années d'un enseignement de base gratuit pour les filles, la prévention des grossesses précoces et la lutte contre les préjugés liés au genre.

Constatant que 63 % des adultes analphabètes dans le monde sont des femmes, le président français a souligné que de nombreux "obstacles" demeurent à la scolarisation des jeunes filles, de la pauvreté aux grossesses précoces en passant par les violences sexuelles et des normes sociales "encore trop restrictives". Une éducation de qualité doit inclure des normes culturelles et sociales qui traitent de l'inégalité entre les sexes, a dit encore le chef d'État français. "C'est parce que nous ne nous sommes pas montrés à la hauteur et n'avons pas fourni une éducation appropriée que nous pérennisons ces valeurs traditionnelles au lieu de les bousculer".

"Lorsque vous habilitez les femmes à prendre de meilleures décisions que par le passé, nous finissons tous par en bénéficier", a renchéri Justin Trudeau.

Des droits et des besoins spécifiques

La mobilisation "Girls in Crisis" est partie du constat fait par l’ONG Plan International que les adolescentes dans les situations de crise humanitaires traversent des difficultés et endurent des souffrances spécifiquement liées à leur condition de fille. Le rapport de l'ONG, publié lundi 24 septembre, s’est penché sur la situation de trois populations réfugiées : le bassin du Lac Tchad, les camps de réfugiésrohingyas au Bangladesh et le Soudan du Sud. L’ONG a recueilli les témoignages de 998 filles âgées de 10 à 19 ans dans ces trois zones du monde.

Les filles ont "quatorze fois plus de risque de mourir que les garçons en période de conflits", alerte Plan International, elles se heurtent à une multitude d’obstacles les empêchant de poursuivre des études et d’être actrices de leur parcours. Le rapport évoque de nombreux mariages forcés, la banalisation de la violence et des abus sexuels, des cas de kidnappings et d’esclavage. Avec pour corolaire, une déscolarisation massive.

"Les filles et les adolescentes font face à une double discrimination du fait de leur genre et de leur âge. En situation de crise, les risques et les violences à leur encontre sont démultipliés. Il est impératif de veiller à ce que leurs droits et leurs besoins spécifiques soient considérés comme des priorités, notamment dans le secteur de l’éducation", plaide Yvan Savy, directeur de l’ONG Plan International en France.

Zoom sur le lac Tchad, le Soudan du Sud et le Bangladesh

Les adolescentes du Soudan du Sud et dans les camps de réfugiés "surpeuplés" en Ouganda (où l'ONG a interrogé 249 jeunes filles de 10 à 19 ans) décrivent "un continuum de violences, devenu la norme à la maison et dans la communauté". Une adolescente sur quatre a pensé à se suicider au moins une fois, dans l'année précédant l'enquête. Plus des trois quarts (77 %) ont confié ne pas avoir assez à manger.

Dans le bassin du lac Tchad, "une adolescente sur trois ne se sent pas en sécurité chez elle, une sur cinq a été battue au cours du mois précédant l'enquête, une sur dix a été victime d'agression sexuelle", rapporte l’ONG.

Plan International a interrogé 449 filles au Nigeria, au Niger et au Cameroun, séparées de leur père du fait de la crise pour les deux-tiers d'entre elles et même des deux parents pour un tiers. Elles ont confié leurs peurs jusqu'au sein de leurs foyers, le manque de nourriture, de bois de chauffe ou d'eau qui les oblige à parcourir de grandes distances et les expose d'autant plus aux risques de harcèlement ou violence.

L'insécurité est un frein supplémentaire à l'éducation, les jeunes filles n'osant plus emprunter le chemin de l'école, quand les agressions ne se déroulent pas au sein même de l'école. Et la scolarité est de toute façon compromise par les "mariages précoces et forcés". Au Niger, trois filles sur quatre sont mariées avant l'âge de 18 ans.

Les fillettes rohingyas en exil au Bangladesh, dans un camp à Cox's Bazar, sont également massivement privées d'éducation et racontent un quotidien similaire, rythmé par la faim, les coups, les viols, la prostitution forcée et le mariage forcé. Une adolescente bientôt mariée de force souligne : "Ils ne pouvaient pas le faire en Birmanie mais ici ils peuvent."

Pourtant, l’ONG pointe la capacité de résilience de nombreuses jeunes femmes, leur sens de l’entreprise et de la communauté. "Malgré leur immense vulnérabilité, elles jouent un rôle crucial pour la survie quotidienne de leur communauté, a pu constater Plan International. C’est pourquoi il faut reconnaître et soutenir cette résilience des adolescentes, parce que c’est une des principales clés vers une sortie de la crise humanitaire."

Avec AFP

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