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ANALYSE

Turquie : Erdogan entre diplomatie et désir de revanche

Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul, après sa victoire à l'élection présidentielle du 25 juin 2018.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul, après sa victoire à l'élection présidentielle du 25 juin 2018. Bulent Kilic, AFP

Le président turc Recep Tayyip Erdogan inaugure ce samedi une mosquée à Cologne pour "normaliser" les relations économiques de la Turquie avec ses partenaires européens et aussi pour réaffirmer l’identité islamique de la Turquie.

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Après les tensions, le temps de l’apaisement. La visite d’État de Recep Tayyip Erdogan en Allemagne a pour objectif avoué de "mettre définitivement fin à la période de tensions" que la Turquie a traversée avec l’Allemagne ces dernières années. Il s’agit d’ailleurs de la première visite officielle du président turc depuis son élection en 2014.

Dans le cadre de cette visite, Erdogan inaugure ce samedi à Cologne "l'une des plus grandes mosquées d'Europe", édifiée par l'Union turco-islamique pour les affaires religieuses, selon l’agence turque Anadolu. Un choix qui ne doit rien au hasard : c’est à Cologne qu’on trouve la Keupstrasse, une rue de 700 mètres en Allemagne surnommée "la petite Istanbul".

Ce déplacement à Cologne symbolise "la politique panislamiste de la Turquie", estime pour sa part Jana J. Jabbour, spécialiste de la Turquie, jointe par France 24. Elle explique : "L’avènement des révolutions arabes en 2011 ont fait penser à M. Erdogan qu’une alternative était possible à l’intégration européenne, c’est-à-dire une affirmation islamique de l’identité turque en opposition à l’identité judéo-chrétienne occidentale."

"Refaire surface en Europe"

Une politique de "l’affirmation de soi" semble être l’enjeu principal du déplacement du président turc en Allemagne, selon Jana J. Jabbour. D’une part sur "l’affirmation d’une identité islamique de façon libre et explicite", et d’autre part sur "l’affirmation de puissance". "M. Erdogan considère qu’il a été humilié par les puissances européennes, et cette visite en Allemagne s’inscrit dans un désir de revanche contre une puissance vue comme impérialiste."

Bedri Baykam, artiste turc et membre du parti d'opposition CHP, joint par France 24, abonde dans ce sens, estimant que le président turc ne se rend pas uniquement à Cologne pour inaugurer cette mosquée : "C’est pour lui une nouvelle occasion de refaire surface en Europe et de défendre ses idées". S’affirmer oui, mais tout en continuant le dégel, amorcé début 2018, des relations diplomatiques de la Turquie avec l’Allemagne. Cette phase que le président turc veut "apaisée" fait suite à une année 2017 émaillée de tensions, où Erdogan avait notamment dénoncé les "pratiques nazies" de la chancelière allemande Angela Merkel, après que deux meetings de ministres turcs ont été annulés en Allemagne, ainsi qu’une manifestation kurde autorisée.

"La visite [d’État cette semaine] de M. Erdogan, quelques mois après sa victoire écrasante à l’élection présidentielle turque, peut aussi signifier : 'Je suis un leader incontesté dans mon pays, et je veux être reconnu comme tel à l’international' ", analyse Jana J. Jabbour. Depuis 2003 – Lorsque Erdogan a été nommé Premier ministre de la Turquie –, ce dernier "était assoiffé de reconnaissance, et cela n'a pas changé aujourd’hui", précise-t-elle.

"Désir de revanche et logique économique"

En Allemagne, le président Erdogan va aussi devoir se positionner sur le fil tel un funambule. D’une part il va falloir gérer les rapports de force diplomatiques, un "désir de revanche" du président turc, comme le nomme Jana J. Jabbour. "M. Erdogan souffle le chaud et le froid" sur les relations de son pays avec ses partenaires européens, analyse pour sa part Bedri Baykam, pour qui les choix de la Turquie "sont un changement continuel dans les buts et les manières d'entreprendre les relations diplomatiques" avec d’autres États.

D’autre part Erdogan va devoir "normaliser" les relations économiques de la Turquie avec ses partenaires européens. "Il y a là un paradoxe, explique Jana J. Jabbour. La Turquie est en opposition diplomatique, veut être reconnue comme un partenaire égal sur la scène internationale, mais dans le même temps elle veut normaliser ses relations économiques avec ses partenaires européens, comme l’Allemagne, pour restabiliser son économie."

La Turquie a en effet rencontré des difficultés économiques ces derniers mois : sa monnaie – la livre – a connu en août 2018 une chute historique et perdu plus de 45 % de sa valeur depuis le début de l’année, provoquant l'inquiétude des marchés financiers. La venue du président Erdogan en Allemagne peut ainsi être pour lui une occasion de "concilier logiques économiques et désir de revanche", affirme Jana J. Jabbour. "À lui de jouer le pragmatisme et le juste équilibre entre ces deux tendances."

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