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Affaire Skripal : la piste du colonel russe décoré devenu empoisonneur

Rouslan Boshirov, l'un des deux suspects dans l'affaire Skripal, serait en réalité Anatoli Tchepiga, un colonel russe décoré.
Rouslan Boshirov, l'un des deux suspects dans l'affaire Skripal, serait en réalité Anatoli Tchepiga, un colonel russe décoré. Metropolitan Police Service / AFP

La véritable identité de l’un des deux suspects dans l’affaire Skripal serait celle d’un colonel ayant obtenu la plus haute distinction de l’ordre du mérite en Russie, d’après le site d’investigation britannique Bellingcat.

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Simple touriste russe fasciné par la cathédrale de Salisbury ou “héros de Russie” en mission commandée par les services secrets russes pour assassiner l’ex-agent double Sergueï Skripal ? L’identité de l’un des deux suspects de l’empoisonnement au Novichok se retrouve au centre de cette affaire, après les révélations du site britannique d’investigation Bellingcat, mardi 26 septembre.

Rouslan Boshirov, l’un des deux suspects dans l’enquête pour tentative de meurtre de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia en mars dernier, serait en réalité Anatoli Tchepiga, un agent secret et colonel décoré par le président russe Vladimir Poutine, affirme ce site spécialisé dans les affaires d’espionnage. L’homme, interpellé au Pays-Bas par la police il y a quelques mois, a toujours affirmé s’être rendu à Londres avec son ami Alexander Petrov pour découvrir les beautés de la capitale anglaise, et notamment la cathédrale de Salisbury avec sa “flèche de 123 mètres de haut, célèbre dans le monde entier”. Vladimir Poutine a, de son côté, soutenu que les deux Russes étaient de “simples civils” sans lien avec le monde du renseignement.

Du fin fond du Kazakhstan à la Tchétchénie

Une thèse qui ne tient pas debout pour Bellingcat. Le site soutient que la véritable identité de Rouslan Boshirov et son parcours en disent long sur l’implication des plus hautes sphères du pouvoir russe dans l’affaire Skripal. L’enquête de Bellingcat pour démasquer le “faux touriste” repose presque exclusivement sur des données publiques et ne fournit, comme preuve matérielle, qu’une photo de passeport d’Anatoli Tchepiga qui ressemble aux clichés fournies par la police britannique pour identifier Rouslan Boshirov. Mais le site affirme qu’une “multitude de sources liées à l’enquête ont confirmé” leurs conclusions.

S’il n’existe aucune trace d’un Rouslan Boshirov en Russie avant 2009 - date de la délivrance d’un passeport à ce nom -, la vie d’Anatoli Tchepiga est, quant à elle, plus documentée. Né il y a 39 ans à Nikolaevka, un petit village de 300 habitants au sud-est du Kazakhstan, le futur colonel a opté pour une carrière militaire dès l’âge de 18 ans. Il a intégré l’Académie militaire de Blagovechtchensk, à la frontière entre la Russie et la Chine, qui est “réputée pour former l’élite des commandos marine et des spetsnaz [forces d’intervention spéciale]”, précise Bellingcat.

Il est ensuite affecté à la 14e brigade des forces spéciales, qui s’est montrée très active durant la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2006). Anatoli Tchepiga se serait distingué durant ce conflit et a reçu “20 récompenses militaires pour ses services dans cette brigade”, précise le site d’une organisation de soldats volontaires russes, l’une des rares sources en ligne à mentionner le parcours du suspect numéro 1 dans la tentative d’assassinat de Sergueï Skripal.

“Héros de la fédération de Russie”

À partir du milieu des années 2000, il devient plus difficile de suivre la carrière d’Anatoli Tchepiga. Selon Bellingcat, il a enfilé les habits d’espions entre 2003 et 2009, date à laquelle il serait officiellement devenu Rouslan Boshirov pour ses missions secrètes.

Son nom réapparaît en 2014, lorsqu’il reçoit la médaille de “Héros de la fédération de Russie”, la plus importante distinction nationale, de la part de Vladimir Poutine. Mais la cérémonie de remise de la récompense n’est pas publique dans son cas, contrairement à la coutume en la matière. “Cela signifie que l’acte de bravoure en question est classé secret défense”, affirme Bellingcat. La seule référence à l’honneur qui a été fait au colonel vient du site de son école militaire, où il est indiqué qu’il a reçu la médaille pour “une mission de maintien de la paix”.

Si les affirmations de Bellingcat sont correctes, cela signifie que Moscou a dépêché un élément de premier ordre pour tenter d’assassiner un ex-agent double réfugié à Londres. Une hypothèse qui étonne un ancien officier russe du renseignement militaire, interrogé par le site. Ce genre de mission serait généralement confié à des agents de moindre importance, pour le cas où ils seraient arrêtés. Pour qu’un espion avec le pedigree d’Anatoli Tchepiga ait été désigné, il faut, d’après cet ex-officier russe, que la mission soit considérée comme de première importance pour des personnes “très haut placées”.

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