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Grande Guerre : la mort tragique de l'espionne Louise de Bettignies

Une photographie non datée de Louise de Bettignies
Une photographie non datée de Louise de Bettignies AFP

Il y a cent ans, Louise de Bettignies mourait dans une prison allemande. Cette espionne française faisait partie d'un réseau de renseignements durant la Première Guerre mondiale. Longtemps reconnue comme un symbole, elle est tombée dans l'oubli.

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"Melle Louise de Bettignies, en captivité à Cologne, y a succombé après trois ans du plus dur martyre". C’est par ces quelques mots que le journal Le Figaro annonce en novembre 1918, la disparition de Louise de Bettignies. La jeune femme, âgée de 38 ans, est morte deux mois plus tôt, le 27 septembre 1918 dans une prison en Allemagne, à quelques semaines seulement de la fin de la Première Guerre mondiale. Celle qui a été surnommée la "Jeanne d’Arc du Nord" avait été condamnée en 1916 pour espionnage.

La croix placée par les Allemands sur la tombe provisoire de Louise de Bettignies à Cologne et qui se trouve désormais dans la nécropolenationale de Notre-Dame-de-Lorette.
La croix placée par les Allemands sur la tombe provisoire de Louise de Bettignies à Cologne et qui se trouve désormais dans la nécropolenationale de Notre-Dame-de-Lorette. Stéphanie Trouillard, France 24

Une préceptrice devenue espionne

Rien ne prédestinait pourtant cette fille de bonne famille à un tel destin, héroïque. Louise de Bettignies voit le jour en 1880 à Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord, dans une famille noble et catholique, mais désargentée. Elle suit cependant des études en Angleterre. Polyglotte, elle maîtrise aussi bien l’anglais, l’italien et l’allemand et se débrouille en russe, en tchèque ou encore en espagnol. Elle gagne ensuite sa vie comme préceptrice auprès de grandes familles d’Europe. Lorsqu’éclate la guerre, elle s’illustre déjà comme infirmière. Elle soigne les blessés lors des bombardements de Lille en octobre 1914. Mais la ville tombe rapidement entre les mains des Allemands.

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Louise de Bettignies est vite repérée par les services de renseignements britanniques. Ses compétences en matière de langues sont recherchées, et elle fait preuve d’un patriotisme à toute épreuve. Elle suit une véritable formation d’espionne en Angleterre et prend le pseudonyme d’Alice Dubois. Exfiltrée en zone occupée, elle monte avec son amie Léonie Vanhoutte dite Charlotte, un réseau nommé "Ramble" qui compte jusqu’à 80 personnes. "L’extension et l’organisation de ce genre de réseaux se faisait au tout venant en fonction des besoins : passage de frontière, hébergement, observation notamment des trains et des mouvements de troupes et de matériel, mais aussi du passage de courriers, parfois de presse clandestine", décrit l’historienne Élise Julien, maître de conférences à Sciences-Po Lille. "Il y avait aussi dans un second temps des évacuation d’hommes et des observations et transmissions de renseignements sur l’occupant."

"J’accepte ma condamnation avec courage"

De février à octobre 1915, la jeune femme n’hésite pas à traverser les lignes ennemies. Sa mission principale est alors d’identifier les mouvements de troupes allemandes dans la région lilloise. À l’automne, elle envoie un dernier message où elle annonce aux Britanniques qu’une importante opération militaire est prévue à Verdun au début de l’année 1916. Le 20 octobre, son action est stoppée net. Elle est surprise lors d’un contrôle à Froyennes, près de Tournai, en Belgique, alors qu’elle tente de passer la frontière.

Quelques mois plus tard, elle est jugée et condamnée à mort. Comme le rapporte Le Figaro, cette catholique pratiquante adresse alors une lettre à la supérieure des Carmélites d’Anderlecht. On y perçoit toute sa détermination : "La décision du Conseil de guerre n'est pas discutable. J'accepte ma condamnation avec courage. Lors de mon opération, j'ai envisagé la mort avec calme et sans effroi, j'y joins aujourd'hui un sentiment de joie et de fierté, car j'ai refusé de dénoncer qui que ce soit, et j'espère que ceux que j'ai sauvés par mon silence m'en sauront gré."

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Après la vague de réprobations suscitée par l’exécution de l’infirmière britannique Edith Cavell et de la résistante belge Gabrielle Petit, sa peine est finalement commuée en travaux forcés à perpétuité, à Siegburg, près de Cologne. Là encore, lors de son incarcération, Louise de Bettignies se montre encore une fois intransigeante envers l’ennemi. "Elle a fait de l’opposition. Elle refusait de parler ou de travailler pour l’industrie de guerre allemande. Elle avait un comportement insolent", explique Élise Julien. En raison de son attitude, ses conditions de détention se durcissent. "Les geôliers l’enfermèrent dans un cachot. Elle était mourante quand elle en sortit. Si vous aviez vu son visage et ses yeux ! Seule la foi la soutenait. Elle nous disait encore : ‘Ne faites rien contre votre pays, rien contre votre conscience, rien contre l’honneur'", a raconté dans les années 1930 au journal Paris-Soir l’une de ses codétenues. Louise de Bettignies succombe finalement le 27 septembre 1918 des suites d’un abcès pleural mal opéré.

Pendant l’entre deux-guerres, elle devient un symbole. Une statue est même érigée en son honneur à Lille. On peut y voir l’espionne debout, regardant au loin, alors qu’un soldat reconnaissant baise sa main. "C’est un rare cas de création d’une héroïne qui n’a pas été fusillée par l’ennemi alors que la plupart des héros ont obtenu ainsi cette reconnaissance", note l’historienne Élise Julien. Pourtant, cent ans après, le nom de Louise de Bettignies s’est peu à peu effacé de la mémoire collective. "Elle est également mal connue dans le Nord. Le reste du pays ignore largement l’histoire même de l’occupation", précise Élise Julien. Pour rattraper cet oubli, une commémoration pour le centenaire de sa disparition a lieu à Lille, le 27 septembre.Un centre de ressources dans sa maison natale consacré à l'émancipation des femmes devrait également ouvrir en 2020 à Saint-Amand-les-Eaux.

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