Accéder au contenu principal

Italie : un budget anti-austérité qui pose problème aux gauches européennes

Le vice-Premier ministre italien et leader du Mouvement 5 Étoiles, Luigi di Maio, et le Premier ministre italien Giuseppe Conte, le 3 juillet 2018, à Rome.
Le vice-Premier ministre italien et leader du Mouvement 5 Étoiles, Luigi di Maio, et le Premier ministre italien Giuseppe Conte, le 3 juillet 2018, à Rome. Andreas Solaro, AFP

Le gouvernement populiste italien a annoncé un budget 2019 en rupture avec les politiques d’austérité prônées par Bruxelles. Certaines mesures se rapprochent de ce que prônent les gauches européennes, mais impossible pour elles de les soutenir.

PUBLICITÉ

Revenu de citoyenneté, réforme des retraites, plan d’investissements publics : plusieurs mesures du budget italien présenté le 27 septembre sont en phase avec ce que proposent de nombreux partis de gauche européens. Pourtant, ni Jeremy Corbyn du Parti travailliste britannique, ni Pablo Iglesias du parti espagnol Podemos, ni Yanis Varoufakis du parti grec Diem25, ni Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise ou Benoît Hamon de Génération.s n’ont pris la peine de le commenter.

Tous ces leaders européens ont en commun la volonté de s’opposer aux politiques d’austérité imposées par l’Union européenne depuis la crise financière de 2008. Le bras de fer engagé par Rome avec Bruxelles devrait donc tout particulièrement les interpeller. Mais s’ils étaient nombreux, en 2015, à soutenir le duo Tsipras-Varoufakis pour faire plier l’Union européenne sur les politiques d’austérité, personne, cette fois-ci, ne s’est exprimé publiquement en faveur du gouvernement italien.

>> À voir : Italie : le budget 2019 inquiète les marchés

Le virage pris par la coalition au pouvoir en Italie est pourtant spectaculaire : alors que le gouvernement précédent s’était engagé à maintenir le déficit public à 0,8 % en 2019, 2020 et 2021, la coalition populiste formée par la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 Étoiles (M5S, parti antisystème) table désormais sur un déficit qui atteindra 2,4 % lors des trois prochaines années. Un chiffre qui reste en-dessous de la ligne rouge des 3 %, mais jugé beaucoup trop laxiste par Bruxelles au regard de la dette publique italienne qui représente 131 % de son PIB.

Politique de la relance

Son "budget du peuple", comme le qualifie Luigi di Maio, chef de file du M5S et vice-Premier ministre italien, prévoit donc une politique de relance visant à booster la croissance. Aux 38 milliards d’euros déjà alloués pour les quinze prochaines années, le budget prévoit d'ajouter 15 milliards pour les trois prochaines années. Ce "plan d’investissement public le plus important jamais réalisé en Italie", selon le chef du gouvernement Giuseppe Conte, prévoit en particulier de mettre des sommes conséquentes à destination des écoles, des routes et des communes. La priorité sera notamment donnée aux travaux de maintenance, pour assurer la sécurité sur les ponts et routes après la chute meurtrière du pont Morandi à Gênes cet été.

L’accord trouvé le 27 septembre modifie aussi la précédente loi sur les retraites en abaissant l’âge de départ possible. La réforme permettra à quelqu’un ayant atteint l’âge de 62 ans et ayant cotisé 38 ans de partir en retraite. Une mesure qui concernera 400 000 personnes, ce qui libèrera autant de places sur le marché du travail pour "nos jeunes", a assuré le patron de la Ligue, Matteo Salvini.

>> À voir : Italie : un programme qui entend mettre fin à l'austérité

Mais surtout, le futur budget italien va créer un "revenu de citoyenneté", promesse électorale phare du Mouvement 5 Étoiles qui n’est pas sans rappeler le revenu universel de Benoît Hamon. Destiné aux personnes les plus modestes et visant à favoriser leur réinsertion sur le marché du travail, ce revenu mensuel sera de 780 euros par tête. Son coût est estimé à 10 milliards d'euros, selon le M5S, et devrait concerner 6,5 millions de personnes.

Problème : toutes ces mesures sont portées par un gouvernement populiste et peu fréquentable pour les leaders de gauche. Et alors que Benoît Hamon s’affiche volontiers au côté de Yanis Varoufakis ou que Jean-Luc Mélenchon était cette semaine bras dessus bras dessous avec Jeremy Corbyn lors du congrès du Parti travailliste à Liverpool, impossible pour eux d’aller célébrer la bravoure de Luigi di Maio. Il y aurait en effet quelque chose d’embarrassant à se retrouver sur la même photo avec un homme politique qui, par ailleurs, soutient la politique anti-migrants mise en place par Matteo Salvini.

"Un budget qui est aussi un peu trumpiste"

"Même si je n’ai aucun problème à dire que le budget italien comporte des éléments intéressants comme le revenu de citoyenneté, je note qu’il y a aussi des éléments inquiétants, estime Guillaume Balas, député européen et coordinateur de Génération.s, contacté par France 24. Je fais en particulier une différence entre l’approche adoptée par Rome, qui consiste à dire à Bruxelles 'je me moque de vos règles, je fais ce que je veux', et la nôtre qui vise à changer les règles européennes pour tout le monde. Comme pour la question des migrants, le gouvernement italien s’inscrit davantage dans une démarche individuelle que collective."

Le budget italien pose un autre problème aux gauches européennes prônant la fin de l’austérité : une réforme fiscale qui ne profitera pas aux plus démunis. Le système fiscal italien passera ainsi de cinq tranches d’imposition à deux d’ici 2021 avec une première tranche à 23 % pour les revenus jusqu’à 75 000 euros et une seconde à 33 % pour les revenus supérieurs. Par ailleurs, le taux d’imposition sera ramené dès à présent à 15 % pour plus d'un million d'auto-entrepreneurs et artisans ayant un chiffre d'affaires de moins de 65 000 euros. Enfin, le gouvernement a adopté une amnistie pour les évadés fiscaux dont les montants concernés sont inférieurs à 100 000 euros.

"Le budget italien est un peu 'trumpiste' car il baisse aussi la fiscalité sur les riches. Or, il faut faire attention car il y a là un vrai risque de dérapage, note Guillaume Balas. Par ailleurs, puisque le discours des dirigeants italiens consiste à dire que la future croissance permettra de rembourser la dette, il aurait été préférable d’investir dans les secteurs d’avenir comme celui de la transition écologique."

Davantage qu’un budget anti-libéral ou anti-austérité, le budget italien est finalement, comme le note Massimiliano Panarari, professeur à l’université Luiss de Rome, dans Libération, à l’image de son gouvernement : "Derrière l’annonce de ce budget, il y a une vision à court terme et la volonté, caractéristique des forces populistes, de rompre avec le principe de limites à respecter, que ce soit l’Europe ou les marchés. L'idée est de laisser entendre que ces limites sont des constructions de l’adversaire politique."

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.