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Chez Amazon, une hausse de salaire très opportuniste

Environ 300 000 salariés - à temps plein et saisonniers - sont concernés par la hausse du salaire minimal décidée par Amazon.
Environ 300 000 salariés - à temps plein et saisonniers - sont concernés par la hausse du salaire minimal décidée par Amazon. Chris J. Ratcliffe, AFP

Amazon a augmenté le salaire minimal de ses employés américains qui passe à 15 dollars de l'heure. Un geste pour calmer les critiques récurrentes contre les conditions salariales du géant du e-commerce et mettre ses concurrents dans l’embarras.

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Amazon, employeur modèle ? Le géant du e-commerce a décidé, mardi 2 octobre, d’augmenter le salaire minimal – d’environ 10 dollars de l’heure – à 15 dollars de l’heure pour quelque 300 000 employés aux États-Unis. Dans la foulée de l’annonce, Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, a appelé ses concurrents et le gouvernement à faire de même. Le salaire minimum légal aux États-Unis est actuellement fixé à 7,25 dollars.

Cette hausse a provoqué un rare consensus politique aussi bien dans le camp républicain que démocrate. Le président Donald Trump tout comme le sénateur Bernie Sanders, qui représente l’aile gauche du parti démocrate, ont salué l’initiative de Jeff Bezos.

Pression politique

“Je veux féliciter Jeff Bezos d'avoir fait le bon choix”, a assuré Bernie Sanders. La réaction de ce dernier était particulièrement attendue car il avait fait de l’amélioration des conditions de travail au sein d’Amazon son cheval de bataille. Le sénateur avait même déposé une proposition de loi, opportunément baptisée le Stop BEZOS Act, pour introduire une taxe visant les entreprises accumulant les profits sur le dos de salariés sous-payés.

Ce combat avait mobilisé d’autres hommes politiques, aux États-Unis comme au Royaume-Uni, qui n’avaient pas manqué de souligner le décalage entre les rémunérations en bas de l’échelle salariale d’Amazon et les revenus de Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 112 milliards de dollars.

La décision d’Amazon apparaît donc comme une victoire du monde politique sur le géant d'Internet. Les médias ont d’ailleurs été prompts à titrer, comme Le Monde, sur Jeff Bezos qui aurait “cédé à la pression”.

Mettre la pression sur Walmart et Target

Mais, en l'occurrence, la hausse des salaires répond aussi à une logique économique pour Amazon qui n’a que peu à voir avec les appels au boycott d’un Bernie Sanders. L'entreprise a besoin de recruter environ 100 000 travailleurs saisonniers pour la période des fêtes de fin d’année. Mais le taux de chômage étant au plus bas, les travailleurs peuvent se permettre de choisir.

Walmart et Target, ses deux principaux concurrents, avaient déjà acté une hausse du salaire minimum à 11 dollars de l’heure en avril 2018. Les conditions de travail pour les saisonniers au sein d’Amazon font, en outre, régulièrement l’objet de rapports très critiques. Qui a vraiment envie d'être recruté par un employeur qui obligerait le petit personnel à uriner dans des bouteilles de plastique pour ne pas nuire à la productivité ? C’est l’une des nombreuses dérives décrites dans un livre-enquête du journaliste et militant d’extrême-gauche britannique James Bloodworth, publié en avril 2018.

Amazon vise donc à améliorer son image pour séduire d’éventuelles recrues. Mais au-delà des considérations saisonnières, Jeff Bezos cherche aussi, à plus long terme, à mettre des bâtons dans les roues de ses concurrents, explique le quotidien britannique Financial Times. Parmi les géants américains de la grande distribution, l'entreprise est celle dont les profits sont les moins affectés par une hausse des salaires. “Son modèle économique, qui repose avant tout sur Internet, est moins dépendant de la main d’œuvre que celui de Walmart ou Target”, résume le Financial Times. À l’avenir, Amazon aura de moins en moins recours à du personnel en chair et en os. Le groupe compte en effet ouvrir dans les prochaines années environ 3 000 magasins sans caissiers aux États-Unis.

Ainsi, lorsque Jeff Bezos appelle ses concurrents à s’aligner sur ses propres pratiques salariales, il lance "un coup stratégique brillant”, juge le site The Atlantic. Soit ces derniers refusent et ils feront figure de grands méchants de l’histoire, soit ils suivent le mouvement au désespoir de leurs actionnaires.

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