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Imbroglio autour de la disparition présumée de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi

Capture d'écran YouTube France 24

Journaliste critique du pouvoir saoudien, l’éditorialiste Jamal Khashoggi n’est pas ressorti du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul depuis qu’il y est entré mardi, selon la présidence turque. Sa future épouse est sans nouvelles de lui.

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La situation était toujours confuse mercredi 3 octobre, 24 heures après que le très réputé éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, infatigable critique du pouvoir wahhabite exilé aux États-Unis depuis un an, est entré dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Selon Ibrahim Kalin, porte-parole du président turc, Jamal Khashoggi se trouverait toujours dans l’enceinte diplomatique. Il a précisé que les autorités turques étaient en contact avec des responsables saoudiens.

De son côté, l’ambassade du royaume wahhabite de Washington assure que les informations selon lesquelles le journaliste est retenu au consulat "sont fausses". La mission diplomatique affirme que Jamal Khashoggi s'est rendu au consulat "pour demander des documents relatifs à son statut marital et en est sorti peu après". Le consulat général d'Arabie saoudite à Istanbul a ajouté, dans la soirée de mercredi, que l'éditorialiste avait disparu après avoir quitté le consulat saoudien, affirmant travailler en coordination avec les autorités locales turques sur cette affaire.

Si Jamal Khashoggi s’est bien rendu sur place pour un rendez-vous fixé à 13 heures au cours duquel il devait retirer des documents en vue d’un futur mariage, demande effectuée lors d’une première visite, le 30 septembre, il n’en serait jamais sorti.

Sa compagne turque qui l’accompagnait n’a pas été autorisée à entrer avec lui dans les locaux du consulat et l’a attendu à l’extérieur. C’est elle qui a donné l’alerte après la fermeture officielle des lieux, à 17 heures. Aucune information n'a pu être obtenue par France 24 auprès des autorités turques et saoudiennes, deux puissances régionales en froid à cause des relations qu’entretient Ankara avec le Qatar et l’Iran, pays honnis par Riyad.

Dans un communiqué, le rédacteur en chef de la rubrique opinion du Washington Post, à laquelle Jamal Khashoggi collabore, a fait part de son inquiétude. "Nous avons été dans l'incapacité de joindre Jamal aujourd'hui et nous sommes très inquiets de savoir où il pourrait se trouver", a ainsi écrit mardi Eli Lopez. "Nous surveillons la situation de près et essayons de réunir des informations. Il serait injuste et scandaleux qu'il soit détenu en raison de son travail de journaliste et de commentateur", a-t-il ajouté.

Liberté de ton

Éditorialiste respecté et journaliste expérimenté, il a notamment couvert la première guerre du Golfe (1990-1991) et la guerre en Afghanistan, Jamal Khashoggi est un fin connaisseur de l’Arabie saoudite, des subtilités de sa société, et des coulisses de la monarchie. Il fut même le conseiller de plusieurs membres de la famille royale, dont le prince Turki Al-Faisal, ancien chef des Renseignements saoudiens, ainsi que celui d’un autre prince, le milliardaire Al-Walid ben Talal.

La liberté de ton, extrêmement rare dans le royaume, de ce natif de la ville sainte de Médine (ouest), a souvent irrité les autorités saoudiennes. Il a été limogé par deux fois de son poste de rédacteur en chef du quotidien saoudien Al-Watan, en 1999 et en 2010, à cause de ses choix éditoriaux.

Craignant d’être arrêté à cause de ses opinions sur des dossiers sensibles – il a notamment critiqué à plusieurs reprises l’intervention militaire de Riyad au Yémen – il quitte l’Arabie saoudite en 2017, et s’exile aux États-Unis, après une campagne d'arrestations de dissidents, dont des intellectuels.Il a récemment adressé une demande d'un permis de séjour permanent aux autorités américaines. Ces derniers mois, il n’a pas épargné le pouvoir saoudien. Dans des éditoriaux sans concession publiés dans la rubrique Opinion du Washington Post, il a ouvertement critiqué l’homme fort du royaume, le prince héritier Mohammed Ben Salmane, dit MBS, et ses penchants répressifs. Et ce, alors qu’il soutient son programme de réforme.

Un "environnement d’intimidation et de peur"

"En Arabie saoudite, aujourd’hui, les gens n'osent tout simplement pas parler", a-t-il écrit dans un éditorial publié le 3 avril dernier, dans lequel il accusait MBS de pratiquer un révisionnisme de l’histoire du royaume.

Dans un entretien accordé plus tôt cette année à France 24, il a critiqué la couverture par les médias occidentaux de la politique de l'héritier saoudien de 32 ans. "Tout le monde lui donne le bénéfice du doute. Un certain nombre d’articles disent : 'soutenons-le et fermons les yeux sur les arrestations d’intellectuels et de journalistes, les actes d’intimidation, le manque de liberté de la presse en Arabie saoudite'", avait-il dénoncé.

Invité de l’émission Entretien de France 24 en novembre 2017, il avait estimé que le prince héritier saoudien exerçait "un contrôle total" sur le pays, qui figure à la 169e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) en 2018. Il avait également accusé MBS de créer un "environnement d’intimidation et de peur".

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