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FRANCE

"La Morsure", la vie après l’attentat du Bataclan racontée en BD

© Belin Editeur | Couverture de "La Morsure" de Fred Dewilde.

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 04/10/2018

Trois ans après les attentats du 13-Novembre, l'auteur de BD Fred Dewilde, rescapé du Bataclan, raconte dans "La Morsure" comment les survivants d’un attentat apprennent à vivre avec un choc post-traumatique.

Survivre ou plutôt (re)vivre après un attentat. Presque trois ans après le 13-Novembre, Fred Dewilde, rescapé du Bataclan, livre "La Morsure" (Belin), une bande dessinée qui plonge le lecteur dans la gestion de l’après-traumatisme. En noir et blanc, les 43 planches se succèdent pour évoquer la peur, symbolisée par une créature tentaculaire, le refus de la haine mais aussi la résilience.

"La morsure, c’est le trauma sous toutes ses formes. Il ne s’agit pas que de moi, tout le monde est concerné, explique Fred Dewilde. Tous les gros événements que l’on a vécus dans nos vies laissent des traces. J’ai fait le premier croquis lors du premier album ["Mon Bataclan"]. Or, en analyse, le serpent, les créatures tentaculaires sont le signe de l’inconscient qui cherche à ressortir."

Cette morsure, tache noire qui envahit peu à peu son bras dans le récit, apparaît ou plutôt ressurgit en juillet 2016. Huit mois après l’attaque du Bataclan qui a fait 90 morts, l’auteur est rattrapé par l’horreur. Alors qu’il est en vacances en famille, loin du tumulte parisien, la radio crache une terrible nouvelle : à Nice, un camion-bélier a fauché 86 personnes sur la promenade des Anglais le soir du 14-Juillet. Le "poison" de la peur submerge à nouveau Fred Dewilde. Il coule dans "ses veines" malgré les antidépresseurs. "Guerre", peut-on lire sur les planches. L'auteur est persuadé que la France est entrée dans la spirale de la violence et que ses fils vont être envoyés au front. Que la haine a gagné une fois de plus du terrain.

"La haine est très liée à la peur de l’autre. C’est ce que j’essaie de montrer tout en disant que moi-même j’essaie de lutter contre cette haine de l’autre, parce que l’autre c’est nous. On est tous l’étranger de quelqu’un." Il évoque son enfance à Trappes, entouré de copains de toutes origines et cultures. "La tolérance, ça s’apprend."

"Nous sommes des dommages collatéraux"

Fred Dewilde dénonce l'instrumentalisation de la peur par la classe politique. "Nous sommes des dommages collatéraux. On a été obligés, avec les associations de victimes comme Life for Paris et 13-Novembre : fraternité et vérité, de se battre pour faire valoir nos droits, parce que ça ne coulait pas de source, s'indigne-t-il. Nous permettons aux journaux de vendre des beaux articles bien-pensants, mais est-ce que l'on a changé notre manière de sensibiliser les gens au terrorisme, est-ce qu'on a fait des formations aux premiers secours depuis trois ans ? On commence seulement à y penser dans les écoles. Nous attendions un message citoyen, celui que nous pouvions compter les uns sur les autres parce que chacun est devenu secouriste, en dépit de notre nationalité, de nos origines... Ce sentiment citoyen extrêmement fort, les politiques l'ont transformé en sentiment nationaliste." Déjà très engagé avant le Bataclan, l'auteur de BD avoue être "en colère" contre la classe politique. "Je ne peux pas voir dans ce que l'on a vécu autre chose qu'un jeu de pouvoir de nos politiques ou de Daech. Je ne comprends pas que la France vende des armes à des gouvernements [comme l'Arabie saoudite] qui soutiennent les terroristes !"

Face à cette peur surgit parfois la tentation de la fuite. "Il y a des moments où notre réalité est tellement insupportable qu’on a envie de la fuir. Il y a des moments où je doute que ça me soit arrivé. Qu’est-ce qu’il me reste de ça ? Je n’ai que des blessures psychologiques et non physiques. J’ai un mal-être qui est difficilement explicable puisque je n’ai rien, physiquement parlant", insiste Fred Dewilde. Rescapé du 13-Novembre sans dommage corporel, il a fait le mort dans une mare de sang pendant de longues heures pour ne pas abandonner une jeune inconnue qui, elle, ne pouvait fuir. "Certains étaient morts, d'autres comme moi, juste sans vie", écrit-il. Violence des mots. Violence du trauma. Du statut de victime.

"Le '13' fera partie de moi toute ma vie"

Pour réduire le stress post-traumatique, l'auteur a décidé de participer à l'étude sur le propranolol, un bêtabloquant qui permettrait d'effacer la douleur associée à un événement traumatisant. Le souvenir resterait mais avec de la distance. "Je me suis retrouvé tout seul dans la chambre d’un hôpital psychiatrique. Je me suis allongé sur le lit et je me suis dit que c’était peut-être la solution. La folie serait une échappatoire, je n’aurais plus rien à penser, je serais pris en charge, je n’aurais plus à me soucier de cette vie si difficile au quotidien. Il y a des moments où l'on doute de soi, d'autres où l'on a une volonté féroce ou d'autres encore d'atonie totale. On ne sait plus ce qui est notre moi profond. C’est une perte de réalité complète. On est sortis du Bataclan en y laissant la vie, même si on était vivants".

Résilience. Fred Dewilde récuse ce terme auquel il préfère opposer celui de "combat". Celui, au quotidien, pour "lâcher prise avec [sa] souffrance, [sa] douleur" car si "on collectionne trop de valises, à un moment on ne peut plus les porter". Il reprend désormais le métro sans porter obligatoirement un casque pour se protéger du bruit ou sans s’installer en tête de wagon. Il assiste à des concerts mais en tant qu'invité, pour naviguer entre la scène, les loges et ne jamais rester au même endroit. Mais pas à Paris. Sûrement "plus jamais". Le Bataclan ? Rire nerveux. "Je ne pense pas que j'y retournerai un jour. Il faut que je laisse ce '13'. Je suis encore en chemin, mais peut-être que je le serai toute ma vie. De toute façon, le '13' fera partie de moi toute ma vie, à moi de savoir la place que je veux lui donner."

Première publication : 04/10/2018

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