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"Il y a encore la honte" : pourquoi la campagne #MeToo ne prend pas en Afrique

Des femmes manifestent à Pretoria, en Afrique du Sud, contre les violences sexistes, le 1er août 2018.
Des femmes manifestent à Pretoria, en Afrique du Sud, contre les violences sexistes, le 1er août 2018. Wikus De Wet, AFP

Portée par les réseaux sociaux, la campagne #MeToo visant à dénoncer les violences faites aux femmes a eu un écho planétaire. Cependant, la parole des femmes s'est très peu libérée en Afrique, en raison notamment de pesanteurs sociologiques.

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Cela s’est annoncé comme une révolution sociétale et un ras-le-bol des femmes contre les violences qu’elles subissent au quotidien. À la suite de l'enquête accablante du New York Times, publiée le 5 octobre 2017, sur les agissements du magnat d’Hollywood Harvey Weinstein, accusé par une centaine de femmes d’harcèlement ou de viols, une campagne mondiale a vu le jour sur les réseaux sociaux, sous les hashtags #MeToo ou encore #BalanceTonPorc, en français.

Un an après, aux États-Unis comme en Europe, la parole des femmes s'est libérée pour dénoncer les violences sexuelles. Mais très peu en Afrique, où le sentiment de honte et les reproches adressés aux victimes ont largement maintenu le silence.

"Contrairement aux États-Unis ou à la France, des sociétés qui ont lutté pour les droits des femmes, la campagne #MeToo a trouvé en Afrique des sociétés où les mentalités sont fermées et où les violences faites aux femmes sont taboues", affirme Minou Chrys-Tayl, entrepreneure sociale camerounaise contactée par France 24. Quand le simple fait de dénoncer des violences domestiques est compliqué, difficile d'envisager la possibilité de faire tomber des hommes de pouvoir.

Briser le tabou

Depuis mars 2017, cette ancienne journaliste, victime, elle aussi, de violences conjugales, est l’une des figures sur les réseaux sociaux en Afrique francophone de la lutte contre les violences faites aux femmes. "Je suis encore en phase de reconstruction. C'est tellement difficile de s'engager après tout ça", raconte celle qui a subi pendant deux ans des violences par son conjoint alors qu’elle vivait à Cotonou, au Bénin.

C’est sur les réseaux sociaux qu’elle a décidé de briser le tabou, en racontant sa propre histoire et en publiant les photos des blessures corporelles. "Cela a suscité un très grand tollé sur la Toile. La première fois que j’ai témoigné, j’ai reçu des centaines de messages privés de femmes victimes de violences", raconte Minou Chrys-Tayl. Mais aucune femme n’a eu le courage comme elle de témoigner publiquement. "Il y a une volonté de libérer la parole. Mais malheureusement, il n’y a pas une volonté d’assumer cela. Il y a encore la honte."

Pourtant, les femmes en Afrique sont plus exposées aux violences sexuelles que dans d'autres régions du monde, selon une enquête des Nations unies publiée en 2016, qui pointe cependant de grandes disparités entre pays. Selon cette enquête, plus d'une femme sur deux au Cameroun subit des violences physiques ou sexuelles de son partenaire au moins une fois dans sa vie.

"Il vaut mieux se taire"

Au Kenya, une psychologue de 40 ans qui a requis l’anonymat a raconté à l’AFP avoir été stupéfaite quand un de ses anciens petits amis l'a giflée devant sa famille. Leur réaction a été de dire qu'il avait un "tempérament bouillant". Plus tard, à sa grande surprise, cinq de ses amies proches lui ont confié avoir été maltraitées par leurs compagnons. Elle se demande comment "interagir" avec le mouvement #MeToo quand de tels comportements sont considérés comme normaux et que "nous n'en parlons pas".

Selon Domani Doré, ancienne ministre guinéenne des Sports, contactée par France 24, "en Afrique, les craintes restent les mêmes. Être victime au point d’en parler, cela veut dire que j’expose ma famille à une humiliation. Je peux perdre mon boulot. On se dit que la fille n’aura plus de mari. Il vaut mieux se taire".

Minou Chrys-Tayl se souvient des premières réactions de ses proches lorsqu’elle a fait part de son calvaire sur les réseaux sociaux. "Quand j’ai témoigné, la première question qu’on m’a posée était : 'Qu'as-tu fait à ton homme pour qu'il te batte ?' En Afrique, on trouve encore que c’est quelque chose de normal. Au commissariat, on demande aux femmes qui viennent porter plainte la manière dont elles étaient habillées et on les insulte", explique la militante camerounaise, qui estime que les lois en Afrique ne sont pas encore adaptées pour combattre le phénomène.

S'engager en politique

Faire bouger les choses implique nécessairement d'investir la sphère politique, poursuit Minou Chrys-Tayl, qui a fait le choix de mener campagne pour Joshua Osih, candidat à l’élection présidentielle du Cameroun qui se tient le 7 octobre et principal challenger de Paul Biya, au pouvoir depuis 36 ans.

"La violence à l’égard des femmes est un phénomène social. C’est aussi un combat politique qui demande des moyens. Nous pensons qu’il faut en faire un plan quinquennal comme c'est le cas en France", explique l'ancienne journaliste en référence au plan de mobilisation contre les violences faites aux femmes, lancé l'an dernier par le gouvernment français.

"Il faut encourager le plus de femmes à aller en politique, soutient aussi Domani Doré. La société civile a des limites. Parce qu’il faudra forcément se retrouver devant des décideurs politiques pour plaider. Et ces décideurs sont souvent des hommes, qui parfois n’ont même pas envie d’en parler."

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