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EUROPE

Le GRU, l'arme pas si secrète de Poutine

© Natalia Kolesnikova, AFP | Le siège du GRU, surnommé l'Aquarium, se trouve au nord-ouest de Moscou, à côté de l'ancien aéroport central de la capitale russe.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 05/10/2018

Tentative d'assassinat de Sergueï Skripal, ingérence dans l'élection présidentielle américaine, piratage tous azimuts : les espions russes du GRU semblent omniprésents. L'agence a actuellement les faveurs du Kremlin. Explications.

C'est une offensive internationale sans précédent depuis la fin de la Guerre froide contre l’une des principales agences d’espionnage russe. Le GRU, la branche militaire du renseignement extérieur russe, a été la cible, jeudi 4 octobre, de l’ire des autorités britanniques, américaines et néerlandaises : Londres l’a accusé d’être à l’origine de cinq cyberattaques depuis 2015 ; Washington a émis des avis de recherche contre sept de ses agents ; les Pays-Bas ont, quant à eux, publié les détails concernant une opération de cette agence visant l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Un message clair adressé à l’une des officines russes les plus ouvertement actives ces derniers temps. Le GRU (ou Glavnoe razvedyvatelnoe upravlenie de son nom complet) est soupçonné d’être à l’origine de la tentative d’assassinat de l’ex-agent double Sergueï Skripal sur le sol britannique en mars 2018, et aurait orchestré le piratage des serveurs du Parti démocrate durant la campagne électorale américaine de 2016. Ses agents auraient aussi trempé dans une tentative de coup d’État au Monténégro en octobre 2016 et auraient piraté l’Agence mondiale antidopage (AMA) en 2018. Enfin, les spetsnaz – des forces d’intervention spéciales sous son contrôle – étaient les premiers à entrer en Crimée lors de l’invasion de ce territoire en 2014.

De l'ombre du KGB à la lumière en Crimée

Une exposition médiatique étonnante pour une agence qui, du temps de l’Union soviétique, opérait essentiellement dans l’ombre du tout-puissant KGB. Après la chute de l'URSS, le renseignement extérieur a été divisé entre le GRU et le SVR. Ce dernier "est l'organe de renseignement civil, bien plus proche de la CIA ou du MI6 dans son organisation, alors que le GRU a une mentalité plus militaire, davantage disposé à prendre des risques pour atteindre ses objectifs", explique Mark Galeotti, spécialiste des services secrets russes et chercheur à l’Institut des relations internationales de Prague, contacté par France  24.

Pendant longtemps, le GRU a continué à jouer le rôle d’arme secrète du Kremlin, tandis qu'une autre agence, le FSB, apparaissait comme le successeur désigné du KGB. En 2008, l’influence du GRU était sur le déclin, surtout à cause du conflit en Géorgie. L’agence "a commis plusieurs erreurs d’appréciation, notamment en sous-estimant la résistance géorgienne, et a, de ce fait, servi de bouc-émissaire pour un conflit qui ne s’est pas déroulé de manière optimale aux yeux du Kremlin", explique Mark Galeotti.

Mais tout a changé en 2014. L’invasion de la Crimée a été considérée à Moscou comme un modèle de réussite du modus operandi du renseignement militaire. "Ce n’est pas seulement l’efficacité des spetsnaz qui a été saluée à Moscou, mais aussi toute la campagne qui, semble-t-il, a été planifiée par la direction du GRU", juge le spécialiste. Le GRU est alors apparu plus adapté à la nouvelle donne géopolitique que les autres agences russes.

Une arme de guerre froide contre l'Occident

D’abord, le passage à l’ère numérique a joué en sa faveur. Historiquement, ce service a toujours considéré les télécommunications comme une part importante de son travail. Avec l’avènement du Web, il a tout naturellement formé des agents en interne aux opérations dans le cyberespace. C’est l’une des différences avec le FSB, qui s’appuie davantage sur des groupes extérieurs, des "pirates amis".

Ensuite, les méthodes du GRU correspondent mieux à l'état d'esprit de Vladimir Poutine. "Le Kremlin a sincèrement considéré que la révolution ukrainienne de 2014 avait été fomentée par les services secrets occidentaux. Dès lors, le président russe a estimé qu’il était en guerre politique contre l'Ouest, et qu’il fallait utiliser des moyens adaptés", souligne Mark Galeotti. L'espionnage à pas feutrés du SVR, préconisé au début de l’ère Poutine pour ne pas froisser les grandes puissances occidentales, n'était plus d'actualité.

"Vladimir Poutine n'a plus peur des conséquences diplomatiques, il a lâché la bride au GRU", résume cet expert. Le détail des accusations portées par les trois États contre ces espions militaires en dit d'ailleurs long sur leur rôle aux yeux du Kremlin. "Ils servent à la fois à remplir les grandes orientations stratégiques du pouvoir russe, comme semer la division au sein des grandes puissances occidentales [notamment grâce à des campagnes de propagande et de désinformation en ligne, NDLR], et ils agissent aussi comme des plombiers, en cas de fuite ou pour réparer des erreurs", détaille Mark Galeotti. Les piratages de l’Agence mondiale antidopage ou de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, ainsi que la tentative d’assassinat de Sergueï Skripal entrent dans cette seconde catégorie.

Et tant pis si le GRU n’est pas le service le plus discret. La facilité avec laquelle, les enquêteurs britanniques ont identifié les deux suspects de la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal, et les détails sur les ordinateurs et les papiers d’identité retrouvés par les autorités néerlandaises dans l’affaire du piratage de l’OIAC donnent une impression d’amateurisme. "Il y a certes eu des erreurs humaines, mais il ne faut pas se leurrer, le but était aussi d’indiquer clairement aux pays occidentaux que la Russie pouvait agir sur leur sol, et de ce point de vue, la mission a été accomplie", remarque Mark Galeotti.

Ce serait cependant un raccourci trompeur, d’après cet expert, de réduire l’espionnage russe au GRU. L’agence a peut-être le vent en poupe actuellement, mais le SVR est toujours actif, tandis que le FSB s’intéresserait de plus en plus à l’international, malgré son rôle traditionnel de rempart contre les menaces internes. Il y aurait une mobilisation générale des espions russes sur le terrain extérieur, car Vladimir Poutine a compris que l’Otan, l’adversaire historique de la Russie, n’est pas équipé pour contrer ce type de menace et qu’il y a une opportunité à exploiter. Pour Mark Galeotti, "l'Otan a été créé pour répondre à des agressions directes par des forces militaires, et non pas des attaques informatiques ou des opérations ciblées de forces spéciales".

Première publication : 05/10/2018

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