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Le prix Nobel William D. Nordhaus, précurseur de l’économie du climat

L'Américain William D. Nordhaus est à l'origine du première modèle pour calculer l'impact des dérèglements climatiques sur l'économie.
L'Américain William D. Nordhaus est à l'origine du première modèle pour calculer l'impact des dérèglements climatiques sur l'économie. Reuters

L'économiste américain William D. Nordhaus a livré l'un des outils les plus utilisés pour mesurer l'impact économique du réchauffement climatique. Son prix Nobel valide plus de trente ans de travail et d'alerte sur le coût économique engendré.

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D’abord le rapport du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) sur l’urgence climatique, puis le prix Nobel d’économie, attribué à un expert de la question. Aux côté de Paul Romer, récompensé pour ses travaux sur le rôle de l’innovation dans la croissance, l’Académie royale suédoise des sciences a aussi décidé, lundi 8 octobre, d’honorer William Nordhaus. Cet économiste américain de 77 ans est le père de l’étude des impacts économiques du réchauffement climatique.

Cet enseignant à la prestigieuse université de Yale (Connecticut) s’est intéressé, dès le début des années 1970, aux questions climatiques d’un point de vue d’économiste. Son apport principal tient en quatre lettres : Dice (pour Dynamic integrated climate economy). Il s’agit du premier modèle de "calcul du coût social des émissions de carbone", résume Fanny Henriet, économiste spécialiste du changement climatique à l’École d’économie de Paris et au CNRS, contactée par France 24.

Un modèle toujours utilisé trente ans après

William D. Nordhaus prend en compte différentes conséquences néfastes du réchauffement climatique – telles que la hausse du niveau des eaux, les catastrophes naturelles, les effets sur la santé ou encore les dégâts causés à l’agriculture – pour en déduire l’impact sur la croissance, à la fois sur le court et le long terme. Tout l’intérêt de sa démarche réside dans la "relative simplicité de son modèle, ce qui a permis à la communauté des économistes de se l’approprier aisément", note Fanny Henriet.

Dice est, en effet, un modèle dynamique qui a fortement évolué ces trente dernières années, à la fois sous l’impulsion de William Nordhaus lui-même et du fait des travaux de ses pairs. Ces fréquentes mises à jour ont permis à ce mode de calcul de rester l’une des principales références, encore aujourd’hui, malgré l’apparition de nombreux autres modèles. Les experts du Giec s’en inspirent, d’ailleurs, dans chacun de leurs rapports d’évaluation pour chiffrer le coût économique d’une hausse de plus de 1,5 °C ou 2 °C des températures.

William D. Nordhaus ne s’est pas contenté de travailler à la pertinence de son modèle. Il a aussi utilisé sa renommée scientifique pour peser dans le débat public. Il a ainsi signé des tribunes pour dénoncer la propagande des climatosceptiques et s’est également prononcé au début des années 2000 pour l’instauration d’une taxe carbone, c’est-à-dire une imposition des entrepreneurs pollueurs pour les inciter à opter pour des sources d’énergie renouvelable. Il était, là aussi, l’un des pionniers en la matière. Dans leur dernier rapport, les experts du Giec considèrent l’instauration d’une importante taxe carbone à l’échelle mondiale comme l’un des éléments centraux pour lutter contre le réchauffement climatique.

Pas le plus alarmiste

Pour autant, William D. Nordhaus n’appartient pas aux spécialistes les plus alarmistes du réchauffement climatique. En 2006, il s’est même retrouvé au cœur d’une violente controverse académique sur l’évaluation du coût des dérèglements climatqiues pour les générations futures. Il avait alors critiqué les conclusions d’un rapport qui prévoyait qu’une hausse des températures de plus de 3 °C d’ici à 2100 pouvait coûter jusqu’à 20 % du PIB mondial. Le futur prix Nobel avait jugé ces prévisions bien trop pessimistes, s’attirant les foudres d’une partie du monde scientifique, qui lui a reproché d’aller dans le sens des tenants du statu quo.

Il n’en reste pas moins que ses travaux ont fortement contribué à sensibiliser sur les dangers du réchauffement climatique. Pour la spécialiste Fanny Henriet, entre son prix Nobel et le rapport du Giec, "c’est clairement un message que le monde scientifique et académique a voulu adresser aux décideurs". Une manière d’envoyer la balle dans le camp des politiques et de leur dire qu’il est urgent de s’emparer du problème. Mais entre la volonté américaine de se retirer de l’accord de Paris sur le climat et le décalage entre le discours et les actions de nombreux dirigeants, comme en France, la balle risque de se transformer en bombe climatique qu’il ne sera bientôt plus possible de désamorcer.

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