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Asie - pacifique

Les deux Corées vont travailler à un dictionnaire commun

© Jung Yeon-je, AFP | L'alphabet coréen a été créé en 1446.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 10/10/2018

Les Coréens du Nord et du Sud parlent la même langue, mais de nombreux mots n’ont pas le même sens des deux côtés de la frontière. Ils vont travailler à un dictionnaire commun, signe d’une normalisation de leurs relations.

Le rapprochement entre les deux Corées passe aussi par la langue. Séoul a annoncé, mardi 9 octobre, la reprise “en novembre ou décembre” de réunions entre les deux pays pour aboutir à la création d’un dictionnaire commun. Anecdotique en apparence, ce projet est pourtant un serpent de mer des relations diplomatiques entre le Nord et le Sud depuis 2005.

Officiellement, les États voisins partagent la même langue, basée sur un même alphabet, appelé hangeul au Sud et chosongul au Nord. Ils en sont tellement fiers - avant son adoption au 15e siècle, les Coréens utilisaient les caractères chinois - qu’ils célèbrent tous les ans le "jour de l’alphabet", le 9 octobre au Sud et le 15 janvier au Nord.

Pas d’impôt et d’anglicisme en Corée du Nord

Mais 70 ans de séparation ont creusé le fossé linguistique, et les spécialistes estiment qu’actuellement près de 40 % des mots courants n’ont pas le même sens des deux côtés de la frontière. Il est ainsi inutile de demander en coréen à un habitant de Pyongyang s’il paie ses impôts puisque le mot n’existe pas au Nord. Il n’y a pas non plus de “chômeurs” ou de “sans domicile fixe” en Corée du Nord. Quant au terme “dong-mu”, il désigne des amis d’enfance au Sud, alors que de l’autre côté de la zone démilitarisée il évoque des “camarades qui ont vécu la révolution communiste ensemble”.

Pour les linguistes, ces différences révèlent à la fois l’emprise idéologique du régime sur le quotidien des Nord-Coréens et la perméabilité de la société sud-coréenne à la culture anglo-saxonne. En 2002, l’Institut national coréen du langage avait dénombré plus de 24 000 anglicismes dans la langue utilisée au sud. Autant de termes qui n’ont aucune chance d’arriver aux oreilles des Nord-Coréens où tout ce qui vient des États-Unis est considéré comme le mal absolu. Un dissident nord-coréen qui cherche refuge au Sud passe généralement par un institut public à son arrivée pour le sensibiliser à l’importance des anglicismes, souligne le site Korea Exposé. Il existe même depuis 2015, une application pour smartphone qui donne aux dissidents les équivalents en coréen traditionnel de centaines de ces mots venus de l’autre côté du Pacifique.

Rêve de réunification

Le projet d’un grand dictionnaire commun reflète la volonté de passer outre ces différences culturelles dans l’espoir de redevenir “un pays uni comme lorsque le roi Sejong avait inventé le hangeul [en 1446]”, a affirmé Lee Nak-yeon, le premier ministre sud-coréen, mardi 9 octobre.

C’est ce même rêve de réunification qui avait poussé Séoul à initier le chantier en 2005. Les deux pays avaient alors passé plus de dix ans à essayer de trouver des définitions communes pour environ 330 000 mots. Mais la reprise des essais de missiles par Pyongyang en 2015 et la dégradation consécutive des relations diplomatiques entre les deux pays avaient convaincu la Corée du Sud de mettre un terme à ce travail en 2016.

Un autre souci, plus immédiat, peut aussi expliquer pourquoi le sujet revient sur le devant de la scène diplomatique. La normalisation des relations entre les deux Corées implique aussi une reprise de la coopération économique, mais ce sont justement dans les domaines très pointus comme l’industrie ou la technologie que les différences linguistiques sont les plus prononcées. Les linguistes qui ont participé aux négociations entre 2005 et 2015 estiment que près de 70 % des mots techniques sont différents entre les deux pays. Le dictionnaire n'est donc pas seulement bon pour une éventuelle réunification, mais peut aussi l'être pour les affaires.

Première publication : 10/10/2018

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