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Cyril Ramaphosa promet d'accélérer le processus de restitution des terres aux Sud-Africains

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa lors de la cérémonie de remise de terres à la communauté Mkhwanazi, à Empangeni, le 14 octobre.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa lors de la cérémonie de remise de terres à la communauté Mkhwanazi, à Empangeni, le 14 octobre. Rajesh Jantilal, AFP

Le président Cyril Ramaphosa compte amender la Constitution sud-africaine pour y faire entrer le principe d’expropriation des fermiers sans compensation. Une mesure très populaire auprès de la majorité noire, à sept mois de la présidentielle.

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"Nous allons rendre massivement les terres." Dimanche 14 octobre, Cyril Ramaphosa a restitué plus de 4 000 hectares de terrain à la communauté de Mkhwanazi, dans l’est de l'Afrique du Sud. Comme des millions de Sud-Africains noirs, cette population en avait été dépossédée, en plusieurs étapes, pendant la domination britannique il y a plus de cent ans puis durant l’apartheid.

Cette restitution de terres appartenant à l’État, réclamée par 1 656 habitants de la région du KwaZulu-Natal, "est la première d'une série de demandes de récupération que nous souhaitons accélérer au cours des prochains mois", a assuré le président sud-africain. La communauté recevra des titres de propriété et un soutien du gouvernement pour les exploiter.

Cet acte symbolique fait suite à l’annonce de Cyril Ramaphosa d’amender la Constitution pour y faire entrer le principe d’expropriation des fermiers sans compensation. Cette mesure, qui suscite de nombreux débats dans le pays depuis son annonce en juillet, vise en grande partie les propriétaires blancs, qui possèdent près des trois quarts des terres agricoles du pays.

>> À lire sur RFI : L’Afrique du Sud relance le débat de la réforme foncière

"Nous parlons de guérir le passé douloureux"

À la tête d’un parti, l’ANC, fortement fragilisé depuis la destitution pour corruption de l’ancien président Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa a su trouver dans la question foncière un sujet qui pourrait lui obtenir les faveurs d’une grande partie des Sud-Africains, à sept mois de la présidentielle.

Lors d’une vaste consultation menée en juin dans tout le pays, la majorité de la population noire a démontré, parfois avec violence, combien la fin de l’accaparement des terres, symbole de l’oppression passée, était capitale. Le député Julius Malema, chef du parti d’extrême gauche EFF, qui se présente comme la voix des laissés-pour-compte du pays, en a fait son cheval de bataille. "Nous ne parlons pas seulement de donner la terre aux gens, nous parlons de guérir le passé douloureux. La restauration de la terre guérira la douleur des Noirs", lançait-il en mars.

"Le retour de ce débat est tout récent : chronologiquement, c’est l’EFF qui l’a relancé. Ramaphosa est un leader historique et un homme d’affaires libéral, et personne n’imagine qu’il s’est lancé dans cette question de son propre chef. Mais l’ANC, qui se trouvait en situation difficile après le départ de Zuma, ne pouvait pas éviter de se saisir de cette question", analyse Philippe Gervais-Lambony, professeur de géographie à l'université de Paris Nanterre et spécialiste du pays.

Soucieux de ménager aussi la minorité blanche (environ 8 % de la population) qui craint les expropriations, et d’éviter d’affaiblir l’économie, Cyril Ramaphosa a pour l’instant privilégié la redistribution des terres appartenant au gouvernement, soit 15 % du foncier arable. Son projet d’amendement, loin des allusions au clivage Blanc-Noir de Julius Malema, concerne plutôt les zones non exploitées ou non valorisées. "La modification de la Constitution ne rendra pas toute forme d’expropriation possible. Elle définira plutôt les critères qui permettent de se saisir d’une terre", continue Philippe Gervais-Lambony.

>> Écouter le reportage de RFI : "L'éternel conflit de redistribution des terres"

Éviter un scénario à la zimbabwéenne

Pour le nouveau dirigeant, qui entend le rester après les élections de 2019, il faut absolument éviter un scénario à la zimbabwéenne, où la confiscation par Robert Mugabe des terres gérées par des Blancs, en 2000, a entraîné un désastre économique. Le scénario reste néanmoins peu probable en Afrique du Sud, où les réalités territoriales et la répartition de la population sont tout autres.

In fine, pour Cyril Ramaphosa, "un accès équitable à la terre va participer à la croissance économique, grâce à l’utilisation intensive de plus de terres dans le pays". Le système agricole sud-africain, résolument capitaliste, privilégie les grandes exploitations peu intensives, avec moins de dix salariés, dans un secteur très concentré, alors que le taux de chômage atteint les 27,2 % de la population.

D'après Philippe Gervais-Lambony, la théorie d'une agriculture intensive efficace ne peut cependant pas s'appliquer à toute l'Afrique du Sud. "Les régions du pays sont très diverses, et dans beaucoup d’entre elles, où le manque d’eau est un vrai problème, les exploitations de très grande taille sont la seule manière de cultiver." Par ailleurs, depuis la fin de l’apartheid et l'ouverture du marché à la concurrence internationale, rappelle le chercheur, les fermiers blancs ne sont plus si bien lotis et beaucoup d’exploitations ne sont plus rentables.

>> À lire : Trump veut étudier "de près" les expropriations des fermiers blancs en Afrique du Sud

Réforme difficile à mettre en place

À son arrivée au pouvoir en 1994, Nelson Mandela avait déjà promis de redistribuer 30 % des terres sur son quinquennat. Mais vingt ans plus tard, seulement 6 à 8 % des demandes de restitution ont abouti. La faute à un manque de volonté des présidents successifs, qui redoutaient de freiner un système agricole encore rentable. "Nous admettons que depuis plusieurs années, nous avons été plutôt lents et tardifs, et que le processus a été retardé pour diverses raisons. Ce que nous faisons aujourd'hui aurait dû être fait il y a plusieurs années", a lancé Cyril Ramaphosa dimanche.

Mais la réforme de 1994 s’est aussi heurtée au manque de demandes des Sud-Africains noirs eux-mêmes. Beaucoup de ceux qui ont pu prouver qu’ils avaient été chassés de leur terre ont préféré une compensation financière à un titre foncier.

"L’idée qu’il existe une immense population qui voudrait une terre pour la cultiver est assez inexacte. Dans une société à présent très urbanisée, qui veut s’investir dans le domaine agricole ? Même dans les anciennes zones rurales noires, les bantoustans, la densité d’occupation est telle que les gens n’y vivent plus de l’agriculture", précise Philippe Gervais-Lambony.

Conscient de cette réalité, Julius Malema a préparé la parade pour se positionner dans cette réforme éminemment politique : "Nous n'allons pas perturber l'agriculture, nous allons hériter de l'agriculture et continuer à cultiver, nous voulons des collèges agricoles ouverts, parce que la terre va venir et qu'elle aura besoin d'agriculteurs éduqués."

Le plus difficile dans la bataille électorale à venir, outre le scepticisme de la communauté blanche, viendra paradoxalement des chefs traditionnels, comme le roi zoulou Goodwill Zwelithini, propriétaire de 3 millions d’hectares de terre, et qui refusent catégoriquement d’être concernés par la réforme. Sans pouvoir officiel, ils ont une influence considérable sur les votes. Or, certains parlementaires sud-africains, qui doivent trancher sur l’amendement relatif au droit de propriété, considèrent que la réforme doit aussi concerner les zones noires.

Entre l’opposition de gauche, la communauté blanche et les chefs traditionnels, Cyril Ramaphosa dispose de peu de marge de manœuvre pour mener à bien sa réforme avant les élections.

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