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Asie - pacifique

Malgré les obstacles, des centaines de femmes se portent candidates aux législatives en Afghanistan

© Omar Sobhani, AFP | Un Afghan passe devant des panneaux électoraux à Kaboul le 28 septembre.

Vidéo par Ethan HAJJI

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 19/10/2018

Sur les 2 500 candidats en lice pour les législatives afghanes du samedi 20 octobre, 16 % sont des femmes. Un chiffre record qui masque cependant le parcours difficile des femmes candidates, et même élues.

Au fil de la campagne, son foulard jaune est devenu le symbole de sa candidature. Zakia Wardak, ingénieure de formation, est l’une des 417 femmes à briguer samedi 20 octobre un siège à la Wolesi Jirga, la chambre basse du Parlement afghan. Un chiffre record : elles étaient 328 candidates aux législatives en 2005 et 406 en 2010. Alors que 249 sièges sont en jeu, les femmes représentent ainsi, cette année, 16 % des candidatures.

Alors que la campagne électorale a officiellement pris fin mercredi soir, le compte Twitter de la candidate reflète la violence de ces dernières semaines : les appels à voter pour le "foulard jaune" ou le "panier à ruban" (son emblème sur les bulletins de vote pour les électeurs analphabètes) sont ponctués par des messages de condoléances pour les familles des candidats tués lors de la campagne.

Le dernier date de jeudi. Zakia Wardak rendait hommange au général Abdul Razeq, le commandant de la police dans la province de Kandahar tué jeudi dans une fusillade dont a réchappé le commandant des forces américaines en Afghanistan, le général Scott Miller. Une attaque revendiquée par les Taliban.

Mercredi, Zakia Wardak saluait la mémoire du député Abdul Jabar Qahraman candidat à sa propre succession, tué le jour même par l'explosion d'une bombe dissimulée sous le fauteuil de son bureau, dans la province du Helmand, dans le sud du pays.

Les taliban, qui condamnent un scrutin destiné à renforcer "l’invasion américaine en Afghanistan" et ont intimé aux candidats de se retirer de la course, ont revendiqué la responsabilité de cet attentat. Qahraman est le dixième candidat tué au cours des deux derniers mois. Deux autres ont été enlevés et quatre ont été blessés par des islamistes. L'organisation État islamique (EI) a également mené de nombreux attentats meurtriers lors de rassemblements électoraux, tuant des dizaines de personnes.

Les femmes candidates, des cibles comme les autres

Être candidat en Afghanistan, c’est prendre le risque d’être enlevé, blessé, tué, et les femmes sont des cibles comme les autres. Parmi les dix candidats tués pendant la campagne figure une femme. La semaine dernière, lors d’un rassemblement électoral organisé par une candidate, Nazifa Yousuf Bek, dans la province de Takhar dans le nord-est de l'Afghanistan, 22 personnes ont été tuées et 35 blessées dans une attaque non revendiquée. "L’organisation des taliban a annoncé qu'elle visait certains candidats parce qu’ils étaient d’anciens communistes, mais, à ma connaissance, aucune référence aux femmes n'a été faite", explique Romain Malejacq, spécialiste de l'Afghanistan, professeur à l'Université de Radboud aux Pays-Bas.

Dans un communiqué diffusé lundi, la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan a déclaré être "consciente des risques personnels importants que de nombreuses candidates et militantes des droits des femmes courent régulièrement pour promouvoir la pleine intégration des femmes en tant que candidates, électrices, membres du personnel électoral et observatrices".

Sur le papier, la nouvelle Constitution adoptée en janvier 2004, deux ans après la chute des taliban, est favorable à la représentation des femmes en politique : elle prévoit qu'un minimum de 68 sièges, sur les 249 en jeu, leur soient réservés. A l’issue des législatives de 2014, le pourcentage de femmes siégeant à la chambre basse atteignait ainsi les 28 %. Un ratio plus élevé que dans bien des pays occidentaux, à commencer par les États-Unis où la Chambre des représentants, par exemple, n’a jamais dépassé les 20 % d’élues.

Dans les faits, cependant, dans une société patriarcale où les filles restent moins scolarisées que les garçons, être une femme candidate reste un défi. Farzana Elham Kuchai, 26 ans, et en lice pour un siège de parlementaire, en sait quelque chose : "En tant que fille qui est née et qui a grandi en Afghanistan, j’ai évidemment dû faire face à la violence de ma famille, de la société, du gouvernement. (…) Mon frère m’a dit : 'Tu n’as pas à aller dans les médias, des gens disent du mal de notre famille'", a-t-elle expliqué à "Amy Poehler’s Smart Girls", une organisation visant à promouvoir les jeunes femmes.

"C’est impossible d’être une femme qui travaille en Afghanistan sans faire face à la violence. Mais nous n’avons pas d’autre choix, en tant que femmes afghanes que d’être fortes, de ne pas renoncer et de continuer", a-t-elle poursuivi. Avant de conclure, pleine d’espoir : "Tous ceux qui sont contre moi seront derrière moi un jour."

Comme d’autres femmes candidates, Farzana Elham Kuchai a partagé sur les réseaux sociaux des photos de ses rencontres durant la campagne avec "les anciens" de son ethnie, les Kuchis. Une jeune femme discutant de politique avec un groupe d’hommes âgés, les images ne sont pas si habituelles.

Être élue n'est pas le gage d'être entendue

Sans surprise, les sujets portés par les candidates touchent souvent au droit des femmes. Mais avec un emploi garanti pendant cinq ans et un salaire mensuel de 200 000 afghanis (plus de 2 300 euros), environ 15 fois le salaire moyen dans le pays, les motifs altruistes mis en avant cachent parfois des candidats "achetés" par les seigneurs de guerre. Un phénomène qui touche femmes et hommes indifféremment et qui explique les plus de 2 500 candidats en lice pour seulement 249 sièges. L'ONG Transparency International classe l'Afghanistan parmi les pays les plus corrompus au monde, au 177e rang sur 180.

Alors que pour de nombreux Afghans, la chambre basse du Parlement apparaît avant tout comme un lieu de petits arrangements entre amis, décrocher un siège de parlementaire n’est même pas l’assurance pour une femme de pouvoir peser politiquement. "Le système sans réelle majorité favorise les élus puissants, il est donc difficile pour les femmes et les jeunes de se faire entendre. Des lois sur le droit des femmes portées par des femmes n’ont ainsi jamais eu de vote lors des précédentes législatures", souligne Romain Malejacq.

À six mois de l'élection présidentielle prévue en avril prochain, l’enjeu principal du scrutin largement financé par la communauté internationale est ailleurs : "En cas de fraude massive ou d’insécurité massive,le président afghan Ashraf Ghani joue sa crédibilité", estime Romain Malejacq.

Dans ce contexte, l’enjeu du renouvellement politique avec des jeunes et des femmes apparaît comme secondaire, d'autant que, du fait des menaces, les observateurs s'attendent à une participation bien en-deçà des 8,9 millions d'inscrits sur les listes. D’ailleurs, selon Romain Malejacq : "Il y a peu de chances que le nombre de femmes élues dépasse les 68 sièges prévus pour elles par la Constitution".

Première publication : 18/10/2018

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