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Jamal Khashoggi : sa dernière tribune traduite en français

© Washington Post | "Ce dont le monde arabe a le plus besoin, c'est de la liberté d'expression", écrivait dans sa dernière tribune le journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 21/10/2018

En accord avec le Washington Post, France 24 vous propose de lire en français la dernière tribune du journaliste saoudien, qui n'a plus donné signe de vie depuis qu'il a passé le seuil du consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre.

"Ce dont le monde arabe a le plus besoin, c'est de la liberté d'expression"
Par Jamal Khashoggi (version anglaise à lire sur le Washington Post, version arabe à lire sur France 24).

J'ai récemment consulté sur Internet le rapport intitulé "La Liberté dans le monde", publié en 2018 par Freedom House (une organisation non-gouvernementale dédiée à la démocratie dans le monde), ce qui m'a amené à un grave constat : seul un pays du monde arabe figure dans la catégorie "libre", la Tunisie. Viennent ensuite la Jordanie, le Maroc et le Koweït , qualifiés de "partiellement libres". Les autres pays figurent eux dans la catégorie "non libres".

Par conséquent, les Arabes vivant dans ces pays sont soit sous-informés soit mal informés. Ils ne sont pas en mesure d'aborder suffisamment, et encore moins de débattre publiquement, des questions qui touchent la région et leur vie quotidienne. L'opinion publique est sous l'influence du discours officiel imposé par l'État, et alors que beaucoup n'y croient pas, une grande partie de la population est prisonnière de ces mensonges. Malheureusement, il est peu probable que cette situation ne change.

Le monde arabe était porteur d'espoir au printemps 2011. Les journalistes, les universitaires et les populations du monde arabe débordaient d'enthousiasme pour faire naître une société arabe libre et éclairée. Ils s'attendaient à être libérés de l'hégémonie de leurs gouvernements, ainsi que de l'interventionnisme et de la censure dans le domaine de l'information. Ces attentes ont rapidement été décues ; ces sociétés sont soit retombées dans le statut-quo, soit ont dû faire face à une répression encore plus rude.

Mon cher ami, l'éminent écrivain saoudien Saleh al-Shehi, a écrit l'une des chroniques les plus célèbres jamais publiées dans la presse saoudienne. Malheureusement, il purge actuellement une peine injustifiée de cinq ans de prison pour de prétendus commentaires à l'encontre de l'establishment saoudien. La prise de contrôle du journal, Al-Masry Al-Youm, par l’État égyptien n’a pas mis en colère ni fait réagir les confrères. Ces agissements ne sont plus sanctionnés par la communauté internationale. En lieu et place, ces actions sont parfois condamnées et rapidement c'est le silence qui s'installe.

Par conséquent, les gouvernements arabes ont eu carte blanche pour faire taire les médias. Il fut un temps où les journalistes pensaient qu'Internet libérerait l'information de la censure et du contrôle liés à la presse écrite. Mais ces gouvernements, dont l'existence même repose sur le contrôle de l'information, ont bloqué Internet de manière agressive. Ils ont également arrêté au niveau local des journalistes et mis la pression sur les annonceurs, mettant ainsi en difficulté financière de nombreuses publications.

Quelques oasis continuent d'incarner l'esprit du printemps arabe. Le gouvernement du Qatar encourage toujours la couverture de l'actualité internationale, contrairement aux efforts de ses voisins pour maintenir en place le contrôle de l'information et soutenir "l'ancien ordre arabe".

Même en Tunisie et au Koweït, où la presse est considérée comme au moins "en partie libre", les médias se concentrent sur les questions nationales. Celles qui affectent le monde arabe dans son ensemble ne sont pas couvertes. En Tunisie comme au Koweit, on hésite à fournir une tribune aux journalistes d’Arabie Saoudite, d’Égypte ou du Yémen. Même le Liban, joyau de la couronne du monde arabe en matière de liberté de la presse, a été victime de la polarisation du débat public et de l’influence du Hezbollah pro-iranien.

Le monde arabe est confronté à sa propre version d'un rideau de fer, qui n'est pas imposé par des acteurs extérieurs mais qui est dicté de l'intérieur par des factions en lutte pour le pouvoir. Pendant la Guerre froide, Radio Free Europe, devenue au fil des années une institution critique, a joué un rôle important en favorisant et en soutenant l’espoir de liberté. Les Arabes ont besoin de quelque chose de similaire. En 1967, le New York Times et The Post ont acquis conjointement le journal International Herald Tribune, qui est devenu une tribune pour que les voix du monde entier puissent s'exprimer.

Mon journal, The Post, a pris l’initiative de traduire nombre de mes articles et de les publier en arabe. Je lui en suis reconnaissant. Les Arabes ont besoin de lire dans leur propre langue pour comprendre et discuter de la démocratie aux États-Unis et en Occident, dans ses différents aspects et dans sa compléxité. Si un Égyptien peut lire un article exposant le coût réel d'un projet de construction à Washington, alors il, ou elle, serait en mesure de mieux comprendre les répercussions de projets similaires dans son pays.

Le monde arabe a besoin d'une version moderne des vieux médias transnationaux de manière à ce que les citoyens puissent être tenus informés des événements mondiaux. Plus important encore, nous devons fournir une tribune pour que des voix arabes puissent s'exprimer. Nous souffrons de pauvreté, de mauvaise gestion et d'une éducation déficiente. En créant un forum international indépendant, qui ne serait plus soumis à l'influence des gouvernements nationalistes qui diffusent une propagande haineuse, les citoyens ordinaires du monde arabe seraient aptes à s'attaquer aux problèmes structurels auxquels leurs sociétés font face.

Première publication : 18/10/2018

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