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L'UE demande des explications à Rome sur son dérapage budgétaire "sans précédent"

BRUXELLES (AFP) - 

Bruxelles a entamé jeudi un bras de fer avec la coalition populiste au pouvoir en Italie en réclamant officiellement des "clarifications" à Rome sur son dérapage budgétaire "sans précédent".

Le dérapage italien est "sans précédent dans l'histoire du Pacte de stabilité et de croissance", écrit la Commission dans un courrier où elle demande à l'Italie de lui présenter ses observations avant "le lundi 22 octobre à midi".

Bruxelles pointe un risque de "non-conformité grave" avec les règles européennes, qui pourraient l'amener à rejeter ce budget, ce qui ne s'est encore jamais produit dans l'histoire de l'UE.

Les autres pays de la zone euro, soumis aux mêmes règles budgétaires, observent de près les échanges entre l'Italie et la Commission, mise au défi par le gouvernement italien, formé de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, doit remettre jeudi en mains propres au ministre italien des Finances, Giovanni Tria, cette lettre de clarifications, avant une conférence de presse commune à Rome.

"Nous savions que ce budget, pensé pour satisfaire les exigences des citoyens italiens, longtemps ignorées, n'était pas conforme aux attentes de la Commission européenne. Nous nous attendions donc à des observations", a répondu le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, sur Facebook.

Evoquant un échange "normal" entre la Commission et les Etats membres, il a souligné que l'Italie ne serait pas la seule à recevoir une lettre.

Selon plusieurs sources, l'Espagne, la France, le Portugal et la Belgique devraient également en recevoir une, mais il s'agirait dans leur cas d'une simple demande d'informations.

Le budget italien est "bien pensé, bien construit et bien réalisé", a affirmé M. Conte, qui a déjà prévenu qu'il n'existait pas pour lui de marge pour le modifier. "Le dialogue ne nous effraie pas à condition qu'il soit constructif et utile, et sans préjugés", a-t-il insisté.

"Nous ne nourrissons aucune espèce de préjugé négatif", lui a répondu le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

M. Conte, qui a participé jeudi au sommet européen à Bruxelles, a multiplié les rencontres bilatérales.

Interrogée en marge du sommet, la chancelière allemande Angela Merkel a renvoyé la balle à la Commission et plaidé "le dialogue" avec Rome, quand son homologue néerlandais, Mark Rutte, s'est lui dit "très préoccupé".

- "Pas de leçon" -

"Après 10 ans passés en procédure de déficit public excessif, la France ne donne pas de leçon", a pour sa part commenté le président français Emmanuel Macron.

Comme l'ensemble des pays de la zone euro, l'Italie a envoyé lundi son projet de budget 2019 à l'exécutif européen.

La trajectoire budgétaire présentée, avec un déficit public à 2,4% du produit intérieur brut (PIB), est très éloignée des 0,8% promis par le précédent gouvernement de centre gauche.

Rome entend donner un coup de fouet à la croissance via une demande plus forte et davantage d'investissements. Parmi ses mesures phares : un départ en retraite facilité et un revenu de citoyenneté pour les plus modestes.

Mais ce budget inquiète car Rome affiche, après la Grèce, le ratio d'endettement (131% du PIB) le plus élevé de la zone euro.

Sur les marchés, le spread, l'écart très surveillé entre les taux à dix ans allemand et italien, a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans.

Si Rome ne modifie pas son budget, la Commission pourrait, d'ici la fin du mois, le rejeter.

Mais le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini a déjà martelé que Rome ne modifierait pas sa copie. "Cette Commission européenne ne représente plus rien ni personne", a-t-il lancé jeudi.

"Il y a une espèce de scénarisation par le gouvernement italien d'une confrontation avec Bruxelles qui est à l'évidence une tactique électorale", avant les élections européennes de mai, a estimé Nicolas Véron, économiste aux instituts Bruegel à Bruxelles et Peterson aux Etats-Unis, dans un entretien avec l'AFP.

La coalition est actuellement au plus haut dans les sondages.

© 2018 AFP