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La mort du chanteur Elliott Smith conserve une part de mystère, quinze ans après les faits

© Andy Willsher/Getty Images | Elliott Smith à Londres en 1998.

Texte par Ana BENABS

Dernière modification : 22/10/2018

Quinze ans déjà que la voix du chanteur américain Elliott Smith s'est tue. Quinze ans de mystère autour d’un décès dont la cause est encore à ce jour considérée comme "indéterminée".

Neuf ans de carrière, cinq albums studio de son vivant (puis deux posthumes), une nomination aux Oscars pour la bande-originale du film "Good Will Hunting"… Elliott Smith, compositeur et interprète américain, a marqué l’histoire du rock alternatif par son indiscutable talent. Mais aussi par sa mystérieuse mort à l'âge de 34 ans, de deux coups de couteau dans la poitrine.

Le 21 octobre 2003, Elliott se dispute avec sa petite amie de l’époque, Jennifer Chiba. Cette dernière s’enferme dans la salle de bain pour prendre une douche, selon le rapport de police. Puis elle l’entend crier, sort de la salle de bain et le trouve debout avec un couteau planté dans la poitrine. Jennifer Chiba retire la lame, Elliott Smith s’évanouit et elle appelle les secours à 12 h 18. Le décès est déclaré à 13 h 36. Quinze ans plus tard, la cause de la mort du chanteur reste "indéterminée", et l’affaire est close.

La thèse du suicide avancée…

"I can’t prepare for death anymore than I already have" (“Je be peux me préparer davantage à la mort que je l'ai déjà fait”), chante Elliott Smith dans son morceau “King’s Crossing”. Il n’est pas vraiment difficile de croire au suicide du chanteur, tant ses textes – et ses mélodies – portent le poids d’une vie tourmentée. Abusé sexuellement dans son enfance, il a enchaîné les addictions aux drogues et à l’alcool depuis son adolescence, et n’a jamais caché ses tendances dépressives.

JD Beauvallet, rédacteur en chef aux Inrockuptibles, l'a rencontré en 1998. "Je l’ai d’abord rejoint dans un appartement de Brooklyn qu’il partageait avec un ami", se souvient-il pour France 24. "Mais il n’y avait nulle part où s’asseoir tellement il y avait de tableaux, de peintures… On est allés dans une taverne en bas de chez lui, et on a discuté jusqu’à ce que la nuit tombe. À la fin, quand je suis parti, il m’a dit : 'Non reste un peu.' Il a insisté comme s’il avait la trouille de se retrouver seul avec ses angoisses", raconte-t-il.

Dans le rapport d’autopsie – que le Los Angeles County Dept. of Medical Examiner-Coroner a fait parvenir à France 24 –, un mot d’adieu est d’ailleurs mentionné par les détectives. "Un Post-it posé sur la table de la cuisine pourrait être une lettre d’adieu. Y sont inscrites les phrases 'Je suis désolé' et 'Que Dieu me pardonne', et l’écriture d’Elliott Smith est identifiée.

Seulement, le mot n’est pas daté, d’où la présence du conditionnel dans le rapport d’autopsie, qui qualifie le bout de papier comme "possible mot d’adieu". Autre élément troublant, le court message est signé "Eliott", mais les enquêteurs ont rapidement admis que la faute d’orthographe n’était pas présente sur le Post-it. Il s’agit en fait d’une erreur de la part du détective lors de la rédaction du rapport d’autopsie.

… Et ses zones d'ombre

Beaucoup de questions demeurent autour de la mort d’Elliott Smith. Le mode opératoire, d’abord. Selon le LA Coroner’s Office, moins de 4 % des suicides ont été réalisés avec un objet tranchant entre 2001 et 2002 – l’année précédant la mort de l’artiste.

Le Dr. Lisa Scheinin, médecin légiste, s’est occupée du cas d’Elliott Smith il y a quinze ans. Elle explique notamment à France 24 que "la majorité des personnes qui se suicident à l’aide d’un couteau se taillent les veines ou la gorge". "Je ne me souviens pas avoir vu d’autre cas dans lequel l’individu s’était poignardé le torse", nous dit-elle, avant de préciser qu’il est "compliqué de se souvenir de tous les cas, après avoir littéralement tout vu en 23 ans de carrière".

Aussi, elle nous indique qu’il est "inhabituel de se poignarder à travers ses vêtements". "Normalement, les concernés préfèrent les retirer pour voir une 'zone cible'. C’est l’une des raisons qui a poussé le médecin légiste en chef de l’époque Dr. Lakshmanan à être prudent et déclarer la raison de la mort comme indéterminée."

Ce détail a son importance, selon Alyson Camus, journaliste freelance et responsable du blog "Justice For Elliott Smith", lancé il y a quelques années. Sur ce site, elle liste les incohérences d'une affaire qui a, selon elle, "été négligée par les médias et la police". Elle explique à France 24 que l’absence de "marques d’hésitation" (traces d’autres coups "ratés" avant les coups mortels) sur le corps du chanteur est un autre point important à relever. Apparemment, l’instinct de survie serait habituellement responsable de ces marques d’hésitations dans ce genre de cas.

À propos des addictions, le rapport d’autopsie précise bien qu’au moment de sa mort, Elliott Smith n’était pas sous l’influence de drogues ou d’alcool. Seules quelques traces de médicaments ont été retrouvées dans son sang. Un autre point important pour Alyson Camus, qui sous-entend que la rémission du chanteur et son combat pour être "clean" ne coïncident pas avec une volonté soudaine de se donner la mort.

Elliott Smith en 1998. © Lex van Rossen/MAI/Getty Images

La compagne d'Elliott Smith mise en cause

Rapidement, les regards se sont tournés vers la dernière personne à avoir vu Elliott Smith en vie : Jennifer Chiba, sa compagne, dont les empreintes sont retrouvées sur le couteau qu'elle a retiré de la poitrine du chanteur. "Elle a donné des versions différentes de ce qu’il s’est passé ce midi-là", explique Alyson Camus. "Des gens, comme Christine Pelisek de l'hebdomadaire LA Weekly, ont essayé de l’interviewer mais elle n’a jamais voulu. Un peu plus tard, elle a accepté de parler à Liam Growing (Spin Magazine), Gil Reyes (réalisateur du documentaire "Searching for Elliott Smith") et William T. Schultz (auteur de "Torment Saint"). C’est intéressant de constater que ces personnes ont toutes privilégié la thèse du suicide."

Alyson Camus ajoute d’ailleurs que "beaucoup de personnes [lui ont] confié que Jennifer Chiba avait une passion pour les couteaux, et qu’elle avait dans le passé menacé un autre de ses copains avec une arme blanche". Ces déclarations, anonymes ou non, sont toutes compilées sur le blog tenu par Alyson Camus. Elle les communique régulièrement aux autorités, "qui montrent toujours un intérêt". Mais elle n’est pas tenue informée de l’enquête, qui ne serait selon elle "pas close", bien que le LA County Dept. of Medical Examiner-Coroner nous ait affirmé le contraire.

Un mémorial en l'honneur d'Elliott Smith, devant le mur qui illustre la pochette de son album "Figure 8". © Ken Hively/Getty Images

JD Beauvallet ne croit pas à la la thèse du meurtre. "Les gens ne supportent pas que leurs idoles puissent mourir jeunes, donc ils cherchent des coupables", se justifie-t-il. "Comme pour Kurt Cobain, il y a un lynchage de la compagne alors que les deux chanteurs étaient ouvertement dépassés par leurs situations respectives." En effet, malgré le fait que Kurt Cobain se soit donné la mort en 1994 d’une balle dans la tête, de nombreux fans rejettent encore aujourd’hui la faute sur son ex-femme Courtney Love qui, selon eux, aurait organisé un complot pour assassiner le chanteur du groupe Nirvana.

Si Alyson Camus se défend d’accuser Jennifer Chiba et nous précise qu’elle "ne fait que poser des questions qui peuvent amener les gens à penser qu’elle pourrait être suspecte". Elle conclut en disant qu’il s’agit à ce jour et depuis quinze ans de "la parole de Jennifer Chiba, seule témoin du décès d’Elliott Smith, contre des déclarations d’autres personnes absentes de la scène". Mais Sarah Ardalani, responsable de l’information du LA County Dept. of Medical Examiner-Coroner, assure à France 24 que "l’enquête, comme toutes les autres, peut être réouverte si une nouvelle preuve tangible est apportée".
 

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Première publication : 19/10/2018

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