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Economie

Obvious, les Français derrière la première peinture d’une IA vendue aux enchères

© Obvious | La maison de ventes aux enchères Christie's estime que le portrait "Edmond de Belamy" vaut entre 7 000 et 10 000 euros.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 19/10/2018

"Edmond de Belamy" est le premier portrait "peint" par une intelligence artificielle proposé par Christie’s, la célèbre maison de ventes aux enchères. Derrière cette œuvre, il y a le collectif français Obvious. Rencontre.

C’est une étrange inscription qui figure à la place de la signature, en bas du tableau "Edmond de Belamy". Il y est écrit "Min (G) max (D) Ex [log (D(x))] + Ez [log(1-D(G(z)))]". Une équation qui va à coup sûr intriguer le public qui assistera à la vente de ce portrait au siège de Christie’s à New York, jeudi 25 octobre. La toile est la première réalisée par une intelligence artificielle (IA) que le célèbre établissement proposera aux enchères.

Une création française, qui plus est. "Edmond de Belamy" a été conçu sans pinceau, mais avec un ordinateur et des algorithmes, dans un appartement à deux pas de la gare du Nord à Paris. Le tableau est le fruit de la collaboration, depuis plus d’un an entre Gauthier Vernier, Pierre Fautrel et Hugo Caselles-Dupré – trois amis de longue date – et la machine.

Une autre toile vendue pour 10 000 euros

"Les gens adorent ou détestent le résultat, mais personne n’y est indifférent", répètent à longueur d’interviews les trois compères de 25 ans qui ont fondé le collectif Obvious pour promouvoir leur art assisté par ordinateur. Sur le portrait, Edmond de Belamy a un petit air d’Edgar Allan Poe qui aurait perdu sa moustache. Le trait de l’intelligence artificielle n’est pas fin, et l’algorithme semble avoir pris un malin plaisir à rendre le visage de son "modèle" aussi anonyme que possible.

"Je ne sais pas pourquoi Christie’s a choisi ce tableau plutôt qu’un autre", souligne Gauthier Vernier à France 24. Dans la famille De Belamy, Edmond n’est, en effet, pas seul. Il y a aussi "La Comtesse", "Le Cardinal", "Le Baron" ou encore "Le Comte", tableau qui a déjà été vendu au collectionneur français Nicolas Laugero Lasserre pour 10 000 euros. En tout, l’IA a créé onze portraits de membres de cette tribu imaginaire.

Les fondateurs d’Obvious ont encore du mal à réaliser tout le chemin parcouru en un peu plus d’un an. Les trois jeunes hommes sont loin d’avoir le profil traditionnel des artistes mis à l’honneur chez Christie’s. L’un est mathématicien de formation, l’autre informaticien et le troisième économiste. "À l’origine, on voulait surtout travailler et monter un projet ensemble", raconte Gauthier Vernier.

Des artistes accidentels ? Pas à 100 %. L’art reste le fil conducteur des différents projets sur lesquels ils ont travaillé. Il y a eu une sorte de Tinder pour amateurs d’art, qui proposait à l’utilisateur de l’application de découvrir des nouveaux talents en fonction de ses goûts artistiques. Ensuite, ils ont réfléchi à une plateforme de mise en relation entre des artistes et d’éventuels acheteurs. Enfin, les trois amis sont tombés sur le travail d’Ian Goodfellow, dont le patronyme peut se traduire en français... par "bel ami". C’est ce chercheur américain qui a rédigé, en 2014, l’équation présente en bas de tous les tableaux d’Obvious. Il est donc un peu le père spirituel de la famille De Belamy. Il est aussi surnommé "l’homme qui a offert un soupçon d’imagination aux machines", et son travail a donné naissance au “GAN-isme”, un mouvement artistique qui met l’IA aux pinceaux.

Ambassadeurs de la bonne parole “GAN-ique”

Le GAN, un acronyme pour Generative Adversarial Networks (réseaux antagonistes génératifs), est la classe d’algorithmes dont Obvious s’est servi pour créer ses peintures. Il s’agit, en fait, de deux IA dont la relation "peut être comparée à celle d’un élève avec son professeur", résume Gauthier Vernier. L’élève pioche dans une base de données d’œuvres d’art, essaie de s’en inspirer pour façonner son propre tableau numérique puis soumet au professeur deux toiles, l’une réalisée par un peintre en chair et en os, l’autre que la machine a créée. Si le professeur devine quel est l’œuvre signée par un humain, l’algorithme se remet au travail. L’expérience est répétée jusqu’à ce que l’élève réussisse à tromper la vigilance de l’autre IA. "Edmond de Belamy", "Le Comte de Belamy" et les autres sont ainsi autant d’œuvres que le professeur virtuel a pris pour des réalisations humaines.

Les membres d’Obvious ne sont pas les seuls à explorer les possibilités créatrices offertes par le GAN. Microsoft s’en est servi pour son "projet Rembrandt" qui a consisté, en 2016, à mettre une AI au défi de peindre comme le célèbre peintre néerlandais du XVIIe siècle. De son côté, l’artiste américain Robbie Barrat a mis quelques internautes en émoi sur Twitter en publiant, en mars dernier, les premiers nus peints par une intelligence artificielle.

Obvious a franchi une étape supplémentaire en imprimant et en encadrant ces œuvres, les faisant ainsi sortir du monde virtuel. "Nous pensons que cela permet à un plus grand public d’appréhender ce qu’il est possible de faire avec une IA", explique Gauthier Vernier.

En propulsant les trois Français sur le devant de la scène médiatique, la vente aux enchères chez Christie’s les transforme aussi en ambassadeurs de la bonne parole "GAN-ique". Cette approche interroge, en effet, sur le processus créatif. L’IA deviendra-t-elle l’artiste du futur, boutant l’homme hors d’un univers qu’on pensait jusqu’à récemment encore protégé des appétits de la machine ? Gauthier Vernier n’y croit pas et compare volontiers l’algorithme à l’appareil photographique. Il s’agirait simplement "d’une nouvelle étape dans la collaboration entre l’artiste et son outil", assure-t-il. Pour lui, "l’IA n’est pas capable d’exprimer une intention artistique", et offre un nouveau moyen à l’homme de le faire.

Exemples de cette collaboration d’un nouveau genre : les membres d’Obvious ont sélectionné les 15 000 portraits peints entre le XIVe et le XIXe siècles qui constituent la base de données que l’IA a consultée pour forger son "style" artistique. Ils ont aussi travaillé sur les réglages de l’algorithme – constitué de bouts de code libres de droit obtenus sur Internet.

Des œuvres à la chaîne ?

D’autres craignent que le GAN marque le début du fordisme dans l’art. Grâce à l’intelligence artificielle, il deviendrait possible de créer des œuvres à la chaîne. "La rareté, qui est l’un des éléments qui fait la valeur d’une œuvre d’art, risque de disparaître", écrit ainsi le site Wired. Là encore, Gauthier Vernier pense que cela revient à minimiser l’importance de la touche humaine dans le résultat final.

Difficile de savoir comment fixer le prix de l’un de ces portraits. Généralement, la valeur dépend beaucoup de la notoriété de l’artiste. L’IA d’Obvious en est à ses débuts et il est délicat de comparer son travail à celui d'un peintre humain. Christie’s a jugé qu’"Edmond de Belamy" valait entre 7 000 et 10 000 euros, ce qui convient à Gauthier Vernier. À ses yeux, cette estimation comprend "le prix de fabrication du tableau, le coût de la puissance de calcul nécessaire et aussi ce qu’il faut pour vivre".

Car comme tous les artistes, les membres d’Obvious espèrent bien vivre de leurs créations. Pour l’instant, ils sont obligés d’avoir des emplois à côté pour subvenir à leurs besoins. La vente aux enchères chez Christie’s va leur permettre de constater si leur modèle économique est viable. Ils l’espèrent car ils ont déjà des idées pour des nouvelles séries. À l’avenir, ils aimeraient travailler sur des formes géométriques plus complexes que le portrait – comme une étoile –, voire passer à des réalisations en 3D.

Première publication : 19/10/2018

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