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Moyen-Orient

Affaire Khashoggi : Mohammed ben Salmane peut-il en sortir indemne ?

© Bandar al-Jaloud, Palais royal saoudien, AFP | Photographie officielle du prince héritien saoudien Mohammed ben Salmane, prise le 6 juin 2018, à Jeddah.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 26/10/2018

Le pouvoir wahhabite tente par tous les moyens d'épargner l'influent prince héritier. Mais MBS devrait toutefois voir son image durablement ternie par l'affaire Khashoggi.

Samedi 20 octobre à l’aube, Riyad admet que l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi est mort, tué au cours d’une "bagarre", d'une "rixe à coup de poings", sans toutefois révéler où se trouve le corps du journaliste qui n’est jamais réapparu après un rendez-vous administratif au consulat saoudien d’Istanbul, le 2 octobre. Il est annoncé dans la foulée que des proches conseillers du prince héritier Mohammed ben Salmane ont été limogés, dont plusieurs travaillaient pour le renseignement saoudien.

Par ce revirement à 180 degrés du scénario initialement assumé, le régime saoudien cherche à faire savoir qu'il a entendu le tollé international provoqué par l’affaire, et que la responsabilité du crime incombe aux services secrets.

"La ligne de défense de la monarchie est maladroite, elle cherche principalement à sauver le prince héritier et à minimiser son implication dans cette affaire", estime Karim Sader, politologue et professeur à l’université Saint-Joseph à Beyrouth, sur France 24. "Or les personnes qui vont devoir servir de boucs-émissaires sont des proches du prince héritier. Comment le général Al-Assiri, chef du renseignement, aurait-il pu agir de son propre chef, sans recevoir les instructions de son supérieur qui est Mohammed ben Salmane ? Nous sommes face à un problème de crédibilité et pouvons constater de nombreux tâtonnements."

"la monarchie cherche à sauver le prince héritier", estime Karim Sader

Sauver Mohammed ben Salmane (dit MBS) en minimisant sa responsabilité dans l’affaire s’avère être une tâche très difficile, poursuit Karim Sader. Le politologue libanais table sur une mise à l’écart du prince héritier, non pas à court terme – "Ce serait le désavouer directement et le pointer du doigt comme responsable" – mais à moyen terme – "C’est un scénario très possible". D’ailleurs, pointe-t-il, "son frère Khaled ben Salmane a été rappelé récemment de Washington, où il était l’ambassadeur pour l’Arabie saoudite, pour devenir vice-prince héritier."

David Rigoulet-Roze, enseignant et chercheur rattaché à l'Institut Français d'Analyse Stratégique (IFAS), veut aussi croire sur France 24 que "les radiations de cette crise d’une ampleur sans précédent vont se faire sentir longtemps". Selon lui, MBS avait jusqu’à lors entretenu un malentendu avec l’Occident. "Il y a eu un engouement sur sa personne, un phénomène d’incarnation d’une modernisation accélérée, d’une dynamique à caractère économique et nullement politique. C’est dans cette contradiction que s’est logé ce malentendu", explique-t-il.

Le malentendu se dissipe, à voir comment la presse américaine ne ménage pas le régime saoudien depuis l’affaire Khashoggi. Le New York Times a notamment révélé comment le renseignement saoudien mène sur Twitter une traque minutieuse des opposants à la couronne wahhabite.

Une simple "erreur"

La couronne saoudienne a bel et bien digéré la crise, veut croire Ali Shihabi, analyste proche de Riyad et établi à Washington. Selon lui, on ne peut "exiger" que Mohammad ben Salmane, "jeune dirigeant avec seulement quelques années d’expérience", sache "manier une telle calamité politique avec la virtuosité d’un politicien aguerri, sage et expérimenté". Ce serait "injuste et malveillant", plaide sur Twitter Ali Shihabi, qui se trouve être la "dernière voix à défendre MBS aujourd’hui", selon l’éditorialiste international du New York Times David Kirkpatrick.

MBS a "probablement" donné son feu vert pour une extradition ("rendition" en anglais, terme qui désigne une extradition hors d’une procédure légale), et aurait été "mal conseillé", concède l’analyste Ali Shihabi, dont les avis sont scrutés de près à Washington. Mais, relativise-t-il, “les dirigeants et les gouvernements commettent des erreurs, parfois horribles, comme l’invasion de l’Irak par les États-Unis".

À en croire Ali Shihabi, la bavure a été reconnue et doit être excusée. Les mauvais conseillers de MBS ont été sanctionnés, insiste l’analyste de la fondation Arabia. "Plusieurs proches conseillers de MBS ont été limogés et le gouvernement a pris une leçon difficile, mais quiconque croit que la ligne de succession saoudienne doit être revue en raison d’un seul terrible crime mené par les renseignements saoudiens marche sur la tête". L'analyse d'Ali Shihabi omet toutefois de citer la longue liste des décisions brutales et contestables qu'accumule le prince héritier : la guerre au Yémen, l'embargo contre le Qatar, la répression musclée des opposants au régime...

Il découle de ce point de vue que Mohammed ben Salmane doit rester le prince héritier, car il en va de la survie du royaume. L'analyste Ali Shihabi va jusqu'à parler au nom de Jamal Khashoggi : "Que Dieu bénisse l’âme de Jamal. Il nous regarde sûrement depuis les cieux. Je l’ai bien connu durant plusieurs décennies, et je crois que même lui n’aurait pas souhaité que la sécurité et la sûreté de son pays soit fragilisée par cette situation. Même dans la mort, Jamal a contribué au service de son pays : cet horrible événement renforcera la maturité politique et la prudence dont l’Arabie saoudite a besoin."

Jamal Khashoggi n'est d'évidence plus en mesure de se prononcer. Le magazine américain Newsweek dévoile cependant un entretien inédit – la date de l'enregistrement n’est pas indiquée –. Dans cette interview, Jamal Khashoggi estimait que MBS n’est autre qu’un "dirigeant tribal rétrograde", jouissant d’un pouvoir "autocratique" et ne recherchant aucunement une ouverture du régime saoudien à la démocratie. Jamal Khashoggi disait également dans cet entretien craindre pour sa vie.

Première publication : 21/10/2018

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