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Comment le président Erdogan compte tirer parti de l'affaire Khashoggi

Jusqu'à présent, Erdogan a préféré laisser les informations sortir dans la presse pour que la pression internationale s'intensifie, selon de nombreux analystes.
Jusqu'à présent, Erdogan a préféré laisser les informations sortir dans la presse pour que la pression internationale s'intensifie, selon de nombreux analystes. Umit Bektas, Reuters

Le président turc profite de l'embarras de Riyad dans l'affaire Khashoggi, du nom du journaliste tué au consulat saoudien d'Istanbul, pour occuper le devant de la scène . Un moyen pour lui de gagner de l'influence au niveau régional.

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Trois semaines après la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi qui n’est jamais ressorti du consulat de son pays à Istanbul, Recep Tayyip Erdogan s'est s'exprimé mardi 23 octobre devant le Parlement à Ankara. Le président turc continue d'égrener des éléments de l'enquête dans cette affaire.

Les enjeux sont grands pour le président turc. "Il y a quelque chose qui dépasse la simple affaire Khashoggi et qui concerne les équilibres stratégiques de la région", analyse ainsi Jean Marcou, chercheur à l’Institut d’études anatoliennes d’Istanbul et professeur à l’IEP de Grenoble.

"On a l’impression qu’Erdogan cherche à faire de cette affaire quelque chose qui permettra de rehausser l’image de la Turquie face à d’autres régimes de la région, comme celui de l’Arabie saoudite, et par là de gagner de l’influence au niveau régional pour en imposer aux États-Unis", poursuit le chercheur.

>> À lire : Affaire Khashoggi, Mohammed ben Salmane peut-il en sortir indemne ?

La "triple équation" d’Erdogan

Erdogan lui-même s'est gardé jusque-là d'attaquer frontalement le pouvoir saoudien. D'après de nombreux analystes, il a préféré laisser les informations sortir dans la presse pour que la pression internationale s'intensifie. "Depuis le début, la ligne de notre président est claire : rien ne restera secret concernant cette affaire", a ainsi déclaré lundi le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin, tout en précisant que la Turquie "ne voudrait pas" que ses relations avec l'Arabie saoudite, "pays frère et ami", pâtissent de l’affaire, a-t-il ajouté.

"La rupture n’a pas eu lieu avec le régime saoudien", confirme Jean Marcou. "Mais en même temps, Erdogan a été ferme sur le fait que l’affaire ne pourrait pas être réglée entre deux portes. On est vraiment dans une phase de rapport de forces entre le régime saoudien et les États-Unis."

>> À lire : Jamal Khashoggi, sa dernière tribune traduite en français

Le choix d’Erdogan de s’exprimer solennellement devant les parlementaires turcs est stratégique, selon le chercheur : "La session du mardi est un rendez-vous politique assez symbolique en Turquie et cela va permettre à Erdogan de parler de l’affaire à son propre pays. Car on lui a reproché, en Turquie, de ne pas toujours être assez ferme vis-à-vis de l’Arabie saoudite."

Pour Jean Marcou, l’allocution d’Erdogan pourrait être un "tournant dans l’affaire". Selon lui, cela va en tout cas permettre à Erdogan de faire le point sur les révélations de ces dernières 24 heures en gardant en tête "une triple équation" : "la situation interne, la situation régionale mais aussi internationale avec les États-Unis".

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