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PORTRAIT

Bolsonaro, le "Trump tropical" qui veut mettre le Brésil au pas

Jair Bolsonaro porté en triomphe par ses supporters à son arrivée à l'aéroport de Porto Alegre le 29 août 2018.
Jair Bolsonaro porté en triomphe par ses supporters à son arrivée à l'aéroport de Porto Alegre le 29 août 2018. Reuters

Sorti de l’ombre il y a moins de trois ans, le nouveau président brésilien n’a jamais caché sa nostalgie de la dictature. Mais Bolsonaro se défend toutefois d’être une menace pour la démocratie. Portrait.

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Prononcées pendant la campagne présidentielle ou il y a quelques années, ses sorties polémiques sur les Noirs, les femmes et les homosexuels ont fait le tour du monde. Mais si le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro, a édulcoré sa rhétorique dans les mois qui ont précédé le scrutin, dimanche 28 octobre, il y a un sujet sur lequel il n’est pas revenu : son apologie de la dictature militaire qui a dirigé le pays d'une main de fer entre 1964 et 1985.

Un obscur député jusqu’à la destitution de Rousseff

C’est d’ailleurs en faisant l’éloge d’un tortionnaire de cette époque que l’ancien parachutiste de réserve s’est fait connaître de l’opinion publique brésilienne. C’était il y a seulement deux ans et demi, en avril 2016, lors de la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff, accusée d'avoir maquillé les comptes publics. Jair Bolsonaro, tout juste sexagénaire, est alors député depuis 25 ans. Mais avec son cheveu sur la langue, sa syntaxe approximative et seulement deux projets de loi approuvés à son actif, le parlementaire, d’abord centriste puis conservateur, n’a jamais brillé dans l’Hémicycle. Il y a bien eu cet accrochage qui avait fait du bruit, plus de dix ans auparavant, avec la députée de gauche Maria de Rosario dans le "salon vert" de la Chambre des députés à Brasilia (équivalent de la salle des Quatre Colonnes). Devant les caméras, le député Bolsonaro s’en était alors pris à la députée du Parti des travailleurs (PT) de l'ex-président Lula en lui lançant notamment : "Je ne te violerai pas, parce que tu ne le mérites pas".

Mais ce "coup d’éclat" misogyne excepté, il a fallu attendre le 17 avril 2016 pour que l’obscur député Bolsonaro accède à une visibilité inédite. Ce jour-là, après trois jours de session exceptionnelle, les députés réunis en séance plénière votent le processus de mise en accusation de la successeure de Lula. Alors que tout le pays retient son souffle, Jair Bolsonaro quand vient son tour annonce qu’il dédie son vote "à la mémoire du colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, la terreur de Dilma Rousseff". Le choc dans le pays est à la mesure de la provocation : car le colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, mort l’année précédente, est connu dans tout le pays pour avoir été le très redouté chef de la police politique durant la dictature, responsable de dizaines de morts et de disparitions d'opposants au régime, et fortement soupçonné de centaines d'autres. Surtout, la cruauté de la déclaration de Bolsonaro envers Dilma Rousseff n’échappe à personne : jeune guérillera marxiste dans les années 1970, elle a connu la prison et la torture.

Le député Bolsonaro a réussi son coup : en pleine débâcle du Parti des travailleurs (PT) et alors que des affaires de corruption discréditent les plus hautes sphères du monde politique et économique, le voilà qui en vient à incarner, après un quart de siècle à la Chambre des députés, une forme de "dégagisme".

Passé par plusieurs partis sans jamais en gravir les échelons, il atterrit au Parti social-libéral (PSL) en janvier 2018 qui le désigne, dans la foulée, candidat à la présidentielle.

"O Mito" ("Le Mythe")

Dans un pays qui a enregistré quelque 64 000 meurtres l'an passé, Boslonaro séduit en se présentant comme le candidat des "honnêtes gens", avides d'ordre et de sécurité. Sa promesse phare dans ce domaine ? Libéraliser le port d'arme pour que les "gens bien" puissent se défendre ou se faire justice eux-mêmes. Autre piste choc du candidat Bolsonaro pour lutter contre les violences urbaines : "Si le Congrès donne son autorisation, je mettrai les forces armées dans les rues", a-t-il déclaré dans une récente interview.

Avec la sécurité, la lutte contre la corruption a été l’autre grand axe majeur de sa campagne. Le candidat a ainsi répété tout au long de la campagne : "Plus de Brésil, moins de Brasilia" en référence à la capitale brésilienne devenue le symbole d’une classe politique corrompue.

Le reste de son programme a entretenu le flou sans que cela lui porte préjudice. Ainsi, même s'il a dit ne rien comprendre à l'économie, il a gagné la confiance des marchés grâce à Paulo Guedes, un "Chicago Boy" ultra-libéral, dont il veut faire un "super ministre". Sa promesse de fusionner les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement lui a, par ailleurs, valu le soutien des grands propriétaires terriens.

Longtemps catholique, Bolsonaro s’est fait baptiser en 2016 dans les eaux du fleuve Jourdain par le pasteur pentecôtiste Everaldo Pereira. Une conversion qui lui vaut le soutien de la plupart des influentes Eglises évangélistes et néo-pentecôtistes qui adhèrent à sa défense de la "famille traditionnelle" et à ses positions anti-IVG, anti-mariage gay et anti-dépénalisation des drogues. Son discours imprégné de religieux présentant son combat comme celui du bien contre le mal, n’est pas non plus pour leur déplaire. En frôlant la mort début septembre, poignardé à l'abdomen par un déséquilibré lors d'un bain de foule, il est carrément devenu pour ses partisans "O Mito" ("Le Mythe"). Une référence à son nom complet - Jair Messias ("Messie") Bolsonaro - mais aussi à sa posture de "sauveur".

Au niveau international, son profil à la fois antisystème, ultra-libéral et conservateur, doublé de ses déclarations borderline, lui ont valu un autre surnom : le "Trump tropical".

Bolsonaro devient président sans avoir débattu avec son adversaire du second tour. Hospitalisé trois semaines après son agression, il a invoqué des raisons "médicales"… mais aussi "stratégiques" tandis que son rival, Fernando Haddad du Parti des travailleurs (PT) faisait, en vain, valoir que la démocratie au Brésil souffrirait si les électeurs ne pouvaient pas entendre et comparer leurs idées respectives.

Les adversaires de Bolsonaro ne cachent pas leur crainte de le voir instaurer un gouvernement autoritaire qui rappellerait la dictature. L’intéressé s’est défendu d’être une menace pour la démocratie : "Au contraire, nous sommes la garantie de la liberté et de la démocratie", a-t-il affirmé.

Les "marginaux rouges" et les militaires

Quelques jours avant l'élection, loin de l’apaisement attendu de ceux à qui la victoire est promise, Jair Bolsonaro, le candidat d'extrême droite à la présidentielle au Brésil, a évoqué un "nettoyage en profondeur de notre patrie" ne laissant aux "marginaux rouges" que le choix entre l'exil ou la prison et assurant que l'ex-président Lula allait "pourrir en prison".

La douzaine d’anciens généraux qui gravite dans le premier cercle de Bolsonaro suscite, par ailleurs, l’inquiétude de certains Brésiliens. Même s'ils ne portent plus l'uniforme, certains de ces anciens militaires ont gardé des contacts étroits avec l'armée d'active. C’est le cas du général Antonio Hamilton Mourão, promis à la vice-présidence, qui était encore dans l’armée il y a seulement huit mois. L’ex-général a d’ailleurs fait polémique en évoquant sans sourciller la possibilité d’un "auto-coup d’État" en cas d’"anarchie". Signe que son ascendance sur Bolsonaro pose question, ce dernier a dû mettre les choses au point durant la campagne : "Il est général, je suis capitaine, mais le président, c’est moi".

Si, à l’instar de Mourão, plusieurs anciens haut-gradés sont appelés à faire partie du futur gouvernement, 73 membres ou ex-membres des forces de l’ordre, élus le 7 octobre, seront aussi sur les bancs du Sénat et de la Chambre des députés.

"Les gens ont fini par comprendre que les militaires peuvent remettre de l'ordre dans la maison", a résumé Augusto Heleno Ribeiro Pereira, un général quatre étoiles à la retraite de 70 ans… lui-même appelé à devenir ministre de la Défense.

 

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