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Manœuvres de l'Otan en Norvège : un faux air de guerre froide

Un chasseur de combat décolle du porte-avions américain USS Harry S. Truman dans le cadre de l'opération Trident Juncture le 25 octobre 2018.
Un chasseur de combat décolle du porte-avions américain USS Harry S. Truman dans le cadre de l'opération Trident Juncture le 25 octobre 2018. U.S. Navy via Reuters

Moscou juge "anti-russes" les manœuvres spectaculaires de l’Otan en Norvège après avoir mené, elle-même, des exercices d'ampleur en Sibérie en septembre. Mais cet "affrontement" à distance est strictement rhétorique jugent des experts.

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50 000 hommes, 250 avions, 10 000 véhicules, 250 aéronefs, 65 navires… L'Otan a lancé jeudi 25 octobre en Norvège ses plus vastes manœuvres militaires depuis la fin de la Guerre froide. L’exercice baptisé "Trident Juncture 18" doit durer deux semaines, jusqu’au 7 novembre.

Après des années de réduction des coûts, le déploiement a tout d’une démonstration de force de l’Alliance. D’autant que l'Otan ne devait initialement mobiliser "que" 35 000 soldats. Des effectifs finalement revus à la hausse ces derniers mois avec notamment l'implication d’un porte-avions nucléaire américain et son groupe d'escorte comptant quelque 6 000 hommes. Le nom du bâtiment, premier porte-avions américain à franchir le cercle arctique depuis le démantèlement de l’Union soviétique en 1991, tient du symbole : il s’agit de l’USS Harry S. Truman… du nom du président américain qui a supervisé la création de l’Otan en 1949.

Ces exercices d’une ampleur inédite depuis la fin des années 80, le secrétaire général de l'Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, les a justifiés ainsi mercredi : "L'environnement sécuritaire en Europe s'est significativement dégradé ces dernières années. (…) Trident Juncture envoie un message clair à nos nations et à tout adversaire potentiel : l'Otan ne cherche pas la confrontation mais elle sera prête à défendre tous les alliés contre toutes les menaces", a-t-il dit.

Si la Russie n’a pas été nommée, Moscou s’est sentie visée. L’ambassade russe à Oslo a ainsi dénoncé un exercice "antirusse". La Norvège partage, en effet, 198 kilomètres de frontière avec la Russie dans le Grand Nord. Alors qu’États-Unis et Grande-Bretagne ont décidé d'intensifier les déploiements en Norvège pour acclimater leurs troupes au combat par grand froid, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, avait déjà, début octobre, fustigé "des cliquetis d'armes". "Les principaux pays de l'Otan accroissent leur présence militaire dans la région, à proximité des frontières de la Russie", avait-elle alors dénoncé. "De telles actions irresponsables mèneront forcément à la déstabilisation de la situation politique et militaire dans le Nord, à une hausse des tensions".

L'annexion de la Crimée en 2014 a réveillé l'Otan

Face aux critiques russes, la porte-parole de l'Alliance, Oana Lungescu, a ironisé vendredi sur Twitter, carte à l’appui, sur la confusion des officiels russes en matière de géographie : "Trident Juncture a lieu sur le territoire d’un pays de l’Otan et le cœur de l’exercice se déroule à 1 000 kilomètres de la frontière russe, et pas à la frontière comme l’affirme Moscou".

Auparavant, l'amiral américain James Foggo, commandant en chef de l'exercice, avait balayé : "Toute peur quelconque de la part de la Fédération russe est infondée". "Nous défendons, nous dissuadons, nous ne nous emparons pas du territoire des autres. Ce n'est pas notre intention et ils ne sont pas le but de cet exercice", a-t-il ajouté.

Après les accusations de cyberattaques russes contre l'Australie, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, pourtant, la déclaration du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, laissait entendre que la Russie était bien dans le collimateur de l’Otan : "La Russie doit cesser son comportement irresponsable, incluant l'usage de la force contre ses voisins, des tentatives d'immixtion dans des processus électoraux et des campagnes massives de désinformation", avait écrit Jens Stoltenberg dans un communiqué.

Alors, faut-il voir un message à Moscou dans les manœuvres de l’Otan ? "Il y a certainement de cela", estime Benoît d’Aboville, vice-président de la Fondation pour la recherche stratégique. Avant de nuancer : "D’une manière générale, les exercices sont très importants pour entrainer les troupes et faire travailler les états-majors ensemble. Mais il s’agit aussi d’envoyer des messages politiques". "Cela permet de rassurer les alliés de la Baltique qui, depuis l’annexion de la Crimée en 2014, sont traumatisés, et de montrer que l’Otan peut intervenir dans le cadre de l’article 5 s’il y a une tentative de déstabilisation dans la région", estime-t-il.

Autre message politique, selon lui, derrière l’étalage de force de l’Otan : "En dépit de ce que raconte Donald Trump, les États-Unis font toujours partie de l’Otan, et dans le cadre de l’article 5 en plus". Le président américain a, en effet, soufflé le chaud et le froid sur l'article 5 du traité fondateur qui stipule qu'une attaque contre un pays membre appelle à une réponse collective. Or, avec plus de 9 000 Marines, les États-Unis fournissent le plus gros contingent à Trident Juncture. La France a, pour sa part, impliqué 3 000 soldats dans l'exercice.

Si l’Otan montre ses muscles à la Russie avec Trident Juncture 18, les forces russes, elles aussi, ont procédé en septembre à leurs manœuvres les plus importantes depuis 1981. L'opération Vostok-2018, à laquelle 300 000 hommes ont participé, s'est déroulée près de la frontière chinoise avec le soutien de Pékin.

Face à ces démonstrations de force spectaculaires et parallèles, il serait tentant de voir une résurgence de la guerre froide. Mais pour Vladimir Frolov, un ancien diplomate russe désormais analyste politique indépendant basé à Moscou joint par France 24, il n’en est rien : "Vostok-2018 visait surtout à envoyer, aux États-Unis et au Japon, le message que la Russie a une alliance militaire effective avec la Chine". Il voit surtout de la "rhétorique" dans les échanges entre la Russie et l’Otan. "Il n’y a pas, en Europe, de troupes offensives déployées en permanence. C’est plus une guerre de l’information qu’autre chose", analyse-t-il. Pour les deux experts, une chose est sûre : l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 a "réveillé" l’Otan. "Et de ce point de vue-là, les Russes sont victimes de leur propre politique", estime Benoît d’Aboville.

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