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Jair Bolsonaro risque d'isoler le Brésil sur le plan diplomatique

Le candidat Jair Bolsonaro à Rio, le 7 octobre 2018.
Le candidat Jair Bolsonaro à Rio, le 7 octobre 2018. Mauro Pimentel, AFP

Au Brésil, Jair Bolsonaro pourrait rebattre les cartes de la politique étrangère de son pays. De l’accord de Paris au conflit israélo-palestinien, il a calqué ses positions sur celles de Donald Trump, au risque d'un isolement diplomatique.

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Comme Donald Trump, pour lequel il a toujours clamé son admiration, Jair Bolsonaro, élu président du Brésil dimanche 28 octobre, pourrait transformer en profondeur la politique étrangère de son pays,au risque de l'isoler diplomatiquement. De la sortie de l’accord de Paris au conflit israélo-palestinien, l’ancien militaire s’est aligné sur les positions controversées du président américain, dont il a repris, quasi mot pour mot, le slogan : "Trump veut rendre sa grandeur aux États-Unis et moi aussi je veux un grand Brésil", a récemment affirmé le candidat d'extrême droite.

Jair Bolsonaro est par exemple loin d’être un fervent défenseur de l’accord de Paris sur le climat. Il a laissé entendre qu'il suivrait l'exemple de Donald Trump en sortant de ce compromis signé en 2015 si la "souveraineté nationale" était compromise. Mais il a déclaré, jeudi 25 octobre, que son pays resterait dans l'accord, à la condition de garder sa pleine souveraineté sur l'Amazonie, dont le Brésil abrite les trois cinquièmes de la surface.

Une souveraineté qu'il craint de voir remise en cause avec le triple A, un projet de couloir écologique transnational allant des Andes à l'océan Atlantique en traversant l'Amazonie. Ce projet prévoit la création d'une vaste zone de protection environnementale reliant parcs naturels, réserves indiennes et espaces naturels de biodiversité.

Avec le triple A, "136 millions d'hectares ne seraient plus sous notre juridiction, mais sous la juridiction d'autres pays", puisque l'Amazonie est "essentielle pour la survie de l'humanité", a expliqué Jair Bolsonaro. "Est-ce que nous pouvons courir le risque de renoncer à notre Amazonie ?", a-t-il ajouté. "Si on m'écrit noir sur blanc" qu'il n'est pas question de "triple A, pas plus que de l'indépendance d'une quelconque terre indienne, je maintiens [le Brésil dans] l'accord de Paris", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Rio de Janeiro.

>> À voir sur France 24 : "Brésil : un drone filme des images inédites d'une tribu isolée d'Amazonie"

Déménager l'ambassade brésilienne de Tel-Aviv à Jérusalem

Autre volet sensible, celui du conflit israélo-palestinien. Jair Bolsonaro a manifesté dans plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux son intention de déménager l'ambassade brésilienne de Tel-Aviv à Jérusalem, comme l'ont fait les États-Unis en mai dernier.

Il est même allé plus loin en déclarant début août qu'une fois qu'il serait au pouvoir, la Palestine n'aura plus d'ambassade au Brésil : "La Palestine n’est pas un pays, donc elle ne devrait pas avoir d’ambassade ici". "On ne négocie pas avec des terroristes", a-t-il ajouté.

"Cela susciterait des tensions avec le monde arabe et mettrait fin à la neutralité du Brésil dans le conflit israélo-palestinien", affirme Thomaz Favaro, du cabinet de consultants Control Risks.

Virage à 180º

Certains analystes s'inquiètent par ailleurs des risques pour les exportations de volailles brésiliennes, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis faisant partie des trois plus gros acheteurs, avec la Chine. Grande puissance agricole, le Brésil est le plus gros exportateur de volaille au monde.

Si Jair Bolsonaro tient ses promesses de campagne, la diplomatie brésilienne pourrait opérer un virage à 180º par rapport à une politique qui a privilégié les alliances Sud-Sud au long de 13 ans de gouvernement de gauche (2003-2016).

Il s'est aussi engagé à "arrêter de faire l'éloge de dictatures assassines [référence à Cuba ou au Venezuela] et de dénigrer des démocraties importantes comme les États-Unis, l'Italie ou Israël".

D'origine italienne, il a échangé à plusieurs reprises des messages chaleureux sur les réseaux sociaux avec le vice-Premier ministre Matteo Salvini, autre leader d'extrême droite controversé. Jair Bolsonaro s'est également engagé à extrader l'ancien militant d'extrême gauche italien Cesare Battisti, exilé au Brésil depuis 2004 et condamné par contumace à la réclusion à perpétuité dans son pays. Il a d'ailleurs reçu récemment un député italien de la Ligue du Nord pour en discuter, et a diffusé sur Twitter une vidéo de leur rencontre.

Signaux d'hostilités envers la Chine

La tentative de rapprochement de Bolsonaro avec les États-Unis se conjugue avec des signaux d'hostilité envoyés à la Chine, pourtant principal partenaire commercial du Brésil depuis 2009.

Après avoir visité en mars Taïwan, dont Pékin ne reconnaît pas la souveraineté, il s'est ému en juin du fait que la Chine était en train "d'acheter le Brésil".

Une position difficile à tenir, la première économie d'Amérique latine tournant encore au ralenti après deux ans de récession historique en 2015 et 2016.

Autre problème auquel le pays pourrait faire face : avec sa réputation sulfureuse de nostalgique de la dictature militaire coutumier des dérapages racistes ou homophobes, Jair Bolsonaro risque d'être considéré comme infréquentable par d'autres chefs d'État.

Avec AFP

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