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Pour les démocrates américains, la participation sera la clé de la revanche aux midterms

Le taux de participation sera un élément crucial pour le score des démocrates le 6 novembre 2018.
Le taux de participation sera un élément crucial pour le score des démocrates le 6 novembre 2018. Scott Olson, Getty Images, AFP

Depuis l'élection de Trump, les démocrates ont compris que les opinions favorables dans les sondages ne se transforment pas forcément en bulletin dans l’urne. À l’approche des élections de mi-mandat, ils ne veulent pas voir l’histoire se répéter.

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Un dimanche d’octobre à Brooklyn (New York), quelques bénévoles enthousiastes, installés au coin d’une rue du quartier de Bay Ridge, distribuent des tracts aux passants. "Max Rose for Congress" ("Max Rose candidat au Congrès"), peut-on lire sur les prospectus. "Votez pour Max le 6 novembre !", lancent les militants aux mamans à poussette, aux familles, aux couples et aux retraités – en tout cas ceux qui ne s’éloignent pas en les voyant arriver ou qui ne passent pas leur chemin.

Max Rose est le candidat démocrate à la Chambre des représentants pour le 11e district de New York, qui couvre une partie du sud de Brooklyn et le quartier de Staten Island. Il fait face au républicain Daniel Donovan. Or la partie n’est pas encore gagnée : le 11e district est le seul, à New York, à pencher en faveur des républicains lors des élections présidentielles. C’est aussi le seul à être représenté par un républicain à la Chambre depuis 2013.

Cette année, la course est suffisamment serrée pour que les démocrates considèrent ce district comme l’un de leurs terrains de bataille. S’ils veulent regagner la majorité au Congrès, les duels comme celui-ci sont précisément ceux que les démocrates doivent remporter. Pour ce faire, ils devront mobiliser les électeurs en masse le jour J.

>> À lire : États-Unis : les enjeux des élections de mi-mandat

"Comme dans beaucoup de scrutins, cela va se jouer au nombre d’électeurs que l’on arrive à motiver à se rendre aux urnes", explique Rachel Brody, la directrice adjointe aux opérations de terrain de la campagne de Max Rose. "Nous avons 50 bénévoles ici aujourd’hui ainsi que 90 autres dans la partie Est du district", ajoute-t-elle. "La semaine dernière, nous en avions 150 à Staten Island. Il est absolument essentiel que l’on aille à la rencontre des habitants. Il faut s’assurer qu’ils se sentent partie prenante de cette campagne."

"Votez, c’est tout !"

À la veille des élections de mi-mandat, les démocrates sont donc mobilisés pour que l’abstention soit la plus faible possible. Lors d’un meeting à Las Vegas en octobre, Barack Obama a bien insisté : "Ne huez pas. N’utilisez pas de hashtag. Tout ça, c’est sympa. Votez, c’est tout !" Ne pas voter serait, selon l’ex-président américain, "profondément dangereux".

Les démocrates savent combien l’abstention peut leur coûter cher. Il y a deux ans, Hillary Clinton s’est inclinée face à Donald Trump. Pourtant, quasiment tous les sondages la plaçaient en tête. Pour certains analystes, la démocrate n’a pas perdu à cause d’une hausse des votes républicains mais parce que trop d’électeurs démocrates sont restés chez eux. La forte abstention observée dans les districts urbains et multiculturels, qui votent en majorité démocrate, confirme cette explication.

Selon cet argument, ce n’est pas tant Donald Trump qui a inspiré les électeurs. C’est plutôt Hillary Clinton qui n’a pas su les motiver. De fait, de nombreux Américains qui auraient préféré voir l’ancienne secrétaire d’État être élue n’ont jamais mis leur bulletin dans l’urne.

Aujourd’hui, les démocrates annoncent une "vague bleue" (comme la couleur du parti) à Washington. Ils espèrent reprendre la Chambre des représentants et peut-être même faire basculer la majorité au Sénat afin de freiner les objectifs de Donald Trump. Mais pour ce faire, ils ne doivent pas répéter les mêmes erreurs qu’en 2016.

Pour Cameron Easley, du cabinet d’études Morning Consult, "l’idée que tout va se jouer sur la participation" est une évidence. "On en rit presque dans les cercles politiques" de Washington, explique-t-il.

Les démocrates très enthousiastes

En règle générale, la participation aux élections de mi-mandat est plutôt faible aux Etats-Unis : elle était de 36,4 % en 2014. La victoire revient donc à ceux qui réussissent le mieux à mobiliser leur base le jour du vote. La bonne nouvelle, pour les démocrates, c’est qu’ils semblent être en train de remporter leur pari. Selon un sondage de l’institut Pew réalisé en septembre, 67 % des démocrates se disent plus enthousiastes que d’habitude à l’idée d’aller voter, contre 59 % des républicains.

D’autres sondages rapportent la même tendance. Une étude de Morning Consult et Politico, conduite mi-octobre, rapporte que 76 % des démocrates se disent très motivés à l’idée d’aller voter, contre 68 % des républicains.

Cet écart est assez nouveau pour ce type de scrutin. "En général, lors des élections de mi-mandat, ce sont les républicains qui sont un tout petit peu plus enthousiastes", relève Ruth Igielnik, chercheuse à l’institut de sondages Pew. "Cela ne se traduira pas forcément dans les urnes, mais nous n’avons pas observé ce surplus d’enthousiasme chez les démocrates dans les derniers cycles électoraux de mi-mandat."

Ce qui motive les démocrates ? Kavanaugh et Trump

Ce phénomène semble assez récent dans la campagne. "La motivation des démocrates a considérablement augmenté à partir de mi-septembre, au moment où le processus de confirmation du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême a commencé à dérailler", explique Cameron Easley, de Morning Consult.

Il semblerait en effet que la meilleure arme des démocrates pour prévenir l’abstention ne soit pas leur porte-à-porte et leurs campagnes publicitaires, mais les républicains eux-mêmes. La colère après la confirmation du juge Kavanaugh, malgré les accusations d’agression sexuelle qui pesaient sur lui, ainsi que le mécontentement extrême au sujet de la présidence Trump semblent être les facteurs clés de la détermination des démocrates à aller voter le 6 novembre.

>> À lire : Aux élections de mi-mandat, les Américaines veulent prendre le pouvoir

"Ce n’est pas vraiment une surprise", selon Cameron Easley. "De nombreuses études montrent que les électeurs tendent à réagir davantage aux informations négatives qu’aux informations positives." Tout simplement, explique-t-il, on est plus enclin à aller voter quand on est en colère : "Les démocrates étaient furieux après la confirmation de Kavanaugh et ils le sont toujours, tandis que les républicains ont eu ce qu’ils voulaient donc ils sont plutôt satisfaits."

Certains démocrates sont même davantage en colère que d’autres. Les sondages suggèrent que les femmes, outrées par la confirmation de Kavanaugh et par la rhétorique de Donald Trump, ont particulièrement envie de faire entendre leur voix dans l’isoloir.

Une caisse électorale bien remplie

Non seulement les démocrates sont en tête pour ce qui est de l’enthousiasme de leurs partisans, mais ils sont aussi devant le Parti républicain en matière de levée de fonds. Et ce dans tout le pays, particulièrement dans les courses très serrées. Une grosse partie de cet argent provient de petites donations de quelques dollars sur Internet, plutôt que de grosses entreprises ou de riches donateurs.

La base démocrate n’hésite donc pas à payer de sa poche pour aider les candidats. Ces derniers ont de fait une plus grosse caisse électorale que leurs rivaux pour financer les vidéos de campagne, le porte-à-porte, les tracts, les collages d’affiches : tous les éléments essentiels pour mobiliser les électeurs sur le terrain.

Et pour les militants comme Rachel Brody, bien que cette campagne se soit faite sur des thèmes nationaux – pour certains, ça n’est rien de plus qu’un référendum sur Donald Trump –, la bataille a quand même lieu sur le terrain local, dans les rues, parmi les électeurs. "Quand on parle de vague bleue à Washington, ça n’est pas quelque chose qui va arriver tout seul", estime-t-elle. "Par contre, quand vous avez 100 bénévoles réunis dans votre QG, quand vous sortez dans les rues faire du porte-à-porte, parler aux électeurs, c’est ça, la vague bleue."

Cet article a été adapté de l'anglais par Yona Helaoua. Pour lire l'original, cliquez ici.

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