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Israël et les pays du Golfe, un rapprochement de moins en moins discret

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou (à gauche) et le sultan Qabous lors d'une visite à Oman.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou (à gauche) et le sultan Qabous lors d'une visite à Oman. Reuters

Les signes de rapprochement entre Israël et les pays du Golfe se sont multipliés ces derniers jours, comme la visite de Benjamin Netanyahou à Oman. Des développements qui laissent croire à une prochaine normalisation. Aux dépens des Palestiniens ?

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L’État hébreu ou la diplomatie des petits pas. De la visite du Premier ministre Benjamin Netanyahou à Oman – la première d’un dirigeant israélien depuis 1996 – à celle de la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev à Abu Dhabi – une première historique dans les Émirats arabes unis, où l’hymne israélien a résonné dans le cadre d’un tournoi de judo–,le rapprochement de moins en moins discret entre Israël et les pays du Golfe a pris une nouvelle tournure ces derniers jours.

Ce mouvement est capital aux yeux du Premier ministre israélien, motivé par un réalisme géopolitique et par une convergence d’intérêts stratégiques face à un ennemi commun : la République islamique d’Iran, perçue comme une menace existentielle par Israël et comme le rival chiite honni par l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe.

"Une intimité et une amitié"

Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le 27 septembre, Benjamin Netanyahou l’a clairement expliqué : "En redonnant de la vigueur à l’Iran, [l’accord sur le nucléaire iranien, NDLR] a rapproché plus que cela n’avait jamais été le cas auparavant Israël de nombreux pays arabes, qui sont plus proches aujourd’hui que jamais, avec une intimité et une amitié que je n’avais jamais vues durant toute mon existence et qui auraient été inimaginables il y a seulement quelques années". Il avait ajouté espérer "que le jour arrivera bientôt où Israël pourra élargir la paix, une paix officielle, au-delà de l’Égypte et de la Jordanie à d’autres voisins arabes, notamment aux Palestiniens". À l’exclusion de l’Iran donc, pays non-arabe certes, mais grand acteur régional.

>> À lire : Iran - Israël, les meilleurs ennemis du monde

Pour Khaled Gharabli, spécialiste des questions internationales à France 24, Benjamin Netanyahou, qui s’est rendu avec une importante délégation à Oman – le directeur du Mossad, les services secrets, Yossi Cohen et le conseiller à la Sécurité nationale Meir Ben-Shabbat –, a envoyé un message très clair aux Iraniens, qu’il souhaite ardemment isoler. "Lorsqu’on regarde une carte, Oman fait face à l’Iran, et en se rendant sur place, avec une délégation de cette nature, le Premier ministre israélien a en quelque sorte défié la République islamique en disant aux Iraniens : 'Me voici devant vous'. Il n’en a jamais été aussi proche, c’est un message stratégique de premier plan".

Depuis Oman, un pays neutre par excellence surnommé "le Genève du monde arabe" pour son rôle de médiateur dans les conflits de la région, Benjamin Netanyahou a fait miroiter aux voisins arabes du sultanat les avantages qu’ils pourraient tirer d’un tel rapprochement. Cette visite est "un pas important dans la mise en œuvre de la politique du Premier ministre visant à approfondir les relations avec les pays de la région en se servant des avantages d'Israël dans les domaines de la sécurité, de la technologie et dans le secteur économique", avaient indiqué ses services dans un communiqué.

Toutefois, au-delà de la menace iranienne, Benjamin Netayahou semble aussi poursuivre un vieux rêve israélien depuis la création de l’État hébreu en 1948 : la normalisation des relations avec l’entourage arabe direct.

"Le Premier ministre israélien veut réussir là où tous les autres dirigeants qui l’ont précédé à ce poste ont échoué, c’est à dire celui de la normalisation des relations avec les pays arabes", explique Khaled Gharabli. "En s’affichant avec des dirigeants de la région, en créant les conditions d’une normalisation, il espère briser le plafond de verre psychologique du citoyen arabe vis-à-vis de son pays. Au final, il sait que c’est la rue arabe qui tranchera cette question".

La semaine dernière, le Premier ministre israélien a dévoilé les contours de cette stratégie. "Nous avons toujours cru que nous ouvririons les portes de la paix avec le monde arabe au sens large si nous résolvions le problème palestinien", a-t-il déclaré. "[Mais il est] peut-être plus vrai que si vous vous ouvrez au monde arabe et que vous normalisez vos relations avec eux, cela finira par ouvrir la porte à la réconciliation et à la paix avec les Palestiniens".

"Il y a beaucoup d'intérêts que nous partageons avec Israël"

De leur côté, les dirigeants arabes, entraînés dans la lutte d’influence que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran, ne semblent plus considérer le mot comme tabou. Et ce alors qu’historiquement, la normalisation avec Israël était conditionnée au règlement du conflit israélo-palestinien.

Lors d'un sommet consacré à la sécurité et organisé à Bahreïn la semaine dernière, Youssouf ben Alaoui ben Abdoullah, ministre omanais en charge des Affaires étrangères, a fait une déclaration lourde de sens. "Israël est un État présent dans la région, nous devons comprendre cela", a-t-il déclaré. "Le monde reconnaît cet état de fait, et il est peut-être temps de traiter Israël comme n'importe quel autre État et qu'il assume les mêmes obligations". Des propos cautionnés par le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Khalid ben Ahmed al Khalifa, tandis que le chef de la diplomatie saoudienne, Adel al-Joubeïr, est resté un peu plus prudent. Pour plusieurs experts cependant, de tels signes d’ouverture ne peuvent pas être menés sans un accord tacite du géant saoudien.

En avril 2018, dans une interview accordée au magazine américain The Atlantic, le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, avait cependant estimé qu'Israël a le droit de vivre en paix sur son territoire. Il s’agissait d’un revirement pour l'Arabie saoudite, qui ne reconnaît pas Israël. L’homme fort de la monarchie wahhabite avait même alimenté les spéculations sur un possible rapprochement entre les Saoudiens et les Israéliens, en déclarant qu’il y a "beaucoup d'intérêts que nous partageons avec Israël et, s'il y a la paix, il y aura beaucoup d'intérêts entre Israël et les pays du Conseil de coopération du Golfe".

"Entente avec les Arabes et liquidation de la cause palestinienne"

Face à ces développements, plusieurs responsables palestiniens se sont inquiétés ces derniers jours d'une "normalisation" des relations avec Israël. Ils suspectent même les États-Unis d’être à la manœuvre de ce rapprochement, qualifié de dangereux par le Fatah, afin de faciliter le "deal du siècle" promis par le président Donald Trump pour régler le conflit israélo-arabe. En échange de son retrait fracassant de l’accord sur le nucléaire de 2015, pour la grande satisfaction de l’État hébreu et des pays du Golfe, le président américain attend de l’ensemble des acteurs de la région qu’ils soutiennent son plan de paix.

"Nous voyons des initiatives bizarres, menées à l’ombre de la colonisation israélienne et de la campagne de répression visant le peuple palestinien", juge de son côté Moustafa Barghouti, député palestinien et président de l'Initiative nationale palestinienne, interrogé par France 24. "Il est clair désormais que le deal du siècle de Trump comprend l’entente avec les Arabes et la liquidation de la cause palestinienne".

Celui qui fut candidat contre Mahmoud Abbas à la présidence de l’Autorité palestinienne, en 2005, affirme que la stratégie de Benjamin Netanyahou est vouée à l’échec : "Il se trompe s’il pense qu’il peut nouer des relations avec son voisinage. Sans le feu vert des Palestiniens, nous refuserons de participer à une mascarade, il n’y aura ni deal du siècle ni solution".

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