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Agressions anti-LGBT en France : les victimes parlent davantage, la violence augmente

Un couple homosexuel à Paris.
Un couple homosexuel à Paris. Regis Duvigneau, Reuters (Archive)

Davantage de victimes prennent la parole, en France, pour dénoncer une violence ciblée contre les LGBT. L'État confirme une hausse de 15 % des agressions homophobes depuis début 2018. Les associations alertent sur une recrudescence des signalements.

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Les yeux gorgés de sang. Sur la photo prise deux jours après son agression à Rouen, le 24 octobre, Romain* porte encore les stigmates du violent guet-apens dans lequel il est tombé en sortant de discothèque. À l'arrière d'une voiture "les coups ont commencé à fuser. Des coups de poing au visage, sur le corps, partout. La violence était telle que ma tête rebondissait contre la vitre arrière comme une balle (…) j'ai cru que j'allais mourir", témoigne cet homosexuel d’une trentaine d’années auprès du site Gayviking. Une enquête a été ouverte lundi 29 octobre par le parquet de Rouen pour agression homophobe et séquestration.

L’agression de Romain rappelle celle d’Arnaud, en septembre, et celle de Guillaume, en octobre, à Paris. Dans leurs cas comme dans celui de Romain, les photos de leurs visages tuméfiés ont aussi été largement diffusées sur les réseaux sociaux, donnant le sentiment que les agressions homophobes sont plus violentes et plus nombreuses.

Les derniers chiffres du ministère français de l'Intérieur communiqués, mardi 30 octobre, confirment cette impression. À l'échelle nationale, les plaintes pour agressions homophobes sont en augmentation de 15 % depuis le début de l'année 2018 – mais une baisse de 11,7 % a été recensée dans la capitale d'après la préfécture. "Ça n’est que la partie émergée de l’iceberg", estime Clémence Zamora-Cruz, porte-parole d’Inter-LGBT. "Sur le terrain, de nombreuses agressions ne sont pas dénoncées. Les victimes ne portent pas plainte par peur de représailles ou par crainte de faire face à la police qui n’est pas sensibilisée à la question identitaire LGBT. Elles ont peur de ne pas être entendues".

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Je savais qu'un jour ça m'arriverait. Une agression homophobe violente en pleine rue. Je savais qu'un jour je devrais faire ce choix : prendre une photo et la publier ou ne pas la publier. Avec les conséquences que cela aura dans les deux cas. Je ne savais juste pas quand cela aurait lieu. C'est donc aujourd'hui. -- Hier soir, avec mon copain, nous sommes allés voir jouer une amie et collègue comédienne dans un petit théâtre du 20ème arrondissement de Paris. Alors que nous sortions prendre l'air et attendre notre amie, nous avons eu le malheur, en discutant, de nous serrer dans les bras. Un câlin. Juste un câlin. Il était 22h00. Un groupe de trois jeunes, postés à une vingtaine de mètres, nous a vus. Ils nous ont interpellés. Comme nous les avons ignorés, ils se sont rapprochés. Un flot d'insultes homophobes sortait de leurs bouches. Ils exigeaient que nous quittions "leur quartier" où "y a pas de PD ici". Comme nous avons refusé de partir, les insultes sont devenues plus graves, plus haineuses. Puis un quatrième les a rejoints. Un gamin qui paraît avoir douze ans. Et c'est lui qui a appelé des renforts. Un scooter avec notre cinquième et sixième agresseurs. Insultes, bousculades, menaces. On ne cède pas. Le chauffeur du scooter détache son casque, le retire, et me frappe avec. Deux coups portés à la tête. Tout va très vite. Les spectateurs du théâtre voient la scène, arrivent en courrant, les font partir et nous mettent à l'abri. Mon copain n'a rien, fort heureusement. Pour moi un traumatisme facial, avec ecchymose et oedeme periorbitaire. 7 points de sutures et plusieurs jours d'ITT. --- Voilà. Nous avons fait le choix de partager cette photo et notre histoire. Nous avons fait le choix de porter plainte. Pour que ces violences cessent enfin, même si nous ne nous faisons pas d'illusions...

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"J’ai ressenti une seconde violence au moment de la plainte"

C’est parfois le cas comme le rapporte le magazine Têtu qui a interviewé Mickael, 30 ans, insulté par le patron d’un bar parisien au moment de payer l’addition. "J’ai ressenti une seconde violence au moment de la plainte. La discussion sémantique [avec la police] sur le mot ‘pédé’ était complètement ahurissante", raconte-t-il. Le patron du bar finira par recevoir un rappel à la loi, mais le caractère homophobe de l’injure, lui, ne sera jamais retenu. D’après le dernier rapport de SOS Homophobie, basé sur une enquête de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), seuls 4 % des victimes d'insultes LGBT-phobes déposent effectivement plainte.

Conscient de ce problème, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) a lancé une campagne de formation des policiers en devenir. "À terme, toutes les promotions de gardiens de la paix seront formées pour recevoir ce genre de plaintes", promet le délégué interministériel Frédéric Potier. Dans le même temps, le gouvernement travaille sur une feuille de route pour la fin de l'année. Il prévoit de mettre en place des référents LGBT dans les commissariats et groupements de gendarmerie, mais aussi de faciliter le dépôt de plainte en ligne.

À défaut de pouvoir compter sur les seuls recensements des plaintes, plusieurs associations de défense des droits des LGBT présentent leurs propres décomptes élaborés à partir de la collecte des signalements qui leur sont faits sur leur ligne d’écoute. Pour l'année 2017, SOS Homophobie soulignait déjà une hausse de 15 % des agressions physiques homophobes avec "une agression tous les trois jours". Stop Homophobie affirme, de son côté, avoir reçu "8 000 sollicitations en 2017 et 9 400 depuis début 2018 alors que nous n’avons pas terminé l’année", constate l’association.

Une violence en réaction à une plus grande visibilité des LGBT

Clémence Zamora-Cruz accuse le climat politique ambiant d’être à l’origine de cette recrudescence. "Alimentée par les débats sur les droits des personnes LGBT, la question de l’extension de la PMA à toutes les femmes, la parole LGBT-phobe s’est décomplexée. On continue à avoir des débats interminables qui entretiennent et alimentent les propos haineux, y compris sur des plateaux de télévision", déplore la militante. Elle souhaiterait que l’État présente plus rapidement son projet de loi sur la PMA prévu pour 2019.

Au contraire, pour Frédéric Potier, les agressions contre les LGBT sont la conséquence d’une France devenue plus tolérante. "Les LGBT sont de plus en plus visibles, ils osent plus facilement se tenir la main dans la rue par exemple, ce qui crée des rejets, des crispations qui ne s’exprimaient pas avant, puisque ce genre de scènes étaient très rares", explique-t-il. La Dilcrah constate aussi une multiplication des messages haineux lors des grands évènements en rapport avec l’homosexualité, tels que la Gay pride ou la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Suivant la même logique, la plupart des agressions contre les LGBT interviennent dans les agglomérations de plus de 200 000 habitants, parce qu’ils s’y sentent en sécurité et expriment plus ouvertement leur orientation.

La libération de la parole des victimes après les récentes agression est aussi une conséquence de la visibilité des LGBT. "Avant cette violence existait déjà, mais les victimes n’osaient pas en parler publiquement", explique la Dilcrah.

"Il faut répéter que c’est un délit puni par la loi", assène Clémence Zamora-Cruz. "Trop de gens continuent de proférer des insultes anti-LGBT sans même se rendre compte de ce qu’ils disent. Il suffit d’observer les attitudes au volant, où les commentaires pendant un match de football", regrette Frédéric Lefèvre-Hautemer, co-délégué de SOS homophobie pour la Normandie, la région où a eu lieu l’agression de Romain. "La banalisation des insultes homophobes marque une étape dans l’escalade vers la violence physique", prévient-il.

*Le prénom a été changé par Gayviking qui a recueilli le témoignage de l’homme agressé à Rouen.

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