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Au Nigeria, la répression de religieux chiites fait craindre un regain de violences

Des soldats nigérians au milieu des manifestations du Mouvement islamique du Nigéria, le 29 octobre 2018, à Abuja.
Des soldats nigérians au milieu des manifestations du Mouvement islamique du Nigéria, le 29 octobre 2018, à Abuja. Sodiq Adelakun, AFP

Les forces de l'ordre nigérianes ont tiré sur les manifestants d'un groupe religieux chiite, mardi, à Abuja, alors qu'au moins six personnes ont été tuées dans une répression brutale en trois jours.

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Les forces de l'ordre nigérianes ont tiré, mardi 30 octobre, à balles réelles sur les manifestants du Mouvement islamique du Nigeria (IMN), un groupe radical chiite, à Abuja, faisant six blessés. En trois jours, au moins six personnes ont été tuées dans des circonstances similaires, lors de protestations organisées par l'IMN en soutien à leur leader Ibrahim Zakzaky, emprisonné depuis près de trois ans.

Selon le porte-parole du groupe islamiste, Ibrahim Musa, la manifestation avait démarré "pacifiquement" dans la capitale fédérale. "Alors que nous marchions vers le centre-ville, des policiers armés et d'autres forces de sécurité ont tiré à balles réelles et des gaz lacrymogènes sur nous", a-t-il ajouté.

L'armée a déclaré avoir abattu les manifestants pour se défendre contre une attaque menée par les membres de l'IMN, qui avaient selon elle usé d'armes à feu et de cocktails Molotov.

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L'IMN a vivement démenti cette version officielle, assurant que les soldats avaient tiré sur des manifestants pacifiques et tué 21 personnes durant la seule journée de lundi.

Le leader du Mouvement islamique du Nigeria, Ibrahim Zakzaky, est incarcéré depuis les violentes manifestations qui avaient secoué Zaria, dans le nord du Nigeria, en décembre 2015.

Des groupes de défense des droits de l'Homme avaient alors accusé les militaires d'avoir tué plus de 300 chiites durant ces manifestations et de les avoir ensuite enterrés dans des fosses communes, ce que l'armée a démenti. Depuis, la justice n'a toujours pas été rendue, selon Amnesty International.

Le risque d’un nouveau scénario à la Boko Haram

Ibrahim Zakzaky conteste l'autorité d'Abuja depuis des années et souhaite établir un État islamique chiite à l'iranienne dans un pays où les musulmans sunnites sont très largement majoritaires.

Depuis son arrestation, le sexagénaire, qui est paralysé et a perdu un œil dans les violences de 2015, n'a été vu en public que deux fois. Fin 2016, un tribunal fédéral avait jugé la détention du leader chiite illégale et ordonné sa libération. Mais cette décision n'a jamais été exécutée par les autorités.

En avril, au moins 115 personnes avaient été arrêtées durant des marches de protestation à Abuja. Les processions de l'IMN lors de la fête religieuse annuelle de l'Achoura ont également souvent été sources de tensions avec les autorités, comme en novembre 2016, lorsque 10 personnes avaient été tuées près de Kano (nord).

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La répression musclée des membres de l'IMN fait craindre à certains observateurs une escalade de la violence, voire un scénario à la Boko Haram. Le groupe jihadiste, qui mène depuis neuf ans une sanglante insurrection dans le Nord-Est, contestait surtout au départ la mauvaise gouvernance et la corruption des autorités.

"Si nous remontons aux débuts de Boko Haram, ce sont les assassinats de personnes innocentes qui ont galvanisé le recrutement. C'est ainsi que le terrorisme fonctionne", a déclaré Amaechi Nwokolo, analyste en sécurité à l'Institut romain d'études internationales d'Abuja.

Avec AFP

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