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Après le limogeage du Premier ministre, la crise politique couve au Sri Lanka

Des partisans du Premier ministre démis Ranil Wickremesinghe manifestent à Colombo, le 30 octobre 2018.
Des partisans du Premier ministre démis Ranil Wickremesinghe manifestent à Colombo, le 30 octobre 2018. Ishara S. Kodikara, AFP

Un Premier ministre limogé, l'ancien homme fort du pays appelé pour le remplacer, un Parlement suspendu puis à nouveau autorisé à siéger... Le Sri Lanka s'enfonce dans une grave crise politique depuis vendredi dernier.

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En réponse aux pressions internationales pour résoudre la grave crise politique que traverse le pays, le président sri-lankais Maithripala Sirisena a levé jeudi 1er novembre la suspension du Parlement, qu'il avait décidé cinq jours auparavant. Les députés qui siégeront lundi prochain pourront ainsi être consultés sur la confrontation chaotique qui agite actuellement le sommet de l'État.

À la surprise générale, le chef de l’État a en effet limogé vendredi 27 octobre le Premier ministre Ranil Wickremesinghe et nommé à sa place l'ex-homme fort de l'île, Mahinda Rajapakse. Ce dernier avait dirigé le Sri Lanka d'une poigne de fer entre 2005 et 2015 et mis un terme à la guerre civile avec la rébellion tamoule au prix d'une brutale offensive.

"La crise était là depuis plusieurs mois"

Dénonçant son renvoi comme inconstitutionnel, Ranil Wickremesinghe a réclamé une session d'urgence du Parlement pour prouver qu'il y détient toujours la majorité. Mais le lendemain, le président Sirisena a décider de suspendre le Parlement jusqu'au  jusqu'au 16 novembre.

Comme l’explique Le Monde, le président sri-lankais avait justifié dimanche "sa décision au cours d’une longue déclaration retransmise à la télévision, dans laquelle il accuse un ministre du précédent gouvernement d’avoir préparé une tentative d’assassinat le visant. Il reproche également au chef du gouvernement sortant d’avoir pris des 'décisions individuelles' sans le concerter, et d’avoir laissé prospérer la 'fraude et la corruption' dans le pays".

Interrogé sur l’antenne de France 24, Bhavani Fonseka, une avocate sri-lankaise , militante des droits de l’Homme, a également estimé que "la crise était déjà là depuis plusieurs mois (…)Tout le monde savait que c’était une relation difficile, mais ce qui a été surprenant c’est la soudaineté de ce qui s’est passé vendredi".

Par ailleurs, comme le note Courrier International citant le New York Times, “la décision du président […] d’inviter Mahinda Rajapakse à revenir au pouvoir va à l’encontre des promesses qu’il avait faites d’enquêter sur les actions de l’ancien exécutif pendant la longue guerre civile du pays”,de 1983 à 2009.“Au cours de ses dix années au pouvoir (2005-2015), Rajapakse et son gouvernement ont été accusés de violations des droits dans le cadre de la guerre contre (la rébellion séparatiste) des Tigres tamouls. Des hommes politiques de l’opposition, des travailleurs humanitaires et des journalistes disparaissaient régulièrement, beaucoup étaient retrouvés morts", ajoute le journal.

Finalement, selon le Daily FT, un quotidien sri lankais, cité par Le Monde, cette décision a surtout été prise par Maithripala Sirisena dans l'optique de se maintenir à son poste : "Sans sourciller, le président a dirigé ce coup, dans sa tentative de rester au pouvoir après 2019, même s’il doit pour cela pactiser avec le diable".

Des marchandages parlementaires

Pour protester contre ce "pacte", des dizaines de milliers de soutiens de Ranil Wickremesinghe ont manifesté mardi pacifiquement devant sa résidence officielle à Colombo. Il y vit retranché depuis le début de la crise malgré les menaces d'expulsion manu militari. Il espère pouvoir prouver lors de la convocation du Parlement le 5 novembre qu’il disposait bel et bien d'une majorité parlementaire, centrée sur les députés de sa formation, le Parti national.

Pour l'avocate Bhavani Fonseka, cette convocation du Parlement est essentielle pour la démocratie : "La Constitution est très claire. C’est au Parlement que ce problème doit être réglé. Ce n’est pas une décision de l’exécutif, mais une décision parlementaire".

Le camp de Ranil Wickremesinghe est le premier au Parlement avec 107 sièges sur 225, quand celui de Maithripala Sirisena et du président Rajapkse n'en compte en cumulé que 96. Il leur faudrait, pour gouverner, obtenir la défection de parlementaires du côté du Premier ministre démis. Depuis quelques jours, les deux camps marchandent ferme les défections de parlementaires adverses dans l'éventualité d'un vote de confiance.

Comme le décrit Courrier International, citant Times of India, "le camp Rajapakse est à la manœuvre pour rallier des élus qui l'appuieraient au Parlement. (…) Des législateurs se seraient vu proposer jusqu’à 800 millions de roupies (4 millions de d'euros) pour virer de bord et soutenir l’ancien homme fort de l’île".

Ce blocage politique est également suivi de près à New Delhi et à Pékin, engagés dans une lutte d'influence au sein de ce qui constitue traditionnellement le pré carré de la puissance régionale indienne. À la présidence du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse avait mené une politique pro-chinoise et contracté d'importants prêts auprès de la Chine. Ce rapprochement avait fait grincer des dents au sein du gouvernement indien et laissé le Sri Lanka lourdement endetté envers Pékin. Contrairement au reste de la communauté internationale, le gouvernement chinois a ainsi été l'un des rares à féliciter Mahinda Rajapaksa pour sa nomination à la tête du gouvernement.

Avec AFP et Reuters

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