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Denny Tamaki, le gouverneur japonais qui veut résoudre le conflit d’Okinawa

Denny Tamaki, lors d'une conférence de presse à Tokyo, le 12 octobre 2018.
Denny Tamaki, lors d'une conférence de presse à Tokyo, le 12 octobre 2018. Reuters

De père américain, le nouveau gouverneur d'Okinawa se présente comme le négociateur idéal pour résoudre le différend entre les autorités japonaises à la population de l'île sur la construction d'une nouvelle base militaire américaine.

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Réduire la présence militaire américaine sur cette île du sud du Japon : telle était la promesse de campagne de Denny Tamaki, fraîchement élu à la tête de la préfecture d’Okinawa. Quand le gouvernement japonais a annoncé cette semaine la reprise des travaux pour construire la base aérienne d’Henoko, sur la côte est de l'archipel, le nouveau gouverneur de 59 ans a qualifié cette décision de "regrettable". "Je ne cesserai d’exhorter le gouvernement central à écouter sincèrement la voix d'Okinawa et à adopter une position démocratique en recherchant un règlement par le dialogue, mais pas au bulldozer de la construction", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Né de mère japonaise et de père américain qu’il n’a jamais rencontré, ce métis – hâfu en japonais – fait figure d’interlocuteur idéal, aux yeux de la population locale, pour apporter une solution "gagnant-gagnant" dans ce contentieux qui dure depuis des décennies. En 1945, les Américains posent le pied pour la première fois sur l’île. Les combats particulièrement violents de la bataille d’Okinawa font plus de 100 000 morts civils en 82 jours, laissant de profondes cicatrices. Depuis, les soldats américains ont maintenu leur présence sur l’île, rendue pourtant au Japon par les Etats-Unis en 1972. Aujourd’hui encore, des bases militaires américaines y subsistent. L’île, qui compte un million d’habitants, abrite la moitié environ des 54 000 soldats américains stationnés au Japon.

Du fait de l'histoire douloureuse, la population locale peine à accepter la présence militaire américaine, jugée souvent trop proche des villes. Dans les années 1950, un avion américain s’est écrasé sur une école, faisant plus de 200 morts. Les GI sont aussi à l’origine de diverses affaires de harcèlement sexuel. En 1986, trois soldats américains de la base de Futenma avaient été condamnés à six ans de prison pour le viol d’une fillette de 12 ans. En 2016, un employé de la défense américaine a violé et assassiné une femme japonaise de 20 ans.

FR NW PKG FOCUS 0712 JAPON OKINAWA COLERE ANTI US ARMY

Henoko, "pas la seule solution"

Aujourd’hui, la crispation de la population se cristallise autour d'un plan vieux de plusieurs décennies visant à déplacer la base aérienne du Marine Corps de Futenma, une ville densément peuplée, vers la zone qui entoure le camp Schwab, à Henoko Bay. Les opposants au se sont rassemblés le 1er novembre dans des pédalos à proximité avant d’être dispersés par des patrouilleurs de la garde côtière. Dans ce contexte, le nouveau gouverneur s'est dit déterminé à poursuivre le projet de son prédécesseur décédé en août dernier, qui avait retiré le permis de construire à la base.

Mais le bras de fer entre Denny Tamaky d'une part, et Tokyo et Washington de l'autre, s’annonce particulièrement tendu. L'ancien législateur au Parlement a notamment exhorté le Premier ministre Shinzo Abe et d'autres représentants du gouvernement central à mettre fin au plan Henoko. "Ils disent qu’il n’y a que Henoko, qu’Henoko est la seule solution. Mais nous pensons que ce n'est certainement pas le cas", a déclaré le gouverneur. "La partie américaine a fait de nombreuses propositions dans le cadre de plans de réorganisation et le gouvernement japonais devrait les examiner."

Visite aux États-Unis

Pour faire entendre la voix des Okinawaiens et obtenir le soutien de Washington dans ce dossier, le gouverneur d’origine américaine a annoncé sa volonté de se rendre aux États-Unis, et notamment à New York, en novembre. "Je veux que le peuple américain comprenne ce qui a été, ce qui est et ce qui sera, pour résoudre ce problème", a-t-il déclaré. Officiellement, pour Washington, il revient à Tokyo et Okinawa de résoudre ce différend.

Denny Tamaky estime que les gestes de réconciliation de Donald Trump avec la Corée du Nord montrent une certaine volonté à rechercher la paix dans la région. Mais aucune rencontre n’est prévue entre lui et Donald Trump.

Derrière ses discours fermes, le gouverneur affiche toutefois une position modérée sur le sujet. Contrairement à une majorité des anciens de l’île qui plaident pour un retrait total des Américains, il se dit favorable au Traité de sécurité bilatéral américano-japonais signé après la défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale. Il défend également l’alliance de sécurité nippo-américaine. Mais pour lui, Okinawa ne devrait pas être seul à en subir le poids : les soldats américains devraient être mieux répartis sur le territoire japonais.

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