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Référendum en Nouvelle-Calédonie : le "non" de la prudence

Vingt ans après les accords de Nouméa, les Calédoniens se sont prononcés le 4 novembre contre l'indépendance.
Vingt ans après les accords de Nouméa, les Calédoniens se sont prononcés le 4 novembre contre l'indépendance. Theo Rouby, AFP

Dans ce petit territoire français du Pacifique sud, le référendum sur l’indépendance, dimanche, s'est soldé par un refus avec 56,4 % des voix et une forte participation. Une victoire du "non" qui pourrait être liée à la conjoncture économique.

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La Nouvelle-Calédonie a choisi, dimanche 4 novembre, de rester française à la suite d'un référendum historique d’autodétermination attendu depuis 30 ans par les habitants de l’archipel. Le “non’’ à l’indépendance l’a emporté avec 56,4 % des voix contre 43,6 %. Un résultat très en deçà des prévisions des derniers songages qui prédisaient une large victoire du “non”, dans une fourchette de 63 à 75 %. Le taux de participation avoisinait les 80 % alors que 175 000 électeurs étaient appelés aux urnes.

“Le vote défie un peu les résultats qui avaient été estimés à cause d’une forte mobilisation d’une partie de la population qui n’avait pas l’habitude de se déplacer pour les scrutins nationaux’’, explique Bastien Vandendyck, analyste en relations internationales sur France 24.

La consultation, prévue par l'accord de Nouméa signé en 1998, était destinée à poursuivre le travail de réconciliation entre Kanaks, peuple autochtone du territoire, et Caldoches, population d'origine européenne, entamé avec les accords de Paris de 1988. Ces derniers avaient été signés après les violences des années 1980 qui avaient culminé avec la prise d'otages et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988, faisant au total 25 morts.

“Je dois d’abord dire l’immense fierté que nous ayons passé ensemble cette étape historique. Je veux aussi dire la fierté pour le chef de l’État que la majorité des Calédoniens aient choisi la France. C’est pour nous une marque de confiance dans la République française, dans son avenir et dans ses valeurs” a déclaré Emmanuel Macron dans une allocution télévisée juste après l’annonce des résultats définitfs.

Pourquoi voter “non”?

Il faut dire que le scrutin était attentivement suivi par Paris. Bien que le PIB calédonien ne soit pas comptabilisé dans celui de la Métropole, l’archipel colonisé en 1853 n’en est pas moins important pour la France. La Nouvelle-Calédonie est le 6e plus grand producteur de nickel au monde. Située en mer de Corail dans l’océan Pacifique, la Nouvelle-Calédonie représente 12 % de la Zone économique exclusive française (ZEE), un espace maritime non négligeable.

Au carrefour de l’Asie du Sud-Est, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, l’archipel est aussi une place géostraégique, proche de puissances comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud ou l’Indonésie.

Selon la correspondante de France 24 à Nouméa, Jenny Briffa, si le “non” l’a emporté, c’est parce qu’une large majorité de Kanak, peuple autochtone très indépendantiste, a voté pour le maintien dans la France. “Certains d’entre eux disaient qu’ils étaient indépendantistes de cœur. Mais leur raison leur disait de ne pas voter cette fois-ci pour l’indépendance”, affirme Jenny Briffa. Car c'est peut-être aussi la raison financière qui s'est exprimée dans les urnes.

La Nouvelle Calédonie a-t-elle les moyens de financer un nouvel État ? Comment "la Kanaky" que les indépendantistes appellent de tout leur vœu financerait son système social local bien plus meilleur que ceux des autres pays de la région ? Ce sont autant d’incertitudes qui ont pesé dans la balance.  “C’est vrai, les aides sociales ne viennent pas de France. Mais c’est parce que la France prend en charge d’autres dépenses que les autorités calédoniennes sont capables de redistribuer” a expliqué, le 4 novembre, Simon Loueckhote, ancien sénateur du parti de droite UMP devenu Les Républicains, au magazine Challenges. “Ce qui ont le plus à perdre, ce sont les moins aisés”.

Possibilité d’un second référendum

La Nouvelle-Calédonie est  autonome d’un point de vue fiscal. C’est -à-dire qu’elle lève elle-même ses impôts et taxes à son seul profit. Mais la France transfert chaque année 1,3 milliard d’euros pour assurer les missions régaliennes et mettre en place des programmes sociaux de défiscalisation. C’est envion 15 % du PIB de l’archipel. La Nouvelle-Calédonie bénéficie aussi des dotations de l’État en tant que collectivité locale. Pour Bastien Vandendyck, c’est maintenant “aux Calédoniens de prendre leur économie en main, de la développer et de faire en sorte que l’État français ait de moins en moins à participer. Ce qui consituera un point positif pour leur autonomie.”

Bastien VANDENDYCK, analyste en relations internationales

Le “non” l’ayant emporté, l'île reste une collectivité française. La population conserve la nationalité et la France continuera à exercer les compétences régaliennes. Conformément aux accords de Nouméa, des élections pour renouveler le Congrès de Nouvelle-Calédonie se tiendront en mai 2019. À l’issue des élections, si un tiers des membres le souhaitent, un deuxième référendum sera organisé dans les dix-huit mois. Si la réponse est à nouveau négative, une nouvelle consultation pourra être organisée selon la même procédure et dans les mêmes délais.

Lundi 5 novembre, le Premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, se rendront à Nouméa pour dialoguer avec les forces politiques calédoniennes.

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