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Affaire Khashoggi : révélation après révélation, Ankara maintient la pression sur Riyad

Un officier de sécurité posté devant la porte du consulat saoudien à Istanbul, le 28 octobre 2018.
Un officier de sécurité posté devant la porte du consulat saoudien à Istanbul, le 28 octobre 2018. Murad Sezer, AFP

Corps dissout dans de l’acide, "nettoyeurs" missionnés par Riyad, double jeu saoudien… Les autorités turques continuent à distiller dans la presse des révélations compromettantes pour l’Arabie saoudite, empêtrée dans l’affaire Jamal Khashoggi.

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La Turquie ne laisse pas l’Arabie saoudite reprendre son souffle, alors que la pétromonarchie reste empêtrée dans l’affaire Khashoggi, du nom du journaliste de renom tué dans son consulat à Istanbul, le 2 octobre.

Semaine après semaine, des informations, et parfois des théories et des détails macabres du meurtre, sont distillées au compte-goutte par la voix de responsables, souvent sous couvert d’anonymat, ou dans des articles de presse publiés dans des médias proche du pouvoir.

Une équipe de nettoyeurs composée d’un chimiste et d’un toxicologue

Alors que le corps de Jamal Khashoggi n'a toujours pas été retrouvé par les enquêteurs, un haut responsable turc a ainsi révélé lundi 5 novembre que deux "nettoyeurs" se sont rendus d'Arabie saoudite en Turquie pour "effacer" les preuves du meurtre. "Nous pensons que ces deux individus sont venus en Turquie dans le seul but d'effacer les preuves du meurtre de Jamal Khashoggi avant que la police turque ne soit autorisée à fouiller les locaux", a indiqué à l’AFP ce responsable sous couvert d'anonymat.

"Le fait qu'une équipe de nettoyeurs a été dépêchée d'Arabie saoudite neuf jours après le meurtre suggère que de hauts responsables saoudiens étaient au courant de la mise à mort de Khashoggi", a accusé ce responsable confirmant des informations parues lundi dans le quotidien pro-gouvernemental Sabah. Selon ce journal, un chimiste, Ahmed Abdelaziz Aljanobi, et un expert en toxicologie, Khaled Yahya al-Zahrani, sont arrivés à Istanbul le 11 octobre, soit neuf jours après la disparition de l’éditorialiste saoudien critique du pouvoir à Riyad et du prince héritier Mohammed Ben Salmane.

Selon Sabah, dès le lendemain, le chimiste et l'expert en toxicologie se sont rendus "régulièrement" au consulat pendant une semaine et ont entrepris d'effacer toute trace du meurtre dans la résidence du consul, proche du consulat. Les deux hommes, venus avec une "prétendue équipe d'investigation" composée au total de 11 personnes, ont quitté la Turquie le 20 octobre. De leur côté, les enquêteurs turcs n'ont eu accès au consulat et à la résidence qu'après que le chimiste et l'expert en toxicologie se sont "débarrassés" du corps, toujours selon le quotidien. Le consulat a été fouillé par les enquêteurs turcs une première fois dans la nuit du 15 au 16 octobre, et la résidence le 17.

Un conseiller d’Erdogan passe à l’offensive

Par ailleurs, le parquet d'Istanbul a affirmé, dans un communiqué en date du 31 octobre, que "la victime a été démembrée" et que l'"on s'en est débarrassé suite à sa mort par strangulation, là encore conformément à un plan préparé d'avance", sans pourtant préciser comment.

Le 2 octobre, c’est un conseiller du président Recep Tayyip Erdogan et ami du journaliste assassiné, Yasin Aktay, qui étaye cette piste en évoquant la possibilité que le corps de Jamal Khashoggi a été dissous dans de l'acide. "Nous voyons à ce stade qu'ils ne se sont pas contentés de le démembrer, ils s'en sont débarrassés en le dissolvant", a-t-il accusé dans les colonnes du quotidien Hürriyet. "Selon les dernières informations dont nous disposons, la raison pour laquelle ils ont découpé le corps, c'est pour le dissoudre plus facilement", a-t-il ajouté. Des déclarations qui ont sans aucun doute reçu un feu vert présidentiel, vu le profil de Yasin Aktay, avant d’être prononcées publiquement.

Ce lundi, c’était au tour du vice-président turc, Fuat Oktay, d’évoquer lui aussi cette théorie. "Depuis quelque temps, certaines personnes évoquent la destruction [du corps] avec de l'acide. Il faut que toute la lumière soit faite sur ce point", a-t-il déclaré.

Alors que deux enquêtes sur cet assassinat sont en cours, l’une en Turquie et l'autre en Arabie saoudite, une certaine méfiance règne entre les autorités des deux puissances sunnites. La semaine dernière, Ankara a dénoncé le double jeu de Riyad, en affirmant que les Saoudiens n’avaient pas vraiment l’intention de coopérer pleinement avec les enquêteurs turcs, à la suite d’une visite de trois jours en Turquie du procureur saoudien, Saoud ben Abdallah Al-Muajab. L'éditorialiste turc proche du pouvoir, Abdülkadir Selvi, a accusé dans le quotidien Hürriyet le procureur saoudien de chercher à "sauver le prince héritier en manipulant cette enquête au lieu de faire la lumière sur ce meurtre".

Selon des responsables turcs cités par des médias locaux, sous couvert d’anonymat, les enquêteurs saoudiens ont uniquement cherché à connaître les preuves – qui sont en possession des autorités turques – contre les suspects.

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