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Droits de l'Homme : depuis l'affaire Khashoggi, les critiques redoublent contre Riyad

Depuis l’assassinat le 2 octobre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, Riyad fait face à des critiques renouvelées sur son bilan en matière de droits de l’Homme, notamment de la part d'ONG et de pays occidentaux.

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La tempête internationale déclenchée par l’assassinat du journaliste saoudien de renom Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul, le 2 octobre, a remis sur le devant de la scène médiatique le lourd bilan de la pétromonarchie wahhabite en matière de droits de l’Homme.

Restriction des libertés d’expression et d’association, interdiction des rassemblements pacifiques, liberté religieuse hors islam inexistante, procès inéquitables, discrimination envers les femmes et la minorité chiite, exercice de la torture et peines de mort arbitraires… Riyadest fréquemment pointé du doigt par les ONG, et cela risque de se reproduire dans les prochains jours. En effet, Amnesty International a indiqué ce jeudi redouter l’exécution imminente, par décapitation, de douze chiites condamnés à mort pour espionnage en faveur de l’Iran, en 2016, à la suite d'un "procès collectif d'une grossière injustice".

Alors que les membres de l’ONU ont procédé le 5 novembre, à Genève, à l’examen de la situation des droits de l’Homme en Arabie saoudite, plusieurs pays ont dénoncé cette politique répressive et discriminatoire en la matière. La France a notamment demandé aux autorités saoudiennes de "garantir la sécurité des journalistes et des défenseurs des droits" et de "faire cesser immédiatement les emprisonnements et les arrestations arbitraires dont ils sont victimes". Londres s’est dit "gravement préoccupé par la détérioration de la situation des droits de l'Homme" dans le royaume. Un grand nombre de pays ont aussi recommandé aux autorités saoudiennes d’établir un moratoire sur la peine de mort, alors que le pays affiche l'un des taux d'exécutions les plus élevés au monde.

Un tournant depuis l’avènement de MBS

Si la nature répressive de la monarchie saoudienne, régie par une version rigoriste de la charia, la loi islamique, à l’égard de toute contestation interne a toujours été de rigueur, la situation s’est durcie depuis la montée en puissance du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS).

Se présentant en Occident comme un réformateur, il s’était notamment engagé à libéraliser, en douceur, un royaume ultraconservateur. Mais désireux d’asseoir son pouvoir et son influence après sa nomination à ce poste par son père, le roi Salmane, en 2017, il a rapidement brouillé son message par une dérive autoritaire latente à l’intérieur du pays, et les campagnes d’arrestations menées dans le royaume à l’endroit de militants des droits de l’Homme, d'intellectuels et de critiques.

"Le prince héritier essaie d’éliminer, comme l’ont démontré ses purges, tous ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues, ou ceux qui ne vont pas dans son sens, ou dans celui de sa politique", expliquait récemment Clarence Rodriguez, journaliste spécialiste de l’Arabie saoudite, et ancienne correspondante de France 24 à Riyad.

S’exprimant fin octobre sur le meurtre de Jamal Khashoggi, critique du pouvoir et de MBS, Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch, a indiqué sur le site de l’ONG qu’il s’agissait de la "conséquence du mépris total de l'Arabie saoudite pour les droits humains et de sa conviction que les règles de l'État de droit ne s'appliquent ni au prince héritier, Mohammed ben Salmane, ni à ses autres dirigeants".

Les femmes dans le viseur du pouvoir

Le cas d’Israa al-Ghomgham, militante des droits de l’Homme très active sur les réseaux sociaux et figure de proue de la minorité chiite en Arabie saoudite, illustre cette dérive. Cette jeune trentenaire, arrêtée en décembre 2015 avec son mari pour avoir participé à des manifestations antigouvernementales dans la province de Qatif, pourrait bien devenir la première Saoudienne à subir la peine capitale pour avoir défendu les droits de l'Homme. Initialement prévue le 28 octobre dernier, une nouvelle audience de son procès devant une cour de sûreté spéciale, créée pour juger les affaires de terrorisme, a été repoussée au 21 novembre. Celle-ci risque fort, selon les ONG, de confirmer les peines de mort initialement requises par le ministère public à l’encontre d’Israa al-Ghomgham et quatre autres activistes.

À lire sur France 24 >> En Arabie saoudite, MBS met un coup de frein à l'émancipation des femmes

"Le mouvement de protestation en Arabie saoudite est porté par les femmes car les autorités ont muselé les hommes. Avant, le gouvernement n’arrêtait pas les femmes. Le roi Salmane et MBS ont aujourd’hui changé de politique et pourraient vouloir faire d’Israa un exemple", a confié à France 24 Ali Adubisi, président de l’Organisation européenne pour les droits de l’Homme en Arabie saoudite (ESOHR) basée à Berlin.

D’autres défenseures des droits des femmes et critiques du système de tutelle masculin, comme Loujain al-Hathloul, Iman al-Nafjan et Aziza al-Yousef, détenues sans inculpation de manière arbitraire depuis des mois, risquent de lourdes peines de prison. Décrites comme une menace pour la sécurité de l'État, elles sont accusées d'avoir entretenu "des contacts suspects avec des parties étrangères", apporté un soutien financier à "des éléments hostiles à l'étranger" et recruté des fonctionnaires. Le fait que Loujain al-Hathloul, qui a fêté ses 29 ans derrière les barreaux le 31 juillet 2018, a été arrêtée sur le territoire des Émirats arabes unis avant d’être rapatriée par avion à Riyad, démontre que la répression saoudienne s’étend hors des frontières de la pétromonarchie.

Selon les experts et les ONG, le principal outil à l’origine des nombreuses violations des droits de l’Homme découle de laloi antiterroriste de 2017 qui renferme des définitions vagues et très larges de ce qui constitue un acte de terrorisme. Elle considère notamment comme des crimes un grand nombre d'actes pacifiques qui n'ont aucun rapport avec le terrorisme, déplore Human Rights Watch. Les peines énoncées à l’encontre des militants des droits de l’Homme vont, selon les cas, de l'emprisonnement à la peine capitale.

"En 2018, les autorités saoudiennes ont commencé à réclamer la peine de mort contre des dissidents lors de procès dans lesquels il n'y avait pas d'accusations de violence, notamment pour avoir soutenu des manifestations et pour affiliation présumée au mouvement des Frères musulmans", rappelle l’ONG.

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