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"S'il te manque de respect, siffle" : les Marocains sensibilisés au harcèlement de rue

Visuel du collectif Masaktach : "Prenez la parole".
Visuel du collectif Masaktach : "Prenez la parole". Compte @masaktach, Twitter

Distribution de 20 000 sifflets, explication de la nouvelle loi sur le harcèlement et les violences... les militantes marocaines du collectif Masaktach étaient, samedi, dans les rues de Rabat, de Casablanca et de Marrakech.

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Les sifflets ont retenti dans plusieurs villes du Maroc, samedi 10 novembre, et les hashtags ont fleuri sur le réseau Twitter, avec #ila_dsser_seffri ("S’il te manque de respect, siffle") et #masaktach ("Prenez la parole"). Des militantes féministes ont distribué plus de 20 000 sifflets dans les rues de Rabat, Casablanca, Marrakech, Tétouan, Béni Mellal et Ifrane. Un coup de sifflet pour un manque de respect, la règle est simple.

Des femmes de tous les âges, mais également des hommes, ont posé leur photo sur les réseaux sociaux, à visage découvert, un sifflet autour du cou.

L'opération avait aussi pour but "d'informer le grand public à la nouvelle loi 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes et au harcèlement sexuel", selon le collectif Masaktach, auquel participe notamment Oxfam Maroc. Entrée en vigueur mi-septembre après plusieurs années de débats, cette loi incrimine pour la première fois des actes "considérés comme des formes de harcèlement, d'agression, d'exploitation sexuelle ou de mauvais traitement". Jugé insuffisant par les groupes féministes, le texte durcit néanmoins les sanctions dans certains cas et prévoit des mécanismes de prise en charge des femmes victimes de violences.

Sur Twitter, @onlyzineb, activiste du collectif Masaktach, témoigne de la portée du nouveau texte de loi 103-13 et de l’accueil fait à la distribution de sifflets. Elle s’est rendue dans le quartier pauvre de Takadoum, à Rabat, dans l’arrière-boutique d’un magasin de tissus. "Commence une discussion passionnante et émouvante sur nos expériences, l’importance de faire connaître cette nouvelle loi, l’importance de lutter contre la misogynie... On parle de #Masaktach", écrit-elle. "Une maman serre sa jeune fille et lui dit de ne plus rester silencieuse quand [elle est] harcelée, et que la loi est de son côté maintenant... Puis vient la discussion sur #ila_dsser_seffri, et certaines ont peur des risques de violences encore pire... On parle de ce qui peut se passer si on parle, si on casse le silence pour appliquer cette loi, mais surtout de ce qui se passera si le silence continue... Et là une jeune fille dit : '3yit... safi nhadro wach dima ghanb9aw saktine ?' ['Ça suffit, allons-nous rester silencieuses ?'] Et là, l’énergie dans cette salle est juste devenue magnifique... Elles ont toutes pris des sifflets et en voulaient pour donner à leurs amies et voisines.... Elles sont #Masaktach."

Six Marocaines sur dix se disent confrontées à des actes de harcèlement sexuel

Au Maroc, les violences sexuelles dans l’espace public sont couramment pratiquées par les hommes, et plus fréquemment dans les milieux urbains. Une étude menée de mai à juillet 2016 dans la région de Rabat, Salé et Kénitra, par le bureau régional d’ONU Femmes pour les États arabes, révèle que 63 % des femmes interrogées ont été confrontées à des actes de harcèlement sexuel – principalement des regards insistants, des commentaires sexuels et des traques. Plus de la moitié (53 %) des hommes reconnaissent avoir déjà harcelé sexuellement une femme ou une fille (dont 35 % au cours des trois derniers mois). Près de 60 % de ceux qui ont indiqué avoir commis un acte de violence sexuelle à l’encontre d’une femme ou d’une fille dans les espaces publics ont affirmé qu’ils l’avaient fait pour s’amuser ou pour le plaisir.

Plus de 60 % des hommes interrogés ont par ailleurs soutenu que la tenue vestimentaire d'une femme jugée "provocatrice" – par eux – ainsi que sa présence dans un lieu public pendant la nuit, ont constitué des raisons légitimes de violence sexuelle. Dans le même temps, 42 % des femmes ont déclaré qu’une femme apprécie de telles "attentions", contre plus de 70 % des hommes interrogés.

Il ressort également de cette étude, menée auprès de 1 200 hommes et 1 200 femmes âgés de 18 à 59 ans, que seulement un quart des hommes et un tiers des femmes connaissent les dispositions de lois sur la violence à l’égard des femmes, le divorce, le mariage précoce, le quota pour la représentation politique des femmes au parlement, etc... La majorité des personnes interrogées – 87 % des femmes et 56 % des hommes – s’accorde à affirmer que davantage de travail et d’efforts devraient être faits pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais la moitié des personnes interrogées, respectivement 50 % des hommes et 48% des femmes, pense que l’idée de l’égalité entre les sexes ne fait pas partie des "traditions et de la culture marocaine".

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