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Pourquoi l'Algérie refuse les appels au dialogue du Maroc

Des femmes dans les rues de Laâyoune, la ville principale du Sahara occidental, le 3 novembre 2018.
Des femmes dans les rues de Laâyoune, la ville principale du Sahara occidental, le 3 novembre 2018. Fadel Senna, AFP

L'Algérie n'a pas répondu à l'appel au dialogue lancé par le roi du Maroc, Mohammed VI. La politologue Khadija Mohsen-Finan décrypte pour France 24 les dessous d'une relation plombée notamment par le contentieux sur le Sahara occidental.

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Enlisés dans un contentieux sur le Sahara occidental qui dure depuis plus de 40 ans, l’Algérie et le Maroc sont encore loin de renouer. L’appel du roi marocain Mohammed VI à un dialogue "direct et franc" avec l’Algérie, la semaine dernière, n’a toujours pas suscité de réponse côté algérien.

Dans un discours à la télévision marocaine, le monarque a proposé le 6 novembre la création d'un "mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation" afin d'améliorer les relations entre Rabat et Alger, plombées par le contentieux territorial.

La frontière entre les deux pays est fermée depuis 1994, et la dernière rencontre entre les chefs d'État remonte à 2005. Depuis, silence radio côté algérien, voire fin de non-recevoir. "Cette offre douteuse (…) est un non-événement qui ne mérite pas de réponse formelle", a indiqué "une source autorisée" algérienne au site algérien TSA.

Ce silence est loin d’étonner Khadija Mohsen-Finan, politologue spécialiste du Maghreb et enseignante à l’université de Paris 1, contactée par France 24. La chercheuse y voit deux principales raisons. "L'Algérie vit un temps d’incertitude politique, avec l’annonce d’un possible cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika affaibli, qui se présenterait aux élections d’avril prochain. Dans ce contexte d’incertitude, on ne sait pas bien quels interlocuteurs vont gérer à l’avenir ce dossier des relations entre les deux pays : l’armée, la présidence ? Cela peut expliquer l’absence de réponse algérienne."

Garder un pouvoir de négociation

D’autre part, relève-t-elle, des discussions doivent débuter début décembre à Genève sous l’égide de l’ONU pour avancer sur la question du Sahara Occidental, avec les principaux acteurs du conflit : le Maroc, l’Algérie, le Front Polisario (mouvement politique qui milite pour l'indépendance du Sahara occidental) et la Mauritanie. Et, dans ce contexte, l’Algérie a tout intérêt à ne pas réagir à chaud pour garder un pouvoir de négociation au moment où s’ouvriront ces discussions, qui étaient bloquées depuis 2012.

Le dossier est miné depuis des décennies, avec pour point de départ le 6 novembre 1975, jour où 350 000 Marocains entreprenaient, à l'appel de leur roi Hassan II, de marcher sur le Sahara occidental, à l'époque sous occupation espagnole, au nom de l'appartenance de ce territoire au Maroc. Une "marche verte" chaque année commémorée par le royaume, au grand dam de l’Algérie.

Après le départ des Espagnols, le Polisario, soutenu par l'Algérie, a proclamé en 1976 une République arabe sahraouie démocratique (RASD) et réclame un référendum d'autodétermination. Rabat, qui contrôle 80 % de l'ancienne colonie, considère cette région comme partie intégrante de son territoire et propose comme solution de "compromis" une autonomie sous sa souveraineté.

La souveraineté de ce territoire envenime encore actuellement les relations entre Rabat et Alger depuis plus de quarante ans.

"Passer pour le bon élève"

En lançant ces jours-ci cet appel au dialogue à quelques semaines de négociations cruciales, "le Maroc tente de garder la main et de passer pour le bon élève, mais en réalité, sur le fond, le pays n’a pas changé de position depuis des années sur cette question", estime Khadija Mohsen-Finan.

Reprendre la main est d’autant plus crucial que le royaume a enregistré quelques déconvenues sur le dossier dernièrement. En 2018, la Cour de justice de l’Union européenne a affirmé que le territoire du Sahara occidental et les eaux y adjacentes ne relèvent pas de la souveraineté du Maroc, confirmant ses précédents arrêts. L’instance a redit que cette zone était inscrite par l'ONU, depuis 1963, sur la liste des territoires non autonomes.

Dans le même temps, Donald Trump a nommé un nouveau conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton. Celui-ci a par le passé affiché son soutien au référendum d’autodétermination pour trouver une solution au conflit du Sahara, une position à l’opposé des intérêts du Maroc. Enfin, remarque Khadija Mohsen-Finan, "le Front Polisario est depuis 2016 appuyé par des ONG, notamment scandinaves, qui mettent en avant la spoliation des ressources du Sahara occidental par Rabat et font remonter des revendications relatives aux droits de l’Homme", ternissant l’image du Maroc.

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