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Goncourt des Lycéens: parmi les jurés, des détenus de la prison de Salon-de-Provence

Un détenu du centre de détention de Salon-de-Provence pose avec le livre qu'il a choisi, "Frere d'âme" de David Diop, le 13 novembre 2018
Un détenu du centre de détention de Salon-de-Provence pose avec le livre qu'il a choisi, "Frere d'âme" de David Diop, le 13 novembre 2018 Un détenu du centre de détention de Salon-de-Provence pose avec le livre qu'il a choisi, "Frere d'âme" de David Diop, le 13 novembre 2018 AFP
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Salon-de-Provence (AFP)

"Je n'avais jamais lu un livre en entier": détenu au centre de détention de Salon-de-Provence, Stéphane, 28 ans, a pourtant relevé le défi, et fait partie des 2.000 élèves appelés à plancher comme jurés du Goncourt des Lycéens, décerné jeudi.

Au total, 58 classes ont cogité pendant deux mois sur les 15 livres de la sélection. Et pour la première fois en 30 ans d'existence de ce prix littéraire, un groupe un peu particulier: 12 détenus, de 20 à 50 ans, en train de purger leur peine derrière les barreaux de cette prison des Bouches-du-Rhône.

"Je n'avais pas envie de leur mettre un Balzac ou un Maupassant entre les mains", explique Armelle Cousin, leur professeur de français, auprès de l'AFP: "L'objectif, en candidatant pour ce prix, c'était de les encourager à lire de la littérature contemporaine".

Sur les 130 à 150 détenus qui suivent chaque semaine quelques heures de cours de littérature, mathématiques, histoire-géo ou anglais, une douzaine ont relevé le défi lancé par "Madame Cousin": quatre "élèves" en CAP et huit qui visent le diplôme d'accès aux études universitaires (DAEU), l'équivalent du baccalauréat.

Seul Pierre, 50 ans, a dévoré les 15 livres de la sélection. Arnaud, 31 ans, en a lu neuf. "J'adore lire. Des polars, de la SF, du théâtre, surtout Molière. C'est ma soeur qui m'a plongé dans la lecture", explique-t-il à l'AFP, depuis le petit bureau où il gère la bibliothèque de la prison: "Mais les lectures imposées, ce n'est pas facile, j'ai eu des baisses de moral !"

- "Lire, ça calme" -

Pour Slimane, 24 ans, ou Marvin, 23 ans, lire a toujours été plus difficile. Comme pour Stéphane: "Même si on pense avoir beaucoup de temps en cellule, ça passe très vite", plaide ce dernier, d'une voix douce, fier d'avoir été au bout des 288 pages de "L'ère des suspects", de Gilles Martin-Chauffier.

"J'avais jamais lu en fait, à part quelques histoires vraies, comme le livre de Christophe Rocancourt", cet escroc passé à la célébrité pour avoir arnaqué plusieurs VIP aux Etats-Unis, sourit Slimane, qui a voté pour "Dix-sept ans" d'Eric Fottorino. "Mais l'enfermement m'a permis de m'investir dans ce projet".

Pour Marvin aussi, l'obstacle était de taille. Jusque-là, il n'avait lu que des BD, ou "feuilleté quelques histoires". Comme juré, il s'est lancé dans "Frère d'âme", de David Diop, sur les traces d'un tirailleur sénégalais dans les tranchées de la Grande Guerre: "Je l'ai laissé un bon moment dans mon placard avant de l'ouvrir. Puis c'est venu..."

Dans la salle de classe de la prison, où la lumière du soleil passe à travers les barreaux, éclairant les 15 ouvrages sur les tables, ils sont heureux d'être allés au bout du pari: lire au moins un livre en entier, jusqu'à la dernière ligne. Et les délibérations régionales lundi ont validé leur choix: sur les trois livres choisis par la classe de Salon-de-Provence, deux ont été retenus parmi les cinq en "finale" nationale à Rennes jeudi, celui de David Diop et "La vraie vie" d'Adeline Dieudonné.

Lire donc, mais aussi décrypter. Armelle Cousin a transmis à ses élèves "une boîte à outils d'analyse littéraire". Pour aller au-delà des mots. Et Marvin s'en sert déjà: "Le style très répétitif de Diop, c'est parce que l'homme sombre dans la folie. Ca se voit dans l'écriture".

Après 15 ans en collège, Mme Cousin est professeur depuis quatre ans à la prison de Salon: "C'est très reposant en termes de discipline, même si parfois c'était un défi pour certains d'être en classe à 08H00", sourit-elle.

"Lire, ça calme, c'est plus tranquille que les séries télés", reconnaît Slimane. "On se fait sa propre imagination".

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